référence : http://listes.cru.fr/arc/webiblio-l/2007-03/msg00018.html
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Le prêt électronique d'ouvrages est un anachronisme. Debbah, Karim



Le prêt électronique d’ouvrages est un anachronisme.

Mar 21, 2007 23:00:01 GMT

Signalé par Pintiniblog et par biblio-fr, le rapport du Projet Université Numérique en Région Bretagne (PUNRB, en pdf ici) me semble très intéressant notamment par son positionnement centré sur les attentes de l'usager. De quoi s'agit-il?

 [D'une] Expérience de mise à disposition d’un fonds de livres électroniques en français, commun aux Services communs de documentation des universités de Rennes-1, de Rennes-2, de Bretagne-Sud (Vannes-Lorient), de Bretagne Occidentale (Brest), et de l'IUFM de Bretagne, à destination des étudiants de Licence et Master, et, d’autre part, la base d’un observatoire des pratiques universitaires en matière de livres électroniques.

Il n'est point question ici de faire une synthèse de ce projet, mais juste de pointer le fait que le choix de ces professionnels qui ont longuement étudié la question et qui souahitent aller dans le sens de nouveaux usages et de nouvelles offres numériques pour leurs publics refusent en particulier le modèle sur lequel repose Numilog. Pourquoi?

En substance:

 Initialement retenu comme partenaire potentiel du projet UNRB, Numilog a été écarté principalement en raison de son modèle de prêt électronique. Certes, NetLibrary le propose également, mais de façon totalement optionnelle. C’est d’autant plus regrettable que Numilog offrait des contenus plus intéressants et plus variés, notamment en lettres et en sciences humaines et sociales. A côté du prêt électronique, son modèle présente deux inconvénients majeurs pour l’UNRB : d’une part l’impossibilité de la mise en commun des ouvrages entre les SCD, selon les termes des contrats passés avec les éditeurs ; d’autre part la restriction de l’usage et de l’accès aux ressources en cas de désabonnement à la plate-forme de l’agrégateur : les fichiers sont verrouillés par un système de gestion des droits numériques (DRM) qui rend problématique l’archivage, et ne peuvent être consultés que sur un nombre très limité de postes dans chaque institution, sans autorisation de dépôt sur un serveur commun. L’enquête SDTICE sur le prêt électronique réalisée en 2006 légitime d’une certaine façon le choix de l’UNRB. Au coût annuel de la plate-forme, qui apparaît assez élevé, s’ajoutent d’autres contraintes : le téléchargement lié au prêt d’ouvrages ne peut s’effectuer que sur un poste à la fois, ce qui s’accorde assez peu avec le concept de « lecture nomade » ; la recherche en texte intégral se limite au titre consulté, pas à l’ensemble du catalogue ; des fonctionnalités sont exclues par le système de DRM comme la copie d’extraits.

A l’heure du tout numérique, le prêt électronique d’ouvrages semble un anachronisme. Le public universitaire est habitué à consulter les bases de données et les revues en ligne de manière illimitée, dans le temps et en nombre d’accès. C. Forestier observe justement que les éditeurs qui publient directement en ligne leur catalogue de livres électroniques sans passer par un agrégateur ne recourent aucunement au système du prêt électronique. Il ne faut donc pas fixer une période de prêt mais laisser à l’usager le loisir d’être connecté aussi longtemps qu’il le souhaite. Numilog justifie son modèle en invoquant l’exigence, de la part des éditeurs, d’un niveau suffisant de protection des fichiers.

Voilà une position saine et pragmatique, que je soutiens pour ma part, car les pratiques de "nos" publics susceptibles d'être intéressés par ce type d'offre n'ont aucune raison d'êtres différentes du public universitaire de Bretagne... L'offre de Numilog, actuellement proposée aux bibliothèques publiques via CAREL ne me semble pas adaptée à la demande (dans l'état actuel). Sans développer plus sur ces questions, je vous renvoie aux enjeux des fichiers chronodégradables dans le domaine de la musique, au risque de m'autociter ce qui peut agacer certains mais qui n'est finalement rien d'autre qu'une saine recommandation dont la fréquence reste mesurée ;-) en particulier vers l'article sur les DRM et les problèmes soulevés par le positionnement d'entreprises comme Ithèque

Précision apportée plus loin dans le rapport :

En éliminant d’emblée le système de prêt électronique proposé par Numilog, l’UNRB 2.4 a exprimé son refus d’un modèle qui limite la durée de consultation des ouvrages. En revanche, l’accès peut être limité ou illimité en nombre de connexions simultanées. Ainsi, l’UNRB dispose de 5 accès simultanés pour l’ensemble des Mémentis Lefebvre et de 2 accès pour chaque titre de la collection NetLibrary. Ce nombre peut sembler insuffisant rapporté au nombre total d’utilisateurs au sein des établissements de l’UNRB. Toutefois, les différentes études menées sur les usages du livre électronique montrent que la durée moyenne de consultation d’un livre électronique par usager n’excède pas 15 minutes (1). Le nombre d’accès pourrait cependant être augmenté à l’avenir s’il s’avérait insuffisant.

Il s'agit donc d'affirmer haut et fort que ce qui vaut pour le prêt physique (le prêt/téléchargement à l'unité, limité dans le temps) n'est pas valable pour le numérique (logique du droit d'accès à une base)

De manière plus globale, je vous invite vraiment à lire l'intégralité de ce document (pdf) et à vous rendre sur la page dédié sur le site de l'Université

En tout cas, de mon côté je dis bravo ce projet innovant et constructif si poétiquement nommé "action 2.4"...ce qui peut-être un subtil stratagème pour, sous couvert d'un intitulé moche et administratif, de se situer au delà du 2.0...!

 

 

Karim Debbah
Technologies de l'information
Service des bibliothèques
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