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Diana Family Portrait, 1998 |
My aim is to explore the blurred boundaries between reality - Alison Jackson |
2000. Une galerie d’art londonienne expose des « portraits de famille » de la princesse Diana et Dodi Al Fayed avec, sur leurs genoux, un enfant métisse. Faisant clairement écho à des rumeurs selon lesquelles Diana aurait été enceinte au moment de sa mort, ces clichés ont d’abord semé la confusion, puis ont soulevé l’indignation de la presse britannique. Portrait d’une artiste inspirée et provocatrice.
Suite à des études en sculpture au Chelsea College of Art de Londres, Alison Jackson s’est intéressée à la photographie jusqu'à obtenir une maîtrise en photographie d’art. C’est d’ailleurs la combinaison de ces deux disciplines qui ont mené cette artiste anglaise à ses recherches actuelles sur l’image. Effectivement, c’est en présentant ses installations et les photos de ces mêmes installations simultanément qu’elle a constaté la tendance naturelle des spectateurs à s’intéresser à l’image d’abord. Le spectateur semblant être davantage fasciné par l’image de l’objet que par l’objet lui-même l’a amenée à s’intéresser au complexe phénomène des images et de la simulation répandus dans la culture contemporaine. Les enjeux de l’iconophilie sont donc au cœur de ses préoccupations artistiques. |
Auto-portrait de l'artiste, 2003 |
UNE NOTORIÉTÉ NAISSANTE Alison Jackson prends aujourd’hui de la notoriété dans le milieu des arts médiatiques grâce à une série de photos commencées depuis quelques années appelées les Mental Images. Étant donné son arrivée récente dans le milieu, ces photographies constituent l’essentiel de son travail d’artiste et se veulent l’expression directe de ses préoccupations.
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Diana et Marilyn, 2000 |
Cette
série d’images provocantes dévoile ainsi un éventail
de personnalités publiques principalement britanniques dans
les situations les plus inusités. De David Beckham au Prince
Charles, en passant par la princesse Diana, toute l’élite
britannique y passe, parfois dans des situations particulièrement
révélatrices. Il ne s’agit pas de montages, mais
bien de mises en scène soigneusement orchestrées autour
de sosies de ces personnalités. En fait, tout dans la préparation
est mis en œuvre pour que le faux ait l’air le plus vrai
possible, jusqu’au grain grossier de la photo et son angle de
vue, accentuant l’effet d’instantanéité.
Cette façon de procéder, basée sur une préparation
minutieuse menant à une mise en scène précise,
se rapproche du travail de plusieurs autres artistes en arts visuels,
notamment Calum Colvin, Cindy Sherman,Jo Spence et Boyd Webb. Or, son
travail a ceci de particulier qu’ironiquement, il prétend
en quelque sorte revenir à la fonction documentaire de la photographie
au même moment qu’il fabrique cette « réalité » de
toute pièce par tous les moyens physiques possibles. Alison
Jackson crée ainsi de « vraies » fausses images
pour explorer l’impact et la portée des images. Sur ce
point, elle a notamment été influencée par Andy
Warhol, dont elle dit que les impressions, « en plus d’être
des représentations des stars, étaient aussi auto-réflexives
en ce sens qu’elles sont des images parlant de la façon
dont les médias de masse créent la célébrité ». |
Pour
réaliser la série Mental Images, qui est d’ailleurs
en développement continuel, Alison Jackson a réalisé quelques
courts-métrages, mais s’est principalement intéressée à la
photo, à la manière des paparazzis. Ces images ont été exposées à diverses
reprises au cours des dernières années, notamment à Montréal
en 2003 dans le cadre du Mois
de la photo à Montréal sous
le thème Maintenant
: Images du temps présent,
souvent en grands formats. |
Bill et Monica, année inconnue |
Sans titre, année inconnue |
Sans titre, année inconnue |
JONGLER AVEC LES PLUS SIMPLES DES PRINCIPES Dans le cadre du cours, il a été notamment question des diverses comparaisons possibles entre les médiums photographique et vidéographique. À la base, par leur nature même, ils se différencient dans leur façon d’exposer une même réalité. Alors que le grain de la vidéo et son caractère mouvant lui confèrent son caractère vrai et authentique, la fixité et la netteté de l’image photographique la rendent « trop » vraie, au-delà de la perception humainement possible. Ainsi, en regardant les photographies d’Alison Jackson, peut-on dire qu’elles correspondent à cette définition de l’image photographique? Rappelons que son but ultime est de monter de toutes pièces une réalité, d’inventer une fiction « réaliste ». Or, c’est précisément en s’éloignant du rendu photographique pour appliquer à ses images un rendu plu vidéographique qu’elle atteint une partie de son objectif. Ses images, comme le montrent les exemples ci-hauts, n’ont pas la netteté caractéristique de la photographie contemporaine et saisissent des instants de vie quotidienne. L’effet « paparazzi » est non seulement exploité à travers la mise en scène, mais dans le rendu lui-même, créant de ce fait le parfait canular. Il y a ainsi une double part d’ironie dans le travail photographique de l’artiste, d’abord du fait de planifier minutieusement une scène afin qu’elle ait l’aspect d’une réalité, puis ensuite du fait de s’éloigner de l’essence de la photographie pour rendre ses images plus réalistes. |
Par ailleurs, dans plusieurs photos, la prise en compte du hors-champ est importante et a sans doute été déterminante dans l’efficacité du cliché final. Non pas que l’extérieur du cadre doit attirer l’attention, mais au contraire, il doit se fondre naturellement tout en soutenant la photographie. Pour que celle-ci ait l’air réaliste, le spectateur doit pouvoir situer le modèle dans un environnement compatible à la scène représentée. C’est donc avant tout pour palier à un effet « studio » que la photographe doit suggérer un environnement réaliste, notamment par des points de vue particuliers ou encore des éléments de décor appropriés.
Dans la photographie ci-contre, de simples détails permettent de référer au hors-cadre et de rendre l’image encore plus réaliste. En effet, le léger aperçu du visage de John F. Kennedy sur l’épaule de Marilyn, combiné aux simples barreaux blancs qui traversent la photo, suffisent pour suggérer au spectateur que la scène se déroulerait à la Maison Blanche. Bien qu’ils soient subtils, ces détails sont essentiels à la lecture de la photo. |
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Comme
il est possible de le deviner, le travail de l’artiste ne
fait pas l’unanimité, autant chez le public, que dans le milieu
artistique. Certes, la fabrication d’images a suscité l’étonnement
et la curiosité, mais c’est en « s’attaquant » aux
célébrités, en les plaçant dans des situations
plus ou moins orthodoxes qu’Alison Jackson s’est attiré les
foudres. Plusieurs critiques ont montré leur outrance face à ces
photographies. Alors que le Sunday Telegraph juge ce travail empreint d’un« profond
manque de goût », le Sun se demande ouvertement « jusqu’à quel
niveau l’art peut-il s’abaisser? » Or, ces réactions
trouvent parfaitement leur place dans les recherches de l’artiste
quant à l’impact des images en ce début de XXIe siècle.
En effet, pourquoi les gens réagissent si violemment? Pourquoi de
simples images, de simples montages présentés comme tels
provoquent-ils de telles réactions? La photographe prends pourtant
la peine de préciser, au début de son livre, que « les
photographies contenues dans ce livre ne représentent pas et n’essaient
pas de représenter quelque événement que ce soit ayant
réellement eu lieu ou appelé à se produire . » Ce
qu’il y a, c’est que ces mises en scène heurtent les
images de ces célébrités pratiquement divinisées,
de ces nouveaux icônes de culte. Entre alors en jeu tout le deuxième
niveau du travail d’Alison Jackson, non pas provocateur et arrogant,
mais investigateur du pouvoir de l’image contemporaine. |
LE SPECTATEUR CHAROGNARD Comme il est possible de le deviner, le travail de l’artiste ne fait pas l’unanimité, autant chez le public, que dans le milieu artistique. Certes, la fabrication d’images a suscité l’étonnement et la curiosité, mais c’est en « s’attaquant » aux célébrités, en les plaçant dans des situations plus ou moins orthodoxes qu’Alison Jackson s’est attiré les foudres. Plusieurs critiques ont montré leur outrance face à ces photographies. Alors que le Sunday Telegraph juge ce travail empreint d’un« profond manque de goût », le Sun se demande ouvertement « jusqu’à quel niveau l’art peut-il s’abaisser? » Or, ces réactions trouvent parfaitement leur place dans les recherches de l’artiste quant à l’impact des images en ce début de XXIe siècle. En effet, pourquoi les gens réagissent si violemment? Pourquoi de simples images, de simples montages présentés comme tels provoquent-ils de telles réactions? La photographe prends pourtant la peine de préciser, au début de son livre, que « les photographies contenues dans ce livre ne représentent pas et n’essaient pas de représenter quelque événement que ce soit ayant réellement eu lieu ou appelé à se produire . » Ce qu’il y a, c’est que ces mises en scène heurtent les images de ces célébrités pratiquement divinisées, de ces nouveaux icônes de culte. Entre alors en jeu tout le deuxième niveau du travail d’Alison Jackson, non pas provocateur et arrogant, mais investigateur du pouvoir de l’image contemporaine. |
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C’est à travers ses premiers clichés de l’image de la princesse Diana qu’Alison Jackson a, comme elle l’explique ci-dessous, commencé à explorer le pouvoir des images dans la société actuelle. I started making work about Diana as a national icon at the time of her death. Millions mourned her through her image. Most of them did not know her in person; they only “knew” her through photos, TV etc. I thought I would make images of her, using a lookalike, to explore our perception of her and our fantasies about her love life. It seemed to me that belief systems were being formed around celebrities and indeed celebrity culture itself. Today’s culture is about self-publicity, being on TV, confessing and exposing oneself through the media, and if we can’t manage that ourselves,we like to read about and watch the people who can – the celebrities – who have become gods in their way. Certes, ces clichés font intrusion dans un univers de rumeurs, d’insinuations, dans l’extrême intimité de personnalités extrêmement publiques. Or, tout cela est faux. Comme l’écrit Waldemar Januszczak en épilogue du livre de la photographe, Private, alors qu’elle paraît pointer son objectif sur ces fausses célébrités, « ce qu’elle regarde vraiment, c’est nous. Nos goûts. Nos croyances. Notre fascination. Notre curiosité. Notre fuite de réalité chronique. Notre tragédie contemporaine. » Ces images en viennent à porter une véritable laideur, non pas en exposant des insinuations peu reluisantes sur la haute société britannique, mais laideur des charognards d’images que nous, spectateurs, sommes devenus. |
Depuis 2000, Alison Jackson ne cesse de faire parler d’elle. Que ce soit à travers de nouvelles expositions provocatrices ou grâce à une campagne de publicité qu’elle a réalisé pour la compagnie de boisson Schweppes. Qu’ils en parlent en bien ou en mal, tout le monde en parle. Certes, il est possible de s’interroger sur les conséquences légales à la publication de telles images. Or, il semble que l’Angleterre n’ait pas de loi concernant l’utilisation de sosies à de telles fins. Par ailleurs, la photographe n’a jamais prétendu représenter une quelconque réalité, bien au contraire. D’ailleurs, le soin qu’elle prends à spécifier que ses images sont construites à partir de sosies est directement conséquent à son but premier : celui d’explorer le pouvoir des images en ce début de XXIe siècle, alors qu’elles ne cessent de se répandre et que leur portée ne cesse de s’intensifier. À propos du 11 septembre, l’artiste a déclaré qu’ « il s’agissait d’une bombe visuelle, de la part d’un pays iconoclaste. Puisque la culture de Ben Laden ne permet pas la circulation des images, ils comprennent combien puissantes sont les images. » Jusqu’où ira le culte ? |
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September 11 2002 9:10 am. The "Promenade" in Brooklyn Heights par mike schadewith et brent brooks |