référence : http://listes.cru.fr/arc/webiblio-l/2007-01/msg00023.html
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Pourquoi ĂȘtre 2.0? la rĂ©ponse du cynique, de l'utopiste et du politique

Jan 30, 2007 23:00:01 GMT

Au moment oĂč il nous prĂ©pare une vĂ©ritable saga sur les BibliothĂšques 2.0 pour les nuls, voici un morceau pas nul du mĂ©moire de Pascal  Krajewski, La Culture au risque du "Web 2.0" et auteur de trĂšs chouette blog des BibliothĂšques 2.0

J'ai choisi de reproduire ce passage parce que je le trouve trÚs intéressant...n'hésitez pas à lire l'intégralité son mémoire et à répondre à la question qu'il nous pose: vous seriez plutÎt cynique, utopiste ou politique?

 

Pourquoi ĂȘtre « 2.0 » ?

On l’a vu : le monde est pris dans la tourmente du 2.0 et chaque acteur de se demander s’il doit – ou non- prendre le train en marche, et Ă  quel wagon il doit se rattacher. On pourrait dresser une typologie des rĂ©ponses selon trois axes :

2.3.1. « Parce que. » : la réponse du cynique

La premiĂšre rĂ©ponse est d’un pragmatisme achevĂ© : il faut en ĂȘtre, sinon on est mort.

Elle part de différents constats :

â–ș Le monde devient le Web et le Web devient le Web 2.0.

â–ș Les taux de croissance des diffĂ©rents sites 2.0 Ă©voquĂ©s sont extraordinaires. Nul doute que les chiffres donnĂ©s ci-dessus sont dĂ©jĂ  caducs, quelques semaines plus tard. Le 2.0 concentre aujourd’hui toutes les Ă©nergies.

â–ș La jeunesse est massivement sur les rĂ©seaux sociaux. Stephen ABRAM, de la sociĂ©tĂ© SirsiDynix surveille de prĂšs les tendances amĂ©ricaines et les constats sur la millenial generation (ie celle qui vient aprĂšs la gĂ©nĂ©ration Y) sont Ă©tonnants :
NĂ©s aprĂšs 1980 ; QI plus Ă©levĂ© ; 80% des plus de 14ans, aux USA, a un compte MySpace ; le courriel est en voie de disparition au profit des textos, sms, msn ; 90% des Ă©tudiants amĂ©ricains ont un compte Facebook ; Ils n’utilisent pas la bibliothĂšque mais lisent des livres, pertinents, grĂące Ă  la communautĂ© et la magie des rĂ©seaux sociaux !

Dans cette perspective, le Web 2.0 n’est pas une histoire qui se comprend avec les notions d’information, de savoir ou de pensĂ©e. Ce n’est qu’une question de Signes. Pas du Sens, du Signe.

Le Web 2.0 : c’est la “course sĂ©miotique” dans une territoire oĂč le signe est roi.
Ce territoire, c’est le Web, considĂ©rĂ© comme simple sĂ©miosphĂšre.
Il faut se tourner vers le concept de Transparence que des philosophes contemporains d’obĂ©dience post (ou nĂ©o) nietzschĂ©enne - ont pu dĂ©velopper (Vattimo, Lyotard, GuĂ©rin). La Transparence : c’est la perte du sens sous la profusion du signe
 La disparition du “sĂ©mantique”, remplace par le “sĂ©miotique”. Qu’importe la VĂ©ritĂ©, la PensĂ©e, le Sens.
Partant de ces constats, les raisons Ă  se faire 2.0 tombent d’elles-mĂȘmes : il faut aller lĂ  oĂč les choses se font, mĂȘme si elles se font trĂšs bien sans nous.
C’est une question de survie.

2.3.2. « Pourquoi pas ? » : la rĂ©ponse de l’utopiste

Il s’agirait ici plus d’accompagner la communautĂ© dans un redĂ©ploiement de ses propres frontiĂšres. La fibre sociale est ici prĂ©gnante.
On peut dĂšs lors accompagner sa communautĂ© territoriale sur ces nouveaux espaces. C’est le cas des Archives NumĂ©riques 2.0, qui cherchent Ă  se faire de vĂ©ritables temples pour leur communautĂ©. Le site ici crĂ©Ă© servira de liant et d’Agora Ă  la communautĂ© des administrĂ©s.

L’enjeu n’est pas seulement de crĂ©er un dĂ©pĂŽt de matĂ©riel mais bel et bien de rĂ©pondre Ă  des attentes tacites d’une communautĂ© en manque/mal d’identitĂ©. C’est ce que nous verrons dans la deuxiĂšme partie avec l’étude du projet Kete.
On peut aussi, de façon altruiste et dĂ©sintĂ©ressĂ©e, proposer ses services Ă  une communautĂ© orpheline. C’est le cas d’Info Island. Au sein du monde virtuel Second Life, une groupe de bibliothĂ©caires internationaux s’est montĂ© afin de crĂ©er
une bibliothĂšque virtuelle : Info Island. Cette derniĂšre est trĂšs active et dispense des conseils aux rĂ©sidents de Second Life. Cette expĂ©rience commence Ă  avoir des rĂ©percussions dans la vie rĂ©elle. Si la plupart des bibliothĂ©caires concernĂ©s sont bĂ©nĂ©voles, certains prodiguent des conseils sur leur temps de travail. Nous avons personnellement Ă©changĂ© avec nombre d’entre eux. Nous comprenons trĂšs bien quel puissant charme peut exercer sur un bibliothĂ©caire une telle expĂ©rience, mais la question Ă©tait : « pourquoi votre institution accepte t elle de vous payer pour dĂ©livrer ce service ? ». Les rĂ©ponses furent variĂ©es : certes, suivre et reconquĂ©rir son public potentiel ; mais c’est aussi un moyen de suivre les Ă©volutions technologiques, d’essayer de trouver dans ces univers virtuels et le monde des jeux vidĂ©os – des tendances, des outils, des concepts qui pourront ensuite ĂȘtre employĂ©s au sein de la bibliothĂšque et de la collectivitĂ©. En outre, les cybrarians sont unanimes : cette expĂ©rience leur permet de mener une profonde rĂ©flexion sur leur mĂ©tier, leur habitude et donc de revisiter leur propre travail rĂ©el. Info Island, c’est de la veille de pointe ; un vĂ©ritable laboratoire de R&D pour les bibliothĂšques.

2.3.3. « Parce que
 » : la rĂ©ponse du politique

Dans notre recherche d’une dĂ©finition de « bibliothĂšque 2.0 », nous sommes revenus sur l’esprit des LumiĂšres. Il nous semble que nos problĂ©matiques contemporaines s’en rapprochent Ă©trangement


Le Web 2.0, c'est un nouveau monde oĂč :
Le pouvoir est donné au plus grand nombre

− Le surfeur crĂ©e ses ressources, ses rĂ©seaux.
− Hier, c'est ce qui s'est passĂ© avec la « dĂ©mocratie ».
DÚs lors, il devient nécessaire de former le plus grand nombre

− Kant ou Voltaire auraient employĂ© des mots comme : le ‘citoyen Ă©clairé’, ou ‘devenir majeur’.
− Aujourd’hui, la figure du surfeur remplace celle du citoyen.

Et de rendre accessible au plus grand nombre :
− Autrement dit : OPEN : access, content, data, Knowledge
− Hier, on appelait ca : Ecole, Ă©ducation, instruction, musĂ©e

Mi-XVIIIe, les intellectuels ont dĂ©cidĂ© que la sociĂ©tĂ© qui arrivait mĂ©ritait d’ĂȘtre "Ă©clairĂ©e". Que c’était mĂȘme vital.
Est-ce toujours le cas ? Le surfeur 2.0, qui va bientĂŽt ĂȘtre maĂźtre du Web 2.0 - a t il besoin des LumiĂšres 2.0 ? D’ĂȘtre Ă©clairĂ© ? Si « oui » ; alors, oui, il faut bĂątir des bibliothĂšques 2.0... Mais le projet politique qui le sous-tend n’est ni cynique ni vainement utopiste ; c’est une profession de foi accompagnĂ©e de son sacerdoce


 

 

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Karim Debbah

Technologies de l'information

Service des bibliothĂšques

UniversitĂ© du QuĂ©bec Ă  MontrĂ©al

TĂ©l. (514) 987-3000 poste 6301#

Fax.(514) 987-0285

Courriel debbah.karim@uqam.ca

 

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