editorial

PAIE aux gens de bonne volonté et fauchés

ÉDITORIAL
Sept-Oct 1998
par Sébastien Desrosiers

La recherche d’emplois rémunérés dans le milieu culturel semble être l’une des tâches les plus ardues et complexe qui attend l’historien d’art. Si des initiatives gouvernementales et des subventions de toutes sortes peuvent être, en théorie, mises à la disposition du processus d’embauche de personnel qualifié (ou non) ou plutôt à la création de nouveaux postes au sein de cette sphère on ne peut plus close, la réalité nous renvoie par contre à un tout autre spectacle.

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«Tentez votre chance!»
source: jb-ge.hrdc-drhc.gc.ca

En l’absence de contacts privilégiés et tenant compte que la pertinence d’une expérience bénévole ne peut, dans l’immédiat, subvenir à ses multiples besoins physiques et matériels, il demeure toutefois l’alternative de l’offre déposée aux quelques centres d’embauche. Généralement, je vous l’accorde, les offres sont peu nombreuses à la mention «Art et Culture». Lorsque, effectivement, elles se présentent, les chances sont que vous vous buterez alors probablement à un second mur, s’affichant des mentions «Programme PAIE» ou «EXTRA».

Ces efforts de notre gouvernement viseraient tout d’abord à augmenter vos chances de décrocher un emploi rémunéré, entre autre dans le milieu artistique et culturel. La plupart du temps, on les juxtaposera à ces emplois rêvés, ces projets ambitieux et si prometteurs (et favorisant du même coup votre insertion «privilégiée» dans ce cercle fermé), mais certaines restrictions s’imposent alors d’elles même. Par exemple, auriez-vous touché des prestations d’assurance-emploi dans les derniers mois ou bien seriez-vous déjà bénéficiaire de l’assistance sociale? Non? Nous en sommes bien désolés...

Si je semble m’acharner tant sur ces seuls points, c’est qu’à l’évidence, l’employeur favorisera, par exemple, la candidature d’un chômeur avec plus ou moins d’expérience pour un poste répondant tout à fait à votre profil professionnel, et ce dans le seul but de répondre à des exigences immédiates proposées par certains politiciens. Il y a certes embauche, mais, les qualifications manquantes, le service s’en trouvera affecté. Malgré tout, on trouve ainsi le moyen d’imposer plus de restrictions concernant les offres d’emploi, et ce surtout dans le milieu artistique, alors que l’on est déjà consterné à chaque année par le taux de chômage en province...

 

Faut-il craindre l’art contemporain?

Une simple anecdote allait dernièrement me mettre la puce à l’oreille en ce qui a trait aux menus emplois que procure la gestion publique de l’art. Me présentant à un musée afin de passer une entrevue, de mon acharnement, bien méritée, je me plaisais à écouter les commentaires des visiteurs d’une exposition toute récente ainsi que de ceux qui les accueillaient. On a, encore aujourd’hui, tendance à aborder un art qui dérange des standards traditionnels (observé la plupart du temps en région) d’un doute ou d’un silence incertain. Il doit toutefois être convenu que l’insertion des tendances les plus actuelles en art contemporain, telles l’installation, l’oeuvre multimédia ou la performance, ne pourra s’accomplir que par une attitude ouverte et souple de la part des regardants ainsi que des nombreux guides et membres du personnel à l’accueil. J’ai trop souvent fait l’expérience de demander à un gardien d’exposition quelques questions à propos d’un événement en cours dans ses locaux auxquelles il se devait de hausser les épaules, ignorant souvent les problématiques que traitaient les oeuvres qu’il côtoyait tous les jours...

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«Pardon d’interrompre votre sieste...»
source: BURY, Pol

Revenant à mon premier propos, laissez-moi illustrer cette faille évidente. Alors que les visiteurs pénétraient dans l’institution muséale, on pouvait déjà entendre un préposé mettre en garde ces derniers; d’un air craintif et quelque peu sarcastique (qui sait, peut-être bien malgré lui), il dit: «Attention, vous êtes au courant que c’est un musée qui ne présente que des oeuvres contemporaines n’est-ce pas?» Les visiteurs se contentèrent aussitôt, hochant de la tête, d’interroger le guide au sujet des productions d’artistes tels Anne Ramsden et Doug Buis, mais celui-ci ne pu que répondre: «et bien, ils font tous deux... de l’art contemporain»! Cherchez l’erreur.

Entendons -nous: je ne vis pas uniquement de frustrations. J’appliquais pour un poste à cette institution, poste que je n’ai malheureusement pas «gagné», et je devais constater quelques jours après mon entrevue que la boucle leur semblait bouclée lorsque je m’aperçu qu’on avait engagé une personne du même calibre que celle citée plus haut afin de combler un poste auquel je croyais être destiné... Je suis en droit, suite à cette expérience (parmi tant d’autres), de me questionner sur la justesse de l’approche du gouvernement derrière une embauche à l’avantage évident des gens répondant aux programmes PAIE et EXTRA en ce qui a trait aux emplois dans le milieu artistique et culturel. Car si les opportunités d’emplois en cette saison estivale ne semblent pas manquer, aux dires de plusieurs, je me permettrai, l’automne à ma porte, de poser une seule question aux employés qui illustrent mes propos et à ceux qui les auront consultés: «Alors? Qu’avez-vous retenu de votre été?»

1 BURY, Pol, L’Art à Bicyclette et la Révolution à Cheval, Gallimard, 1972, p. 17

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