référence : http://listes.cru.fr/arc/webiblio-l/2009-03/msg00006.html
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Par bibliosession :

La bibliothèque hybride sera-t-elle truffée de livres truffés ?

b24-galantaris1_grandJ’ai eu la chance il y a quelques années de me voir offrir ce livre exceptionnel : un Manuel de Bibliophilie (Editions des Cendres, 1997) par Michel Galantaris dans une édition qui est aujourd’hui épuisée. On y trouve la définition suivante :

Truffé (exemplaire)

Il s’agit de l’exemplaire d’un ouvrage enrichi de documents en rapport avec son thème ; par exemple, des autographes, manuscrits, photographies, souvenirs de diverses natures, etc. Cela en fait un exemplaire unique dont la valeur peut être importante.

Aujourd’hui, on parle plutôt de livres “augmentés” (je suis pas adepte du terme), j’aime bien le mot truffé, parce qu’il porte une vraie appropriation du contenu d’un livre. J’ai repensé à ce mot en écoutant Frédéric Kaplan dans le récent podcast consacré à l’internet des objets dans Place de la Toile. Frédéric Kaplan est chercheur en intelligence artificielle, il a écrit ce long article publié sur Internet Actu  en avril 2007. En voici un extrait, mais je vous conseille vraiment sa lecture en intégralité :

La lecture est une expérience intime et solitaire. Mais les livres se souviennent et, dans certains cas, ils témoignent et offrent en différé des moments de partage. La trajectoire des livres fait leur valeur. J’aime les faire circuler. Le plus souvent, malheureusement, on me les rend sans véritable valeur ajoutée. Certaines personnes mettent tant de diligence à respecter les livres que l’objet ne semble même pas avoir été ouvert. L’ont-elles vraiment lu ? Comment leur dire que je souhaiterais voir revenir l’objet annoté, souligné, déformé, augmenté par leur propre trajectoire de lecteur ? Ces choses-là ne se disent pas et le rapport que chacun a au livre, intimité physique ou distance intellectuelle, ne change pas du jour au lendemain. Dans la circulation des livres et leur devenir historique, la bibliothèque municipale est un endroit privilégié. Il n’est pas rare de retrouver des traces des lecteurs précédents dans les livres que l’on emprunte. Les bibliothécaires n’apprécient guère ces corneurs et griffonneurs impénitents. Ce sont des vandales, des destructeurs de biens publics. “Merci de laisser les livres dans l’état où vous les avez trouvés !” Mais, étant donné la diversité des emprunteurs, je me doutais bien que ces établissements devaient receler certains bijoux en termes de livres “historisés”.

Et de livrer une hypothèse passionnante :

Mon hypothèse est la suivante : le livre de demain sera plus intense car il permettra, au cœur même de l’expérience de la lecture, de percevoir les chemins des autres lecteurs. Il est encore tôt pour dire quelle forme pourra prendre ce livre. Il s’agira peut-être d’un écran portable avec un bon confort visuel. Mais l’on pourrait tout à fait imaginer des couvertures interactives ou autres marque-pages pouvant “augmenter” un livre traditionnel.

Il me semble que les bibliothèques sont très concernées par ces perspectives (et non pas “au cœur de” hein, marre du guichet unique), à la fois lieux de circulation et lieux d’appropriation (temporaire) de ces objets (je n’oublie pas autres supports que le livre). Bon que ceux qui ne sont pas bibliothécaires ne se méprennent pas : on va PAS  filer des stylos rouges à tout le monde en incitant les gens à gribouiller les livres sous prétexte de médiation hein ! Non non, l’intérêt des traces numériques, c’est qu’elles sont effaçables :-). Il nous faut en finir avec la séparation virtuel/réel pour penser des dispositifs où les deux se complètent.

Ce que j’appelle “médiation numérique” est, au fond, une volonté de trouver des moyens de (re)mettre en relation des gens et des objets, une manière de disséminer le “club des lecteurs” du local, vers le global en recueillant comme des pépites des traces de lectures et de lecteurs (transposez pour l’audio et le visuel). La “bibliothèque hybride” sera-t-elle donc toujours un lieu, mais un lieu “augmenté” des traces qu’il suscite ?

François Bon a eu la phrase suivante lors de la récente rencontre à Bagnolet : “La littérature est la relation qu’on entretient avec elle”, j’ai envie d’ajouter que cette relation crée un paratexte qu’il nous faut à la contribuer à faire émerger et à diffuser. (Paratexte c’est du Genette, ça faisait longtemps que j’avais envie de replacer celui là ! Bon ça c’est fait, le prochain dans le même genre, c’est plus dur, c’est épitexte… ouais bon je m’amuse tout seul et alors ?)

Si vous voulez en savoir plus sur la réalité augmentée, je vous conseille d’ailleurs le biblioblog de Chloé Martin, étudiante en communication numérique et veille stratégique. Très bien fait, et plus particulèrement son billet présentant quelques exemples de réalité augmentée… ça fait plaisir un beau biblioblog comme ça !

 

 

Karim Debbah
Technologies de l'information
Service des bibliothèques
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