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Depuis plus dun siècle, lart est devenu progressivement lobjet dune curiosité de plus en plus étendue. Il tient aujourdhui une place importante dans la vie des sociétés modernes : médias, télévision/vidéo, informatique, internet et jen passe. Il est donc logique quil soulève certaines passions qui ne relèvent pas toutes de la spéculation esthétique. Cette « révolution » considérable sest aussi produite pendant une période de lhistoire où dautres changements, non moins décisifs, sont survenus dans les différents domaines de lactivité humaine et de la connaissance. Les développements du machinisme, lindustrialisation, puis les progrès scientifiques ont abouti à une transformation complète de lunivers humain.1 Le titre exact de cet article devrait être : Esthétique politique, car tout au long de celui-ci, nous survolerons cette substance théorique. Cependant, les idées maîtresses du contenu se dirigent plutôt vers le mouvement Dada et les répercussions quelles auront dans lart contemporain. Dès lors, il nous semblait pertinent de développer sur quelques notions essentielles avant dentrer dans les interprétations, les analyses et les réflexions diverses que peuvent susciter le mouvement, plus spécifiquement un tableau de Marcel Duchamp et une pièce musicale dun groupe psychobilly/garage.
Ne raccrochez pas; restez à lécoute...
Ouvrir les Portes du monde, voilà une des raisons dêtre du Surréalisme. Rivaliser avec la science, la raison et la logique ; décacheter lunivers de la psychanalyse et du symbolisme. En dautres termes, percer les tabous sexuels, intellectuels et moraux de la société. « Réveillez-vous, dilettantes ! » nous suggère lami Soupault, brave littéraire du mouvement Dada. Le rôle artistique de Dada était aussi de secouer les règles du futurisme et du cubisme, afin de les dépasser, de les surpasser même. Enfantin, me direz-vous ? Certes, mais nest-ce pas là une des caractéristiques du Dada qui rend ce mouvement si attrayant? Marcel Duchamp ( alias Rose Sélavy ) sest expliqué sur le sujet ; sa célèbre toile Nu descendant un escalier expose un désir de désapprendre à peindre, de rectifier les règles du cubisme tout en flirtant sournoisement avec celles du futurisme. Lartiste ordonne à lobjet ( le nu ) de se multiplier, afin de créer une suite dinstants successifs doù émerge un mouvement, un rythme. Ici, les formes géométriques s'articulent et s'emboîtent dans un dédale kaléidoscopique, une forêt foisonnante de volumes où la figure sentremêle. Si l'on oublie le titre, que représente exactement cette image? Jusqu'où peut-on aller dans l'analyse et la symbolique d'une pareille uvre ? Une fois de plus, l'enquête sur images et textes, ainsi que les outils vidéographiques, nous entraînent vers d'étonnantes découvertes. Une des découvertes nous a amenés à explorer le tableau de Duchamp et luvre musicale rock dun groupe controversé, The Cramps.
Où se cache lesprit électronique dans le monde Dada ? Apprécié par la jeunesse, mais souvent abhorré des adultes, la musique rock fait référence à une sensibilité et à un mode de vie qui lui donnent la dimension dune véritable culture. Ce phénomène daprès-guerre reflète bien le refus des valeurs traditionnelles. Tout comme Dada, le rock semble vouloir expectorer sur le passé et le présent ; lavenir ou le « no-future » voilà ce à quoi prônent ces deux mouvements révolutionnaires.
Sous ce rapport, The Cramps, groupe psychobilly/garage2 , sidentifient comme des adeptes du Dada. Créé en 1975, par Lux Interior et Poison Ivy, The Cramps font leur début à New-York, côtoyant ainsi la scène punk américaine. Le show scintillant de ces rockers et les outrances de ce genre musical laissent indéniablement transparaître un message véhiculé par un langage très clair, émaillé de mots comme : folie, non-conformisme, anarchisme, nouveaux idéaux, introspection mystique, provocation, mécanisation... Compte tenu de ces considérations, il est normal dimaginer où The Cramps ont préférés jouer durant leur première tournée officielle américaine : un hôpital psychiatrique ! Ainsi, le rôle de l'artiste, dans ce cas-ci, The Cramps, est de donner à sentir ce que les autres, dans le même moment, ne perçoivent pas encore. L'artiste de la communication va tenter de traduire la nouvelle réalité du monde dans un langage transposé dont il établira les codes. Dans un nouveau domaine d'expression qui échappe aux moyens plastiques traditionnels, il va se trouver confronté au réel problème des moyens d'interventions pour constituer un langage, son langage.
Nu vs Naked En 94, The Cramps lance son album intitulé : Flamejob. Sur ce disque, nous retrouvons une pièce qui rend hommage à Marcel Duchamp : Naked Girl Falling down The Stairs. Selon Lux, le chanteur du groupe, luvre de Duchamp a inspiré grandement cet album, ainsi que de lartiste, Man Ray. Dailleurs, nous retrouvons à lintérieur de la couverture une citation de ce dernier.3 Pour The Cramps, les peintures surréalistes et dada, de même que les films sérieB sont des trésors en ce qui a trait à lécriture et lambiance de leurs chansons. "Yeah there was a naked girl Naked Girl Falling down the
stairs, Photo 4 : image extraite du vidéo de Naked Girl Falling Down the stairs, source : http://www.state51.co.uk/hottips/295/crampsxcl.html
Ayant vu The Cramps à luvre, le 11 novembre 1997, aux « Foufs », je peux vous affirmer, que oui, ils sont dada. Lux se trémousse sans cesse, bouffe son micro, se jette par terre, porte des souliers aiguilles, expose son sexe à la vue de tous, construit une sculpture minute avec ses vêtements... Bref, Lux Interior laisse parler son instinct dada; cest-à-dire quil incarne les bienfaits des performances comme on le vivait si bien au temps du Cabaret Voltaire, laboratoire dexpression, où le défi anti-art était à son paroxysme. Le groupe a décidé de coller un vidéo artistique à la chanson... Il existe deux versions ; une dite politiquement correct et une autre XXX rated. 4 Évidemment, la seconde est impossible à visionner. Ahhh ! ces Américains, si puritains.
Esthétique de la communication et de létat de lart dans notre société L'histoire de l'Art nous apprend que toute tentative d'introduction de nouveaux signes s'accompagne toujours d'une forte odeur de scandale. Dada et les premières manifestations néo-Dada des années 60 et des groupes comme The Cramps ont dû jouer sur la transgression des interdits et sur l'introduction de nouveaux moyens d'actions pour l'exploration de champs nouveaux. L'étendue des domaines embrassés, et leur caractère tout à fait étranger au domaine des signes plastiques sur lesquels s'exercent désormais certaines pratiques artistiques conduisent les artistes à devoir inventer entièrement des langages pour un type d'expression autre. Ce sont de nouvelles formes d'art qui doivent s'inventer aujourd'hui pour être en adéquation avec la sensibilité contemporaine. Or, si on s'en tenant presque exclusivement à la manipulation du pigment pictural, le plus grand nombre des artistes actuels font preuve d'une étonnante passivité devant la variété des nouveaux supports et les situations que leur procure la vie contemporaine. Ils semblent se contenter des voies déjà toutes tracées que leur offre une tradition sans surprise et les conventions du milieu. Peut-on imaginer cette même passivité chez Picasso qui aurait connu dès sa jeunesse les satellites, la vidéo et la télématique ? Ce maintien étroit sur des domaines parfaitement délimités, et largement explorés, par ailleurs, constitue une attitude surprenante. Une attitude qui s'accorde mal avec l'idée de recherche, l'idée d'expérimentation, l'idée d'aventure et de découverte qui se manifeste dans d'autres secteurs de l'activité humaine.
Définition dun long fleuve tranquille En fin de compte, la mise en forme « traditionnelle » des arts en général semble abolie, cest-à-dire quune tendance plus disciplinaire se manifeste vers une culture plus globale, où la distinction entre les catégories de la science et la catégorie artistique de la créativité perd son sens. Une nouvelle définition de ces relations triangulaires suscite nécessairement une nouvelle pensée esthétique... The Cramps na fait quutiliser une forme déjà existante pour la métamorphoser en une nouvelle matière. C'est un art recyclé qui est en train de renaître, fondé sur les aspirations et les besoins créatifs de l'homme et qui, par conséquent, englobe son environnement : c'est un art qui permet de dépasser le stade de l'art conceptuel comme celui de propagande... Malgré la diversité de ses origines et de ses modes d'apparition, l'art contemporain présente une unité d'orientation. Il tend implicitement à une dimension plus large, qui serait celle d'un « espace sociologique » authentique, une aire privilégiée d'investigation, de recherche. Or donc, les artistes de la fin du millénaire ont les outils nécessaires afin de défricher cet espace encore vierge. Il ne leur reste quà contribuer par la pratique, la réflexion et par limagination, à la mise en place des premières bases d'un art fondé sur la communication. Un art de la communication irriguant les réseaux du flux des données de l'imaginaire. L'artiste de la communication utilisera le téléphone, la vidéo, le télex, l'ordinateur, le photocopieur, la radio, la télévision... Pour terminer, afin de suivre le courant, la nouvelle vague électronique, je vous conseille de quérir votre équipement cybernétique et de ramer afin dy trouver votre voie dans cette sphère mouvante. 1
Francastel, Pierre, Art et Technique, Éditions Denoël/Minuit, Paris, 1956, page
1-2.
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