Caractéristiques de l’instrumentarium BaschetContexte esthétiqueLes structures sonores qui composent l’instrumentarium Baschet présentent une facture bien particulière. Leurs formes, l’organisation de leurs claviers et leur principe acoustique diffèrent considérablement de ceux des instruments traditionnels. En effet, les structures sonores Baschet sont rattachées à une esthétique musicale où chacun des paramètres du son (hauteur, durée, timbre et dynamique) est traité également. Le résultat musical est donc plus près de Varèse que de Mozart. Cela signifie que la fonction première de ces instruments n’est pas de produire des notes et des mélodies, mais plutôt des sons et des contrastes de timbres.
Les sonorités ainsi produites sont assimilables aux nouveaux courants musicaux axés sur la recherche sonore, mais contrairement à la tendance actuelle, elles ne relèvent d'aucun procédé électrique. Les instruments sont en effet totalement acoustiques : l’émission et le profil du son dépendent directement du geste de l’instrumentiste. Ainsi, bien qu’appartenant à une esthétique musicale moderne, les structures sonores perpétuent l’esprit de la facture instrumentale traditionnelle. L’instrumentarium Baschet est divisé en trois familles instrumentales : les cordes, les percussions et les tiges de verre. À part le sifflant (voir, détail des instruments), chaque structure sonore est constituée d’un clavier boulonné à un cône coloré interchangeable. Pour le transport, les cônes peuvent être empilés les uns sur les autres, tandis que les montages plus complexes, tels que l’arc, les trois croix et le ressort, peuvent être désassemblés en sections plus petites. SonoritésUn des premiers objectifs de Bernard Baschet fut de créer un ensemble d’instruments musicaux qui produirait des sons variés, originaux et agréables à l’oreille. Les structures sonores produisent trois types de sonorités : 1) les sons à hauteur repérable qu’on appelle aussi " sons toniques "; 2) les sons à hauteur difficilement repérable qu’on appelle aussi " sons cannelés "; 3) les sons à hauteur non repérable qu’on appelle aussi " sons complexes ". L’originalité et la qualité sonore sont deux propriétés fondamentales de l’instrumentarium Baschet. D’une manière générale, on peut dire que ce dernier offre un riche éventail de sons, souvent étonnants, quelques fois amusants, allant du plus court au plus long, du plus mince au plus épais, du plus lourd au plus léger, du plus clair au plus sombre, du plus lisse au plus rugueux, du plus grave au plus aigu, du plus fort au plus doux. Les habitués n’hésitent pas à le qualifier de " palette sonore " tellement les combinaisons de couleurs sonores (timbres) sont multiples.
Les structures sonores ne sonnent jamais faux. Les notions du " juste " et du " faux " sont intimement associées, en musique, à la mélodie et à l’harmonie tonale. Étant donnée que les structures sonores ont été conçues dans un tout autre esprit, ces notions ne s’appliquent pas lorsqu’on en joue. Au surplus, les " impuretés " du son, normalement déplorées en musique tonale, deviennent ici des éléments de curiosité et d’exploration. ClaviersLorsque l’on examine la facture insolite des structures sonores qui composent l’instrumentarium Baschet, il faut se rappeler qu’elles ont été spécifiquement conçues, d’une part, pour l’exploration sonore par le geste instrumental et, d’autre part, pour l’éducation musicale des enfants. Ces deux objectifs ont considérablement influencé le design des instruments.
Un des premiers objectifs de Bernard Baschet était de mettre au point des instruments donnant accès au jeu musical spontané, sans formation préalable. Le principe acoustique de la verge encastrée assure une grande sensibilité de réponse au geste. Les instruments réagissent à la moindre sollicitation et permettent de traduire en sons toutes les nuances du geste. De plus, les claviers sont de grande dimension et leurs éléments constituants sont répartis en nombre limités afin pallier au manque de coordination motrice du débutant. Dès les premières tentatives, l’apprenti musicien est donc en mesure d’obtenir de jolis sons et d’aborder la dimension expressive du jeu musical. Les claviers, comme les sonorités produites, ne font référence à aucun instrument connu. L’enfant n’est donc pas tenté de comparer son jeu aux standards d’exécution habituels; il peut jouer librement et s’exprimer sans complexes. Chaque structure sonore est constituée d’un clavier divisé en zones de timbres distinctes qui sont délimitées par des éléments de formes et de matériaux différents. Chaque zone de timbre est déclinée dans un registre sonore plus ou moins étendu allant du grave à l’aigu. Ainsi, l’instrument est aussi intéressant pour le jeu individuel que pour le jeu collectif; les structures sonores ayant été conçues pour recevoir plusieurs instrumentistes simultanément.
L’exploration sonore implique nécessairement une exploration gestuelle. Le jeu musical avec les structures sonores Baschet permet à l’instrumentiste d’explorer une multitude de gestes différents et de varier la direction ainsi que l’amplitude de ses mouvements : · L’instrumentarium Baschet appelle des modes de jeux traditionnels : pincer ou frotter les cordes, percuter les éléments métalliques, et, dans la mesure où l’on connaît le cristal, frotter les tiges de verre avec les doigts humides. Toutefois, l’usage unique de ces techniques de jeu reviendrait à ignorer la fonction de ces instruments qui sont, tout entiers, destinés à l’exploration sonore et gestuelle. C’est pourquoi, au-delà des gestes fondamentaux, l’instrumentiste est invité à explorer d’autres techniques de jeu. D’abord avec des percuteurs variés : mains, baguettes de tout ordre, billes, monnaie, etc., mais aussi avec des gestes différents : caresser, gratter, frotter, etc. Dans ce domaine, la seule limite est l’imagination de l’instrumentiste. · Les structures sonores peuvent être mues durant l’exécution musicale. D’une part, certains effets sonores sont réalisés en bougeant le clavier ou l’instrument tout entier. Par exemple, il est possible de diriger le son vers un endroit précis en déplaçant le cône de l’instrument. D’autre part, les structures sonores, devenues éléments de décor ou accessoires de théâtre, peuvent être déplacées dans l’aire de jeu. · Sur un même instrument, la juxtaposition verticale, horizontale ou oblique de différentes zones de timbres incitent l’instrumentiste à recourir à des gestes différents. · D’un instrument à l’autre, les claviers diffèrent. Bien que certains éléments, comme la tige filetée, soient communs à plusieurs structures sonores, ils ne sont jamais disposés identiquement. De même, la grandeur des claviers varie entre les instruments et quelques-uns présentent des caractéristiques originales. Par exemple, certains claviers sont mobiles alors que d’autres permettent de moduler le son en exerçant une pression sur le cadre de l’instrument. Enfin, les positions de jeu sont multiples : certaines structures sonores peuvent se jouer debout, d’autres à genoux, d’autres assis.
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