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Les éditeurs français menacent Google de poursuites Simoneau, Marcel



 

Mise à jour: 26/01/2006 00:36  
Bibliothèques numériques
Les éditeurs français menacent Google de poursuites

(AP) Par Sophie Tétrel  

 
Google part du mauvais pied avec les éditeurs français. Au moment où l'alternative européenne de bibliothèque numérique (BNUE) s'apprête à se lancer, la découverte d'extraits de livres reproduits sans autorisation sur Internet par le moteur de recherche américain provoque l'émoi de l'édition, qui a brandi mercredi la menace d'une action en justice.

Le Syndicat national (français) de l'édition (SNE) a déclaré dans un communiqué se réserver «la possibilité de faire prévaloir les droits des éditeurs par tout moyen juridique approprié», après que la revue Livres Hebdo eut révélé vendredi que plusieurs centaines d'ouvrages de Calmann-Lévy, Fayard, Gallimard, Grasset, Flammarion, Le Seuil et d'autres éditeurs avaient été reproduits sans autorisation.

Les textes les plus récents accessibles sur Google Livres (http://booksgoogle.fr) datent du début des années 1970 mais seule une partie d'entre eux sont libres de droits. Ne sont reproduites que les couvertures et quelques lignes mais, selon Serge Eyrolles, président du SNE, «le seul fait de numériser le livre sans l'autorisation de l'ayant-droit est déjà une contrefaçon».

«Ce qui nous indigne, c'est que Google avait dit qu'il respecterait les droits d'auteur», a-t-il déclaré par téléphone à l'Associated Press. «Le droit français sur la propriété littéraire autorise la citation, c'est-à-dire une phrase (mais pas) une page ou plusieurs paragraphes.»

«Aucun accord n'a été conclu avec Google», assure Valérie Bignon, directrice de communication du groupe Hachette, qui possède notamment Calmann-Lévy, Fayard et Grasset.

«Nous n'avons pas été approchés (par Google). Ce n'est pas comme cela que l'on peut envisager le partenariat», s'indigne pour sa part Pascal Flamand, vice-président du Seuil (groupe La Martinière).

Chez Google, on se défend d'avoir voulu forcer la main des éditeurs dont certains, selon une source proche du dossier, ont conclu un accord (Éditions de L'Éclat et De Boeck) ou sont en négociation. La société cotée en bourse affirme que le droit international lui permet de numériser aux États-Unis des livres, notamment français, appartenant au fonds de bibliothèques américaines avec lesquelles elle a passé un accord.

Le géant californien, attaqué en justice par des associations d'auteurs et d'éditeurs aux États-Unis, part du principe que «qui ne dit mot consent»: les éditeurs et auteurs opposés à la numérisation doivent se manifester. Accusé de «marchandiser» la culture, Google assure au contraire vouloir la faire connaître.

«Internet est aussi une façon de communiquer et d'élargir le marché» de l'édition, qui a vu les ventes stagner en 2005, reconnaît Serge Eyrolles du SNE, mais «on n'est pas contre Google, on est pour le respect des droits d'auteur».

Le «faux pas» du géant américain pourrait profiter à la future Bibliothèque numérique européenne (BNUE), projet de l'Union européenne dont la conception se fait en concertation avec tous les acteurs du livre: bibliothèques nationales au premier chef, mais aussi éditeurs, auteurs, libraires et industriels, autour de la Bibliothèque nationale de France (BNF) dont le président Jean-Noël Jeanneney a lancé l'idée de ce fonds destiné à promouvoir la culture et la recherche européennes.

«La BNUE respectera les droits d'auteur, il n'y aura pas de mic-mac», estime Serge Eyrolles, membre du comité de pilotage. Elle «devrait offrir plus de garanties (de respect des droits d'auteur). On est plutôt favorable à ces initiatives», confirme un responsable de Hachette ayant requis l'anonymat.

Seulement, alors que Google, et d'autres sociétés comme Yahoo! et Microsoft à sa suite, ont déjà commencé, la BNUE est encore dans les cartons. «Il faut aller vite, sinon on regardera les trains passer», prévient M. Jeanneney.

La BNUE, a-t-il déclaré à l'AP, devrait voir le jour «d'ici à la fin de l'année» grâce à un «noyau dur» de bibliothèques nationales avec, côté français, la mise à disposition en mode texte d'«environ 60 000 des 80 000» livres actuellement disponibles sur Gallica, le site Internet des collections numérisées de la BNF, et 60 000 ouvrages nouvellement numérisés. Le rythme annuel d'enrichissement de la BNUE par la France serait ensuite de «120 000 à 150 000 livres».

Seraient prioritairement numérisés les «textes fondateurs» de la culture européenne, puis les dictionnaires et ouvrages scientifiques ainsi que les grands journaux. «Je n'ai jamais souhaité faire un projet français. Cela n'a de sens que s'il est européen», insiste le président de la BNF. Quant au financement, il serait majoritairement public _ national et européen, à quoi s'ajouterait du mécénat d'entreprise et le micro-paiement pour les oeuvres soumises à des droits d'auteur.

Aux 15 millions de livres que Google entend numériser, Jean-Noël Jeanneney oppose la qualité d'un fonds «organisé où l'on puisse naviguer de façon réfléchie» pour «offrir aux gens des fils d'Ariane dans l'immensité du savoir, parce que sinon, si on donne tout, on ne donne rien. Le vrac est notre ennemi».

Sur le Net: http://gallica.bnf.fr

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Marcel Simoneau
Directeur
Bibliothèque des Sciences de l'UQAM
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