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ACTIVITÉS À VENIR


Colloque Imaginaires de la table : récits, nourriture et migration
12 mai 2011
Université Bishop’s, Hamilton Building, local 305 (BISH-HAM-305)
Dans le cadre du 79e congrès de l’Acfas

Programme provisoire

Avec Jérôme-Olivier Allard (chercheur indépendant), Mélanie Boucher (UQAM), Marion Delecroix (Université de Provence), Tess Do (University of Melbourne), Alain Girard (UQAM), Simon Harel (UQAM), Karine Hubert (UQAM), Marie-Christine Lambert-Perreault (UQAM) et Patrice Loubier (UQAM)

Des expositions Gold Mountain Restaurant (2004-2008) de Karen Tam au roman Le Mangeur (2006) de Ying Chen, plusieurs créateurs interrogent à l’heure actuelle les liens entre l’identité, la nourriture et les déplacements géographiques. Imaginaires de la table s’intéresse aux représentations de la nourriture et des pratiques alimentaires en contexte de traversée des cultures dans les productions littéraires et artistiques depuis 1980. Car ces œuvres constituent selon nous un terrain privilégié pour étudier les phénomènes actuels de rencontre (ou de non-rencontre) et d’intériorisation (réussie ou entravée) de l’altérité. Au cœur des arts de faire du quotidien, la nourriture devient tantôt le support de repères identificatoires, tantôt le vecteur d’un séduisant exotisme, tantôt l’incarnation d’un étranger menaçant. En contexte de migration, les pratiques alimentaires témoignent de la reconfiguration des appartenances du sujet mobile et de la perméabilité des frontières entre le soi et l’autre. Si l’incorporation de la culture du pays d’accueil passe souvent par la dimension réconfortante de la cuisine, l’accueil de l’autre en soi peut être difficile et générer un mécanisme de défense et d’incorporation, ainsi que des manifestations somatiques. L’absorption de nourriture, nous dit Claude Fischler (Manger magique, 1994), fait jouer des processus primitifs où l’incorporation d’un objet implique, sur le plan psychique, de se laisser contaminer par lui. Les opérations mentales à l’œuvre dans l’acceptation ou dans le refus de la nourriture du pays d’accueil sont par conséquent éclairantes quant au processus d’acculturation vécu par le migrant. À partir d’un cadre théorique empruntant à la sociologie, à la psychanalyse et aux études culturelles, nous porterons attention à la mise en récit des pays natal et d’accueil, du corps et de son intériorité, et examinerons la dynamique de l’incorporation-excorporation représentée dans les œuvres.

Colloque organisé par Simon Harel et Marie-Christine Lambert-Perreault

Pour information : imaginairesdelatable@gmail.com


Colloque De l'héritage traumatique à la survivance : parcours de l'oeuvre de Janine Altounian

Le 13 mai 2011 dans le cadre du 79e congrès de l’Acfas (Sherbrooke)

Responsables de l’événement :
Simon Harel (harel.simon@uqam.ca)
Nellie Hogikyan (nellie@b2b2c.ca)

Programme

Le colloque intitulé De l'héritage traumatique à la survivance : parcours de l'œuvre de Janine Altounian consiste en une exploration interdisciplinaire des travaux de la traductrice et essayiste française, Janine Altounian. Les communications aborderont les thèmes de l’héritage culturel, le trauma collectif et les stratégies de survivance tels qu’ils sont représentés dans la production littéraire, dans les écrits psychanalytiques et dans d’autres formes de l’expression culturelle. Plus précisément, ce colloque concerne les écrits de Janine Altounian autour de son expérience personnelle en tant que fille de rescapés du génocide arménien, élève dans une école républicaine en France et ensuite sujet écrivant de sa propre cure psychanalytique durant plusieurs décennies. Mais la réflexion de l’essayiste ne se limite pas uniquement à son vécu de cette histoire traumatique. Car même si le trauma génocidaire occupe une place capitale dans l’élaboration de l’expérience héritée et vécue par Janine Altounian, l’essayiste s’appuie sur de nombreux récits de témoignage du meurtre collectif pour perlaborer, au-delà de l’expérience réelle chez les survivants, les effets du trauma sur la vie psychique des descendants. Il s’agit, pour elle, de construire une parole subjectivante, de traduire les affects de la perte des objets d’un premier monde en un langage communicatif : mettre en mots des éléments endeuillés, rejetés et niés ; faire de l’ordre là où règne la confusion générationnelle et sexuelle; s’approprier psychiquement une histoire pour ainsi se libérer de son emprise transgénérationnelle.

Dans un Québec interculturel, pays d’accueil de nombreuses familles immigrantes issues de catastrophes humanitaires et naturelles, ce colloque offre des perspectives nouvelles sur les fondements de la pensée de Janine Altounian. Le discours testimonial a été mis en cause de manière radicale, avec la réalité de l'expérience concentrationnaire lors de la Deuxième Guerre mondiale, puis sa narration, dans des récits de fiction qui, de Duras à Semprun, font partie des repères existentiels que connaît toute personne informée dans le domaine littéraire. La valorisation de l'indicible, qui fut l'une des thèses associées à l'horreur ressentie à propos de la Shoah, n'est pas un point de vue recevable. En d'autres termes, si la violence inouïe du génocide interdit la représentation de la mise à mort, comme si l'acte perceptif lui-même était oblitéré (une conséquence du trauma), des considérations différentes, dans la longue durée de la trame historique, requièrent de comprendre ce qui, lors du génocide, tint lieu de réalité de l'horreur. À ce sujet, Janine Altounian, qui a beaucoup écrit sur la transmission de la réalité du génocide, notamment dans le contexte de l'expérience arménienne, ne retient pas cette thèse de l'indicible. Elle privilégie la signification de « l'intraduisible », ce que quelques collègues ont appelé, dans un ouvrage collectif paru aux éditions Liber, l'infigurable (Alexis Nouss, Simon Harel, Michaël La Chance, L'infigurable, Montréal, Liber, 2000). La vision de l’horreur anéantit l’acte perceptif, nous dépossède de toute humanité, comme si le témoignage nous plongeait au cœur d'un voyeurisme, d'une perversion sans limites. L'indicible doit laisser place, en désespoir de cause, à la narration de cette violence. Faut-il alors mettre en valeur le témoignage, l'obligation de témoigner, ce qui serait une façon, assez commode, de rompre les charmes troubles de l'indicible ? Janine Altounian, auteure de nombreux ouvrages, met en valeur le rôle du récit qui est alors en mesure de proposer une voie tierce. Entre le témoignage factuel et la fiction, le récit de l'héritage traumatique est en mesure de proposer une « survivance », une subjectivation renouvelée de la violence imposée.