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Les bibliothécaires sont-ils égoïstes? Debbah, Karim



Les bibliothécaires sont-ils égoïstes?

Par bibliobsession, lundi 10 avril 2006 à 00:00 :: Politiques documentaires

 

Scène ordinaire de la vie d'un réseau de bibliothèques: la "réunion office" est l'occasion d'examiner une soixantaine de romans parus dans le mois (pas que des meilleures ventes de Livre Hebdo quand les marchés publics sont bien faits). Chaque acquéreur rédige une fiche écrite, (crayon de papier ou stylo bille) permettant de raconter à ses collègues la trame du récit et d'avancer quelques éléments d'analyse littéraire. Il présente ensuite ces éléments oralement à ses collègues. L'objectif est de déterminer l'intérêt de la présence du titre dans les bibliothèques du réseau. Une réunion d'acquisition quoi. Ce comité de lecture professionnel est de grande qualité, on sent que les bibliothécaires y voient une des richesses du métier.

Quelques bouquins se voient décerner le label "coup de coeur". Ils gagnent alors leur place dans des étagères dédiées. Leur avenir est alors assuré, c'est l'élite des livres récents. La crème. Environ 10 titres. 0,0000001 % des sorties du mois. Dans le cas d'espèce que j'ai observé, il s'agit d'un réseau qui bénéficie de services centraux, ce qui, circonstance aggravante, signifie que l'organisation et le personnel assez nombreux permettent de partager l'analyse d'un nombre conséquent de titres chaque mois (environ 60 rien qu'en fiction adultes).

Hé ben savez-vous ce que deviennent les fiches d'analyse des 60 titres ? Hé ben RIEN justement, elles viennent gentiment grossir les archives des administrations françaises. Tout le travail de ce comité de lecture professionnel part directement à la poubelle pour ainsi dire! D'où la question: les bibliothécaires sont-ils égoïstes?!

Comment comprendre en effet que notre bien aimée corporation, toujours première à vanter les mérites de la médiation-prescriptive-auprès des-publics se contente de ça? Comment comprendre que les catalogues de bibliothèques soit aussi sec et pauvres en information "qualifiantes" : critiques, analyses? Que les listes imprimées des acquisitions récentes soient des pavés ISBD avec une cote? Que les bibliothèques se contentent de mettre quelques coups de coeur sur des étagères? (et puis c'est quoi cette idéologie du "coup de coeur", les bibliothécaires ont pas le droit de faire leurs "critiques" au vrai sens du mot, comme tout le monde le fait sur le web, c'est à dire de dépasser un tant soit peu le 'j'aime/j'aime pas ?)

Imaginons à partir de ce cas pratique un autre monde avec des pistes simples (et pas un délire technologique à la 2.0 ;-)  Imaginons quelques pistes adaptables là tout de suite pour nous tourner mieux vers l'usager...

Nouvelles règles pour la fiction adulte:

1. TOUTES les fiches d'analyses sont produites par les acquéreurs sous forme électronique. Si ce n'est pas possible pour des questions d'équipement informatique, une personne (secrétariat) se charge de saisir les données.

2. Ces fiches sont produites selon un modèle type fournis par le responsable de la politique documentaire : 1500 signes, caractères compris soit 10 lignes pour  l'histoire et  1200 signes pour l'analyse. Chaque critique comporte le nom et l'email de son auteur, et la bibliothèque dans laquelle il travaille. La médiation est personnalisée.

3. Ce modèle type est adaptable sous une forme imprimable négociée avec le service communication (non pas "fait maison", ou alors avec une charte graphique moderne) pour produire deux types de documents imprimés:

4. Capitalisation des fichiers des critiques qui sont conservées dans des dossiers partagés sur l'intranet, afin de pouvoir être consultés par tous.

5. Des règles sont mises en place afin d'indexer la fiction. En effet, quand les bibliothécaires mettent en avant un aspect documentaire marqué pour un roman, ils  indexent le roman avec le mot-clé correspondant. Si ces ouvrages sont critiqués, autant prendre 5 minutes de plus pour leur donner des mots-clés non? Les bibliothécaires sont certes des bases de données ambulantes, cela ne doit pas nous empêcher de le rendre lisible...Tant qu'à faire, il serait aussi souhaitable d'indiquer dans le catalogue quelques url de critiques sur le titre.

6. Faute de système informatique suffisant pour intégrer les données produites par le comité au catalogue du réseau, un blog de la bibliothèque est crée. Il est alimenté avec les critiques produites chaque mois par les professionnels. Du site institutionnel du réseau, on accède ainsi au blog de la bibliothèque sur lequel les lectueurs peuvent commenter les avis des bibliothécaires. Chaque professionnel doit entrer chaque mois ses critiques sur le blog et assurer la modération des commentaires.

Avec ça on devrait alimenter le petit ruisseau qui un jour fera que de grandes rivières de recommandations/critiques de bibliothécaires seront visibles par des gens...parce que la bibliothèque 2.0 se fera pas toute seule!

 

Par bibliobsession, lundi 10 avril 2006 à 00:00 :: Politiques documentaires

 

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Karim Debbah

Services informatisés des bibliothèques

Université du Québec à Montréal

Tél. (514) 987-3000 poste 6301#

Fax.(514) 987-0285

Courriel debbah.karim@uqam.ca

 

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