Introduction
La nouvelle vague du protestantisme qu'on appelle le pentecôtisme a maintenant
une histoire de plus d'un siècle. Sa date de naissance est controversée.
Pour certains, elle se situe en 1895 avec la fondation de Christian Union
qui devient en 1907 la Church of God (Cleveland) ; pour d'autres
le pentecôtisme naît en janvier 1901 dans la communauté blanche
de Topeka (Kansas) animée par le pasteur méthodiste Charles F.
Parham, proche du Ku Klux Klan. De plus en plus - en particulier lorsqu'on veut
souligner la composante " africaine " du pentecôtisme - on retient
la date de 1906 marquée par l'effervescence religieuse d'une communauté
noire de Los Angeles (Azusa Street Mission du pasteur baptiste William
J. Seymour) qui se répand rapidement un peu partout dans le monde et
notamment en Amérique Latine et en Afrique.
Le sociologue des religions David Martin distingue, en plus de la vague initiale
du luthéranisme et du calvinisme, les trois vagues protestantes suivantes
: la puritaine (notamment baptiste), la méthodiste et la pentecôtiste
. Au sujet du pentecôtisme proprement dit, Paul Freston distingue à
son tour trois phases : de 1910 à 1950, l'implantation d'un pentecôtisme
type Assemblée de Dieu en milieu rural ; de 1950 à 1970
un pentecôtisme type Église Quadrangulaire (2) ou Deus é
Amor (Dieu est Amour) accompagnant l'urbanisation et la société
de masse ; enfin à partir des années 70 un " néo-pentecôtisme
" type Église Universelle du Royaume de Dieu qui assimile
les ressources modernes de la société de communication(3) . L'expansion
récente du pentecôtisme, dans ses diverses composantes, fait qu'il
touche maintenant 10% de la population latino-américaine. Le pourcentage
est néanmoins bien plus élevé (le double?) si on y intègre
le mouvement charismatique au sens large et notamment la pentecôtisation
des Églises protestantes historiques et de l'Église catholique
(Renouveau charismatique). Même au sens restreint, la barre des 20% est
dépassée dans plusieurs pays : Chili, Guatemala, Jamaïque,
etc.
En Afrique sub-saharienne, le pentecôtisme atteint également une
proportion notable de la population chrétienne. Tout dépend là
aussi de la ligne de partage qu'on établit entre les Églises pentecôtistes
" historiques " (type Assemblées de Dieu ou Église
de Pentecôte), dont certaines sont implantées dès le
début du siècle, et les Églises de la " mouvance pentecôtiste
" comme les Églises de Réveil, les Églises de l'Esprit
ou les Églises prophétiques africaines. Les mouvements de Réveil
des Balokole (born again), au Rwanda, Kenya et Ouganda, ou des Aladura
(one who prays) du Nigeria, sont étonnamment contemporains (1920-1930)
des Réveils des colonies francophones de la Haute-Volta à l'Afrique
Equatoriale. Par ailleurs l'histoire des rapports du zionisme sud-africain et
du pentecôtisme ou les développements du néo-kimbanguisme
au Congo témoignent de l'interférence constante en Afrique entre
traditions prophétiques, églises indépendantes et mouvements
de Réveil d'inspiration pentecôtiste. À ces traditions nationales,
s'ajoutent aujourd'hui ce qu'on appelle les " Églises néo-pentecôtistes
" (brésilienne, coréenne mais aussi proprement africaine),
en partie impulsées par des " croisades " mondiales (type Reinhard
Bonnke), et le mouvement en retour de pentecôtisation des Églises
historiques. Enfin les appellations en usage varient elles-mêmes d'un
pays à l'autre : par exemple au Ghana, le terme " Pentecostal "
est réservé aux Églises historiques et c'est le terme "
Charismatic " qui sert à désigner tous les néo-pentecôtismes
apparus à partir de 1970, alors qu'au Nigeria le terme " Pentecostal
" s'applique à tous les néo-pentecôtismes, " Charismatic
" étant réservé pour le Renouveau catholique(4) ,
la démarcation par rapport aux Églises indépendantes africaines
étant partout la règle.
Les évaluations de l'importance du phénomène s'en ressentent.
Pour les chercheurs qui restent fidèles à l'orthodoxie des dénominations
historiques en excluant les Églises prophétiques africaines et
en stigmatisant les Églises récentes, les pentecôtistes
sont loin d'atteindre les 10% . Pour ceux qui refusent le critère théologique
et qui intègrent dans une même mouvance, pentecôtiste ou
charismatique, toutes ces églises (y compris toutes les formes de pré-pentecôtisme
ou de post-pentecôtisme à l'Africaine), les pentecôtistes
sont évidemment plus nombreux et ont dépassé, par exemple
en Afrique du Sud, la barre des 40%.
Pentecôtisme historique, mouvance pentecôtiste et culture charismatique
Le Brésil exporte son pentecôtisme chez ses voisins mais aussi
en Europe, en Asie, et en Afrique où il est entré naturellement
par les pays lusophones, l'Angola, le Mozambique, pour s'étendre à
toute l'Afrique du Sud, puis à l'Afrique Australe (Kenya, Ouganda), à
l'Afrique Équatoriale (Congo, Gabon) et depuis cinq-six ans à
l'Afrique de l'Ouest (Côte d'Ivoire, Ghana). L'analyse comparative de
l'expansion du pentecôtisme en Amérique latine et en Afrique en
est néanmoins à ses débuts(5) . Le fait que les dénominations
retenues et les catégories de classement qui président à
l'étiquetage et à l'ordonnancement des données ont une
histoire différente dans les recherches africanistes et américanistes
ne permet pas jusqu'à présent d'avancer d'affirmation générale
sur les similitudes et les différences. Il y a de fait une dissymétrie
flagrante entre l'essor de la littérature sur les pentecôtismes
en Amérique latine (par ailleurs en bonne partie écrite par des
Latino-américains(6)) et le caractère dispersé des écrits
correspondant à cette rubrique sur l'Afrique. Si on possède pour
plusieurs pays d'Amérique latine des livres entiers consacrés
au pentecôtisme et s'il existe déjà des recueils de textes
faisant un tour d'horizon par pays, la littérature sur l'Afrique est
beaucoup moins explicite. Dans l'ensemble des études consacrées
aux " nouveaux mouvements religieux ", l'objet " pen-tecôtisme
" n'a pas la même visibilité ni la même légitimité
que le prophétisme ou le christianisme africain, alors même que
de grands noms de l'anthropologie et de l'histoire africaniste ont produit des
monographies célèbres sur des églises relevant de la "
mouvance pentecôtiste ou charismatique " (John Peel, Bennetta Jules-Rosette,
Johanes Fabian, Jean Comaroff, Terence Ranger, et bien d'autres(7)) .
Une nouvelle génération de chercheurs a fait surgir néanmoins
depuis quelques années, le pentecôtisme comme objet privilégié
et conduit à réévaluer son importance dans l'histoire religieuse
de l'Afrique contemporaine(8) .
Certes les quelques grandes études d'introduction au pentecôtisme
ont un caractère comparatif. D'abord, il y a l'étude pionnière
de Walter Hollenweger (1968(9)) , un classique inégalé. Traitant
du pentecôtisme dans les différentes régions du monde, il
se limite néanmoins à étudier de façon systématique
seulement deux pentecôtismes du tiers monde, celui du Brésil et
de l'Afrique du Sud. Selon un parti pris cuménique dicté
par sa proximité avec le Conseil Mondial des Églises, l'auteur
est prêt à reconnaître une impulsion commune au pentecôtisme
classique et à certaines Églises indépendantes d'Afrique
du Sud, du Ghana et du Nigéria. Récemment, Harvey Cox, un théologien
d'Harvard connu pour ses prises de position progressistes (10), a entrepris
un voyage en pays pentecôtiste qui lui fait visiter tous les continents.
Pour lui, les " Églises africaines indépendantes constituent
une expression du mouvement pentecôtiste mondial " qui renoue avec
" la spiritualité primitive africaine "(11) . Le pentecôtisme
n'est pas une dénomination, mais un mouvement qui refaçonne le
religieux(12) ; il ne se caractérise d'ailleurs pas par le fondamentalisme
mais par ce qu'il appelle l'" ex-périentialisme ", un effort
commun pour restaurer l'" expérience " comme dimension clef
de la foi(13) . D'où une attitude d'ouverture toute relative puisque
" les pentecôtistes réussissent à être hautement
syncrétistes alors que leurs dirigeants prêchent contre le syncrétisme
"(14) . L'cuménisme que prône l'auteur contraste avec
le discours des Églises pentecôtistes qui perçoivent une
telle posture soit comme une manuvre politique (mise au service de la
religion pour des causes politiques et sociales comme c'est le cas à
leurs yeux de la théologie de la libération), soit comme l'effet
de la volonté d'hégémonie de Rome. David Martin(15) qui
ne se cantonne pas, comme le suggère le titre de son livre, à
l'Amérique latine puisqu'il traite aussi de la Corée du Sud et
de l'Afrique du Sud, prend note du sectarisme de la plupart des Églises
pentecôtistes mais, dans une optique plus wébérienne, y
voit le vecteur d'adoption d'une nouvelle " logique culturelle(16) "
qui " aide à réduire le fossé entre le christianisme
et le capitalisme consommatoire(17) " . Enfin Karla Poewe et Irving Hexham
(18)n'hésitent pas à repérer au delà des dénominations
et des appartenances les signes de l'émergence d'une " cul-ture
charismatique globale " commune à l'Afrique et à l'Amérique.
Les auteurs de ce livre s'accordent à voir dans le pentecôtisme
un mouvement religieux dans lequel les " croyants " (crentes)
ou les " convertis " (born again) quels qu'ils soient (laïcs
comme pasteurs) témoignent de l'expérience personnelle d'une force
surnaturelle - la force de l'Esprit Saint. Cette force qui est censée
avoir changé leur vie se manifeste par des dons surnaturels et s'extériorise
dans des pratiques cultuelles d'une ferveur très expressive et corporelle.
Les " croyants " participent activement plusieurs fois par semaine
à des cultes se prolongeant souvent des heures - la vie entière
des adeptes est organisée autour de leur Église et les intègre
dans un nouveau type de communauté -, on parle de " néo-communautés
" (19).
Les pentecôtistes opposent la Puissance de l'Esprit Saint au monde des
esprits " diabolques " des croyances africaines, afro-américaines
ou amérindiennes. C'est un esprit d'une supériorité écrasante
mais pas pour autant transcendante puisqu'il vient " agiter " les
corps (selon les termes bibliques), faire parler les langues, inspirer les esprits.
Les pratiques cultuelles peuvent être vues comme autant de ponts entre
l'individu et ces forces bénéfiques ou maléfiques qui supposent
la médiation du discernement. C'est le cas du " parler en langues
", c'est-à-dire la glossolalie (20), de la vision prophétique,
de la délivrance par l'imposition des mains et de la guérison
divine. À travers ces pratiques soumises à la seule inspiration
de l'Esprit, le pentecôtisme récupère des éléments
et s'approprie des schèmes qui sont au cur des cultures populaires
qu'ils stigmatisent (cultes de possession au Brésil, fétichisme
du vodu et sorcellerie africaine). Ce que les analyses brésiliennes
ont été amenées à souligner en suivant l'évolution
des églises " néo-pentecôtistes " sur plusieurs
décennies et leurs stratégies de mondialisation, c'est qu'en luttant
contre l'Autre, le Diable, qu'il s'agisse de l'Église catholique ou des
cultes afro-brésiliens, en épousant ses propres armes, ces églises
finissent par épouser certains traits de leurs formes organisationnelles,
de leurs pratiques rituelles et à conforter dans leur existence les démons
qu'ils convoquent et pourchassent . Ce mélange de plasticité et
de mimétisme qui a toujours fait le succès des syncrétismes
afro-brésiliens (et qui conduit certains à penser que le pentecôtisme
d'origine étrangère peut aujourd'hui être considéré
comme " une religion brésilienne (22)") était d'une
certaine façon déjà présent dans cet idiome religieux
hybride né en Californie au début du siècle de la rencontre
entre la tradition méthodiste du réveil, le fondamentalisme biblique
et la culture des africains américains. L'affinité entre certaines
ressources de cette culture pentecôtiste (la transe, la vision, la guérison,
la lutte contre les démons) et les formes de la religiosité africaine,
de même que leur commune plasticité, expliquent sans doute cette
rencontre singulière du mouvement de pentecôtisation et d'indigénisation
qui marque l'histoire récente du pentecôtisme brésilien
et du christianisme africain, et particulièrement du zionisme sud africain.
Cette transnationalisation fondée sur l'appropriation mimétique
des ressources des autres peut conduire à voir dans le pentecôtisme
une culture de parias et de parvenus(23) , mais elle n'empêche nullement
au contraire l'essor de processus spécifiques d'identifications individuelles
et collectives comme on l'a montré par ailleurs(24) . Il faut prendre
acte du fait que le bricolage religieux peut parfaitement coïncider avec
un souci extrême d'orthodoxie ou de pureté originelle, que l'hybridité
ou la plasticité des croyances et des pratiques peuvent servir de matrice
au réveil d'identités ethno-nationales, et que l'appel à
la fraternité (en Christ) a souvent pour envers la démonisation
de l'autre, le païen, le musulman ou l'inconverti.
L'imaginaire du politique : espace public et forces invisibles
Le pentecôtisme alimente des mobilisations identitaires, il brasse aussi
des imaginaires politiques. C'est le thème du présent livre. Le
pentecôtisme mobilise des imaginaires qui relèvent de cultures
hétérogènes dans des contextes politiques en apparence
radicalement différents. D'un côté l'Amérique latine
où, dans plusieurs pays, l'élite contrôle des institutions
démocratiques qui prétendent fonctionner en termes d'espace public
et de l'autre l'Afrique où la corruption de l'État et la "
politique du ventre " sont souvent évoquées, dans le discours
populaire aussi bien que dans le langage des élites, en termes de domination
ou de contrôle des " forces invisibles ". La dissymétrie
du contraste est sans doute trompeuse, et les exceptions sectorielles ou globales
sont nombreuses dans les deux cas. Depuis la fin des régimes de parti
unique et du temps des hommes forts, l'Afrique est désormais sommée
de répondre aux injonctions de la bonne gouvernance et de donner des
gages à l'imaginaire de l'espace public. Notre thèse est que le
discours pentecôtiste tire toute sa force de sa capacité à
mobiliser ces deux imaginaires de l'espace public et des forces invisibles en
les traduisant l'un dans l'autre et en inventant une nouvelle syntaxe. Mobiliser
n'est pas créer, le pentecôtisme n'est pas par lui-même porteur
d'un imaginaire politique, il récupère et amalgame les imaginaires
disponibles et ses " traductions " relèvent plutôt de
mésinterprétations constructives (working misunderstanding)
au sens de Marshall Sahlins(25) . Les dispositifs rituels qu'il met en scène
(témoignages, exorcismes, miracles), en faisant notamment irruption dans
l'espace public, constituent autant d'opérations discursives qui dérèglent
la syntaxe du dicible, déplacent les limites du possible et du pensable.
La notion d'imaginaire qui est ici mobilisée, et encore plus celle d'imaginaire
politique (ou du politique), suppose quelques précisions. Le télescopage
permanent de la notion d'imaginaire, associée comme chez Castoriadis
à la fonction symbolique, et de l'idée d'un fonctionnement à
l'imaginaire que Lacan oppose pour sa part au symbolique, est une constante
du discours ordinaire des sciences sociales d'aujourd'hui. Le caractère
fictif de l'imaginaire des sociétés traditionnelles comme celui
des sociétés modernes, n'a jamais empêché celui-ci
de remplir pour les sujets sa fonction de symbolisation et de socialisation.
Le problème surgit, en période de crise, lorsque la matrice des
significations imaginaires qui fondent la vie d'une société se
met à fonctionner, si l'on peut dire, " à l'imaginaire ".
On mesure alors l'ambiguïté d'un terme qui désigne à
la fois, dans son usage substantif, la fonction symbolique en général
et, dans son usage modal, une sorte de dérive de cette fonction où
la référence au passé mythique ou au fondement du pouvoir,
du savoir et de la loi, devient " imaginaire " - non pas tant parce
qu'elle est fictive ou rêvée, ce qui est toujours plus ou moins
le cas mais parce qu'elle opère sur la base d'une relation narcissique,
duelle, spéculaire (en miroir, pour reprendre la métaphore et
les termes du lexique lacanien) c'est-à-dire en dehors des médiations
symboliques et des régulations sociales d'une mémoire collective
disposant de cadres, de lieux et de repères. Dans la perspective d'inspiration
lacanienne, l'imaginaire livré à lui-même est condamné
à l'impasse de la répétition du même et à
l'enfermement narcissique, le salut ne pouvant venir que de la puissance structurante
de l'ordre symbolique qui instaure la séparation de l'un et de l'autre,
qui garantit l'ouverture à l'autre et le renouvellement du même.
La problématique des imaginaires sociaux de Cornelius Castoriadis (26)s'inscrit
dans la même problématique d'une imagination constituante et transcendantale,
avec un déplacement d'accent puisque tout en reconnaissant le rôle
structurant du symbolique il craint sa dérive vers une combinatoire dans
laquelle le sujet risque d'être enfermé et dominé(27) .
Certes, les images ont besoin du symbolique pour s'exprimer et pour exister
mais " le symbolisme présuppose (aussi) la capacité
imaginaire " comme dimension inaugurale et instituante de tout ordre symbolique.
" Il présuppose la capacité de voir dans une chose ce qu'elle
n'est pas, de la voir autre qu'elle n'est.(28) " . L'imaginaire donne du
relief et permet de donner un sens qui déborde la combinaison des signes.
Dans la conception de Castoriadis, l'imaginaire n'est pas une chaîne ininterrompue
d'images, une cascade d'analogies en miroir, qui ne produiraient aucun effet
de sens. L'ordre qui confère à ce magma de significations une
stabilité relève du symbolique mais c'est dans l'imaginaire qu'une
société trouve un complément à cet ordre(29) . Ce
que Lacan et Castoriadis s'efforcent donc de penser, dans des termes certes
différents, c'est la dialectique de l'imaginaire et du symbolique qui
permet à la société d'inventer à chaque instant
les significations sociales inaugurales qui décident de ce que sont ses
" vrais " problèmes, irréductibles aux réalités
rationnelles ou fonctionnelles du moment.
Deux types d'imaginaire du politique sont ici en présence : d'une part
le type de représentation des " forces invisibles ", désignées
péjorativement comme " forces occultes " plutôt associées
au mal, d'autre part celui de la visibilité et de la transparence de
l'espace public. La symbolique de ces représentations a été
largement étudiée dans la littérature.
La première correspond à la mobilisation du schème de la
sorcellerie et des forces persécutives du mal comme grille de lecture
des évènements individuels et collectifs (maladie, accident, guerre)
et d'évaluation des rapports de force en présence. Toute une tradition
anthropologique fonctionnaliste a pu contribuer à rabattre cet imaginaire
de la sorcellerie sur l'univers confiné des conflits intra-familiaux
et à restreindre ses enjeux aux accusations et confessions censées
réguler les tensions villageoises au profit des puissants. Mais la sorcellerie
a toujours été en même temps, même au sein des sociétés
traditionnelles, un discours global et très ambivalent sur les fondements
politiques du pouvoir et de la richesse et sur la nécessité de
" sacrifier " ou de " manger " la substance des autres pour
réussir ses entreprises(30) . Les prophètes africains se sont
faits les relais de l'application de cette grille de lecture à la compréhension
des secrets du pouvoir et de la sorcellerie des Blancs, autrement dit à
la situation coloniale, et ont été les premiers à conjuguer
sorcellerie et modernité en invitant les Noirs à renoncer à
leurs fétiches pour devenir des Blancs. Le pentecôtisme en poursuivant
le procès de diabolisation des sorciers, des génies et des esprits
ancestraux amorcé par les missionnaires, contribue à la globalisation
d'un imaginaire des forces du mal qui emprunte tous ses traits au monde de l'argent,
du marché, de la bureaucratie et de la technologie la plus moderne(31)
. Tout le problème est que la sorcellerie relève fondamentalement
de l'univers du soupçon et de la rumeur : le sorcier, le diable, c'est
l'autre qui vous jalouse, qui vous vampirise, et vous " bouffe ".
Pour sortir des impasses d'un fonctionnement " à l'imaginaire "
où le sorcier et l'ensorcelé (les grands et les petits, les vieux
et les jeunes, les citadins et les villageois) se renvoient la balle, les sociétés
traditionnelles ont toujours eu recours à des médiations symboliques
et à des procédures d'ordalie. Le défi qu'impose le nouveau
contexte de globalisation et de mondialisation des forces diaboliques est bien
celui de l'invention de nouvelles médiations symboliques en matière
de contrôle du soupçon et de l'accusation, d'où sans doute
le succès de toutes les formes d'exorcisme politique ou thérapeutique.
Si l'univers des forces invisibles paraît relever " naturellement
" - du point de vue de la rationalité occidentale - de l'imaginaire,
autant dire de l'irréel, alors même qu'il nous parle de la réalité
du pouvoir et des rapports de force entre les hommes, la symbolique de l'espace
public souffre d'un biais contraire puisqu'elle se donne l'illusion de relever
du réel-rationnel. Or si des institutions sont directement attachées
au " domaine public ", ce qui garantit leur réalité
c'est la cohérence d'une symbolique se manifestant dans la fonctionnalité
des dispositifs mis en place pour assurer la pluralité et la concurrence
dans le système politique. Cette symbolique est en fait reliée
à la conception de l'usage public de la raison développée
par les Lumières et mise en évidence par les Encyclopédistes
et par la tradition kantienne. Avec Hannah Arendt, Karl Otto Apel et Jürgen
Habermas, cette conception est associée à travers les concepts
de communauté de paroles et d'éthique de la discussion à
notre vision de la démocratie et de l'espace public.
Dans un Occident encore marqué par les Lumières, l'espace public
est spontanément considéré comme l'essence du politique.
Le cas échéant, on regrette sa désintégration au
profit d'une " publicité acclamative(32) " qui fait accepter
par le public des décisions prises dans des cercles fermés. On
considère l'espace public comme le lieu par excellence du politique et
on tente d'en accroître la transparence. Appliqué au pays du tiers
monde, l'émergence de l'espace public s'inscrit dans une vision de modernisation
politique. Dans ses analyses de la constitution symbolique de l'ordre démocratique
et de l'espace public, Claude Lefort (33)donne un certain écho à
la tension entre le symbolique et l'imaginaire évoquée ci-dessus.
La charte symbolique de la démocratie suppose la désubstantialisation
du lieu du pouvoir, l'épreuve de l'indétermination quant au fondement
de l'autorité, de la loi et du savoir, mais elle risque à tout
moment de dériver dans l'imaginaire du totalitarisme, dans le fantasme
du peuple-un, d'une identité substantielle et d'une communauté
organique soudée à sa tête, d'un pouvoir incarné
sans médiation et sans procédure et d'un État délivré
enfin du mal de la division. Par son refus d'une " société
divisée ", son souci de porter témoignage de " l'unité
organique du Peuple de Dieu, animé en sa diversité par un même
Esprit ", en se démarquant de ceux qui sont victimes des puissances
ténébreuses, le pentecôtisme évite-t-il ce type de
dérive? (34)
Imaginaire diabolique et guerre spirituelle
La plupart des textes de ce recueil s'accordent sur la matrice globale qui
structure l'imaginaire religieux du pentecôtisme. Schématiquement
on peut le présenter comme suit. Le pentecôtisme se livre à
un travail symbolique de façonnage des forces invisibles en les reprenant
telles qu'elles se trouvent dans les systèmes en crise. Il remet en scène
un univers populaire traité avec condescendance par les élites
catholiques, protestantes et laïques. Il prend au sérieux les "
esprits " des religions africaines, afro-américaines et médiumniques
et leur donne un nouveau statut en les assimilant à Satan. Il donne ainsi
une forme manichéenne à la distinction faite entre " forces
du mal " et " forces du bien " en mettant fin à leur ambivalence.
Mais le pentecôtisme se présente, dans le même temps, comme
capable, comme dit Droz* dans son étude sur le Kenya, de " manipuler
ces forces pour hâter la venue du Royaume de Dieu ". Il prétend
opposer aux " forces du mal " des " forces du bien " d'un
pouvoir infiniment supérieur, une " Puissance de l'Esprit "
mise au service de ceux qui sont persécutés par les " forces
du mal ". Que les " forces du mal " soient identifiées
aux fétiches des cultes traditionnels ou au contraire aux objets du monde
de la consommation moderne(35) , il s'agit d'en libérer ceux qui en sont
possédés. Au plan de la scène de représentation
du monde, la puissance de Jésus s'affirme dans un affrontement constamment
renouvelé avec la réalité des " forces du mal ",
ce qui n'est pas sans introduire quelque doute sur la victoire finale et l'éradication
définitive de ces forces.
Le pentecôtisme intervient essentiellement dans un univers de diabolisation.
Dans certains cas, cet univers est particulièrement pesant comme le montre
l'analyse de Corten sur Haïti où le protestantisme historique continue
néanmoins à jouer un rôle important. Mais qu'il s'agisse
de la mise en scène des entités traditionnelles et de leurs attributs
(dieux du panthéon africain ou Mamy Wata et maris invisibles, qu'évoque
Mary) ou des objets symboles du consumérisme moderne, le discours et
les pratiques de dramatisation laissent place aussi à la parodie. C'est
en ce sens qu'on peut interpréter certaines mises en scène de
" miracles de prospérité " présentés par
la télévision brésilienne (de la déchéance
et de la ruine dans laquelle il se trouvait " au fond du baril ",
le miraculé " qui a ouvert son cur à Jésus "
se trouve comblé fantasmatiquement de satisfactions matérielles
: " santé totale, deux entreprises, trois voitures, deux ou plusieurs
maisons, vie conjugale idyllique!! "(36)) . Devisch retrouve cet esprit
de dérision dans le mimétisme des rituels des Églises
de l'Esprit du Congo. " Les églises de guérison créent
ainsi un miroir où le peuple peut s'observer lui-même dans les
modèles de l'Occident et du parti-État ".
Cet imaginaire religieux du pentecôtisme s'attache à donner un
certain sens à la symbolique de l'espace public véhiculée
par les institutions politiques plus ou moins importées. Plusieurs textes
de ce livre raisonnent à partir de cette forme rationnelle et idéal-typique
de la modernisation politique pour tenter ensuite de caractériser l'imaginaire
de la " guerre spirituelle ". Le pentecôtisme, ou certaines
églises, contribueraient à édifier une société
civile, permettrait d'élargir l'espace public (37), serait en définitive,
comme le suggère Gifford, dans le cas présent de l'Ouganda, un
facteur de renforcement de la démocratisation. L'entrée sur la
scène politique de leaders charismatiques associant la " guerre
spirituelle " et la " négociation corporatiste " d'intérêts
confessionnels qu'observe Bastian au Costa-Rica paraît témoigner
surtout d'un rapport instrumental à la culture démocratique et
à la représentativité citoyenne. Dans le cas d'Haïti
analysé par Corten ou du Burkina Faso évoqué par Laurent,
cette lecture modernisatrice s'avère encore moins évidente. Ruth
Marshall dans la conclusion qu'elle a pu développer dans un autre livre
à partir de la situation nigérianne est plus nettement négative
: " The Pentecostal " project " of remoralising the public sphere
is not understood in terms of debate ou negociation with the other groups or
associations who have their own contributions to make ; rather, pentecostals
want to colonise it completely. (38)" Mary rejoint ici ce point de vue
au regard du projet " communautaire " qui sous-tend l'investissement
de l'espace public des media par certains pasteurs pentecôtistes brésiliens
en Afrique.
La modification de l'équilibre des forces invisibles mis à mal
par la crise des systèmes sociaux et le sentiment d'un renforcement de
la corruption, altère la crédibilité de la symbolique et
notamment de la transparence de l'espace public. Les couches sociales qui auparavant
étaient accablées par une conception persécutive du mal
sont invitées à profiter de la protection de la puissance nouvelle.
La participation à la politique et l'engagement sur la scène publique
se fait bien sûr sous la bannière de la " moralisation "
de l'espace public. Mais cette " moralisation " dont il est question
dans de nombreux textes de ce recueil ne peut être vue comme un programme
politique, elle relève d'un imaginaire fondamentalement ambivalent dont
la traduction sociale et éthique n'a rien d'univoque. Pour certains,
l'imaginaire de la transparence est un " trompe l'il ", ce qui
domine c'est une vision du politique réglée par les forces de
l'invisible dont le " protestantisme " promet de sortir - Laurent
parle de " groupe de sortie du groupe " - ou qu'il transcende - de
Surgy parle d'un espace public transmué en " monde spirituel ".
Les contours mêmes des forces sociales et politiques en viennent à
s'effacer et on peut conclure dans ce cas à une espèce d'annihilation
de la représentation du politique.
Participation à la vie politique
Beaucoup des textes qui suivent portant aussi bien sur l'Amérique latine
que sur l'Afrique montrent la participation croissante des pentecôtistes
à la vie politique. On peut observer toute une échelle de gradation
dans cet engagement. Au Gabon, où le Président Omar Bongo, converti
à l'Islam, pour des raisons " politico-diplomatiques ", est
régulièrement réélu, l'absence d'alternance exclut
tout investissement des pentecôtistes dans le jeu politique. Au Congo-Zaïre,
alors que les Églises protestantes soutenaient traditionnellement le
parti-État mobutiste, les Églises de l'Esprit étudiées
par Devisch mettent en scène dans leurs cultes une parodie des reliquats
de celui-ci. Au Burkina Faso, la participation prend la forme de l'acceptation
par l'Assemblée de Dieu de diriger la Commission Électorale
Indépendante. En Afrique du Sud, alors que non seulement le pentecôtisme
" classique " mais aussi le zionisme se réfugiant derrière
un apolitisme évangélique avaient soutenu dans le passé
la politique d'apartheid, ils vont découvrir, au début des années
90, comme le souligne Anderson, " leur potentiel pour changer l'espace
public avec leur vote massif ". En Ouganda et au Kenya, ils offrent un
soutien plus ou moins discret au pouvoir du Président Museveni sans que
celui-ci ne les coopte et du Président Moi qui s'affiche comme converti.
En Amérique latine, la participation à la vie politique va parfois
jusqu'à la constitution de partis politiques évangéliques.
C'est le cas notamment du Salvador, du Nicaragua et d'Haïti. L'exemple
du Venezuela, étudié ici par Pollack-Elz, témoigne du fait
que l'échec électoral de ceux-ci n'implique pas pour autant leur
expulsion du jeu politique. Leur rôle de soutien au chavisme (du nom du
Président Hugo Chávez élu en 1998) est reconnu. Au Costa
Rica, analysé par Bastian, l'influence des évangéliques
ne se limite pas au jeu des partis confessionnels et les demandes corporatistes
religieuses se servent de tous les canaux. Au Costa Rica comme au Brésil
ou au Pérou, cela devient de plus en plus un exercice obligé des
candidats à la présidence de se présenter à des
" journées de prière " rassemblant dans le stade national
des milliers d'évangéliques.
L'entrée des pentecôtistes en politique est souvent tributaire
de l'évolution des rapports entre l'Église et l'État, rapport
parfois scellé par un Concordat comme en Haïti (1860) mais toujours
très étroit dans ce continent tellement catholique. Même
au Mexique où le mouvement de la Réforme de Juarez (1855-1867)
marqué par l'anticléricalisme (en opposition aux conservateurs)
établit une nette coupure entre l'Église et l'État, il
faut attendre le début des années 90 pour que les protestants
soient vraiment reconnus par les pouvoirs publics. Au Brésil, c'est à
l'occasion de la Constituante de 1987 où, à travers la définition
de la liberté religieuse, s'esquissent de nouveaux rapports entre l'Église
(catholique) et l'État, que les évangéliques entrent en
groupe organisé (bancada) au Congrès (32 élus). Aux élections
de 1998, 49 protestants sont élus au Congrès ; ils sont répartis
en différents partis. Les dix-huit députés fédéraux
élus avec l'appui de l'Église Universelle du Royaume
de Dieu se sont finalement regroupés dans deux petits qui agissent
comme un bloc au Congrès. Au Guatemela, l'entrée des pentecôtistes
en politique - en fait comme le souligne Sylvie Pedron-Colombani il s'agit d'une
Église fondamentaliste d'origine californienne assimilée au "
néo-pentecôtisme " (l'Église du Verbe) - atteint
les sommets de l'État avec l'arrivée au pouvoir suite à
un coup d'État du général Efraín Rios Montt (1982-1983)
et grâce au suffrage universel de Jorge Serrano Eliás (1991-1993)
(Église El Shaddaï). Là une césure totale existe
entre les positions idéologiques des milieux défavorisés
et d'origine indienne qui sont nombreux à participer à des Églises
pentecôtistes pratiquant par leur apolitisme une " protestation symbolique
" et ce " néo-pentecôtisme " de classes moyennes
porté dans sa lutte contre le mal à l'ethnocide.
Mécanismes de régulation politique
Les pentecôtistes ne pèsent pas seulement sur la politique à
travers leur participation à la vie politique. Ils influent sur ce que
les politologues depuis Max Weber identifient comme les trois paradigmes de
la régulation politique, à savoir la contrainte, la légitimité
et les intérêts(39) . Cette influence ne se limite aucunement à
des moyens politiques institutionnalisés - programmes, demandes, négociations,
etc. - mais opère à travers un monde plus global d'imaginaires
politiques. Ceux-ci affectent les axes de la régulation politique à
travers des fonctionnements discursifs mais aussi à travers le travail
des rituels. L'étude de cette influence à travers l'examen des
fonctionnements discursifs (à distinguer du contenu des discours) et
des rituels est à peine entamée dans l'ouvrage collectif que nous
présentons ici. Il s'agit là d'un véritable programme de
recherche à long terme. Il est possible néanmoins de relever de
façon intuitive quelques influences.
Au niveau de la contrainte, on peut relever que les mouvements pentecôtistes
se présentent comme une alternative par rapport à l'imposition
d'une " religion " héritée des Pères ou de la
colonisation, et une réaction au caractère hiérarchique
des Églises historiques. Chacun devient missionnaire et est censé
pouvoir créer sa propre Église et échapper aux compromissions
des Églises instituées. Le " monde " est un monde de
péché, de dépendance par rapport aux vices et aux intérêts
auxquels l'individu est " attaché " ; la foi permet de se libérer
de ses " chaînes ". Dans la plupart des textes, on note une
nette évolution du pentecôtisme sur ce point. Évolution
et non coupure à l'intérieur du pentecôtisme comme le suggère
un peu faussement la distinction entre " pentecôtisme classique "
et " néo-pentecôtisme (40)" . Aussi bien en Afrique qu'en
Amérique latine, les pentecôtistes, surtout lorsqu'ils sont amenés
à prendre part à la vie politique, véhiculent une nouvelle
vision du " monde " et une nouvelle représentation du possible
et du pensable puisque qu'avec Jésus " tout est possible ".
Dans certains cas, c'est pour stigmatiser la dégradation de la situation
économique et le déferlement de la violence comme cela peut être
le cas au Brésil ou en Haïti ou encore stigmatiser la pandémie
du sida ou l'enlisement dans d'atroces guerres comme signes d'une malédiction.
Comme le disent les enseignes de l'Église Universelle : "
Arrêtez de souffrir. Il y a une solution ". Dans d'autres cas comme
l'analyse Gifford dans son étude sur l'Ouganda c'est un nouveau régime
- celui de Museveni - qui apporte la confirmation qu'il existe une voie de sortie
par rapport à la fatalité.
Au niveau de la légitimité, les mouvements religieux de la mouvance
pentecôtiste mettent en doute l'authenticité des symboles et la
sincérité des croyances sur lequel se fonde le respect de l'autorité
traditionnelle. Ce qui est visé à travers la lutte contre la corruption
et pour la transparence, c'est la sincérité des acteurs politiques.
Ces mouvements s'attaquent en quelque sorte au " désenchantement
du monde issu de l'hégémonie de la rationalité légale-rationnelle
et de l'affaiblissement de ce que Legendre(41) appelle les " effets de
normativité ". Les texte de Oro et de Freston sur le Brésil
montrent que si les évangéliques (cela désigne tous les
protestants) ont parfois été accusés à leur tour
de mauvais usage de fonds publics, ils parviennent à maintenir l'imaginaire
de la transparence dans toute sa pureté. De ces textes, se dégage
le paradoxe de l'Église Universelle dont le discours prétend
militer pour la transparence alors que son mode d'organisation est particulièment
opaque. Sans doute est-ce le sort de nouveaux mouvements religieux de se prétendre
persécutés en même temps que d'être criminalisés
(42)mais si l'Église Universelle est capable de continuer à
soutenir son discours c'est qu'elle dispose d'une " machine narrative "
performante. Au Venezuela, comme le montre l'étude de Pollack-Eltz, c'est
l'opposition proclamée par Chavez entre les corrompus et le peuple qui
attire du côté du leader populiste une partie des pentecôtistes
qui sont pourtant généralement peu gauchistes. Au Gabon, au Burkina
Faso et au Bénin, le pentecôtisme combat la corruption introduite
par l'argent facile. " Dieu est plus fort que l'Argent " ou "
l'argent tue " sont des formules qui permettent de mettre en évidence
dans la conjoncture présente la croyance dans l'omniprésence du
monde de Satan. En Afrique du Sud, le pentecôtisme se " réveille
" d'un univers d'apartheid subjugué par les forces du mal. Il accorde,
au moins pour ce qui concerne les Églises africaines, une nouvelle légitimité
à l'espace public - un espace où avec Mandela les Noirs sont là
massivement.
Au niveau du paradigme des intérêts, les mouvements pentecôtistes
contrent le dérèglement de la conciliation des intérêts
produit d'une part par le déchaînement des conflits (et ils sont
en général opposés à la rhétorique de la
théologie de la libération) et d'autre part par la férocité
de la compétition du marché (" l'argent tue "). Face
à ces deux visions, le pentecôtisme propose une lecture irénique
de la réalité selon laquelle les riches sont tout simplement comblés
de la bénédiction de Dieu en même temps qu'il réactive
continuellement les menaces en agitant l'imaginaire sorcellaire.
La théologie de la prospérité couplée à la
théologie de la guerre spirituelle est le corpus qui définit le
contenu du discours pentecôtiste et surtout " néo-pentecôtiste
" sur ce plan. Définition du contenu mais pas nécessairement
du mode de fonctionnement. D'où aussi beaucoup de mésinterprétations.
Il n'y a pas dans cette perspective une recherche angoissée des signes
d'élection comme dans la conception calviniste qui, elle, préfigure
ou exprime la compétition du marché mais au contraire une harmonisation
par l'abondance. La misère loin d'être rapprochée de la
pauvreté évangélique est vue comme l'uvre de Satan.
Il faut donc s'en libérer!
La prospérité se mesure d'abord à l'expansion des églises
qui est vue comme un signe direct de la bénédiction de Dieu même
si Dieu peut soumettre le croyant et le pasteur ayant lancé une nouvelle
église à des épreuves. Il en est question dans plusieurs
textes de ce recueil. Mais comme le souligne Droz, " la 'vraie foi' "
doit logiquement s'accompagner [n'est pas incompatible avec] d'un luxe ostentatoire
". Droz se demande si cette conception correspond plus à une Afrique
urbaine où ce sont les couches moyennes qui sont touchées par
le pentecôtisme. Mais c'est prendre le discours au pied de la lettre,
car la prospérité est un imaginaire qui fonctionne sur les couches
les plus pauvres, comme la passion pour la loterie ou la " borlette "
(Haïti). Du reste en Amérique latine, comme le montrent Pollack-Elz
et Pedron-Colombani, on trouve des pentecôtismes pour classes populaires
mais aussi pour classes moyennes.
David Maxwell souligne de son côté, dans une publication parallèle
(43), les réserves suscitées par l'importation de cet Évangile
de la Prospérité au Zimbabwe au sein d'une population de fidèles
plus soucieuse de sécurité et de santé que de prospérité,
aspirant à un travail et à un bon mariage. Notons cependant que,
malgré les fantasmes qu'elle agite, la théologie de la prospérité
ne produit pas comme le calvinisme un cadre d'aspirations et de mobilité.
Comme le souligne ici Mary le fond du problème repose sur les malentendus
et les suspicions que peuvent susciter la rencontre ou le télescopage
entre l'imaginaire sorcellaire de la " politique du ventre ", et toute
l'ambivalence qui entourent le statut de ceux qui " profitent " parce
qu'ils se nourrissent des autres, et ce nouveau discours qui laisse entendre
qu'on pourrait être puissant, riche et bon à la fois, avec la bénédiction
de Dieu.
Afrique / Amérique latine : des convergences
Les différences entre l'Afrique et l'Amérique latine sont considérables.
Cela fait deux cent ans que l'Amérique latine tisse son imaginaire de
légalisme et de réalisme magique sur un métier de juridisme,
de positivisme et de mediumnité(44) : il en résulte des systèmes
politiques dans lesquels les élites sont formées au jeu de l'usage
public de la raison sur fond de décor baroque. Cela ne fait qu'une dizaine
d'années que certains pays africains sont sortis, au moins formellement,
du système de parti unique. Le maniement en trompe l'il de l'espace
public par les élites africaines, comme dit Laurent, est encore principalement
à usage externe.
On peut certes relever, malgré ces différences, des contemporanéités.
Le pentecôtisme naît en même temps en Afrique du Sud au Chili
et au Brésil. Ensuite, il pénêtre grâce à quelques
équipes de missionnaires américains en Afrique occidentale et
en Amérique centrale dans les mêmes années 20, 30 ou 40.
Il s'agit de missionnaires des Assemblées de Dieu, de l'Apostolic
Church(45) ou de la Church of God mais aussi de missions suédoises.
Alors que le pentecôtisme commence à prendre une force numérique
en Amérique latine dans les années 50 et à s'identifier
comme mouvement religieux authentiquement latino-américain avec Brasil
para Cristo ou Deus e Amor au Brésil - c'est à ce moment
que le pentecôtisme brésilien commence à s'étendre
à ses voisins (Argentine, Bolivie, etc.), celui-ci s'avance en Afrique
dans le cadre d'Églises prophétiques de la " seconde génération
"(46) . L'exemple type est l'Église du Christianisme Céleste
héritière des Églises Aladura du Nigéria (1925)
qui se répand dans toute l'Afrique occidentale et descend jusqu'au Gabon,
au Cameroun, au Congo et au Zaïre et ouvre des paroisses partout en Europe
(47). Mais à partir de 1980, on observe une plus grande convergence et
une diffusion transnationale plus poussée encore de ce qu'on appelle
les " néo-pentecôtismes ". Au niveau de la recherche
et au plan médiatique, le pentecôtisme " sort du placard "!
Bien sûr un aspect de la transnationalisation est tributaire d'une structure
en réseau mise en place par les grands noms du télévangélisme
international, à commencer par Billy Graham qui poussera en 1982 les
Églises évangéliques à sortir de leur quiétisme
et de s'impliquer dans le " monde " (48). Il s'agit à travers
une " somme de liens faiblement centralisés mais au demeurant largement
fonctionnels dans la diffusion de valeurs et de pratiques " d'organiser
un réseau de diffusion " remettant radicalement en question la logique
hiérarchique, verticale et organisationnelle de l'institution "(50)
. C'est dans ce cadre que partout en Amérique et en Afrique se développent
des croisades, se transmettent des programmes de télévision, s'articulent
des projets d'édition de best-sellers symbolisés à un moment
ou à un autre par des noms comme Jimmy Swaggart, Pat Robertson, Kenneth
Copeland, Reinhard Bonnke, Paul Yonggi Cho
Ces évangélistes
et beaucoup d'autres réussissent à attirer des foules immenses
souvent réunies dans les stades nationaux ; certains livres de piété
publiés à des centaines de milliers d'exemplaires et traduits
dans de nombreuses langues se retrouvent dans les plus petites librairies évangéliques
; certains programmes de télévision de " guérison
divine " sont répandus sur l'ensemble de la planète et captées
par antennes paraboliques ou diffusés par vidéo-cassettes (notamment
le " 700 Club " de Pat Robertson). Aujourd'hui ce sont tout autant
les programmes de l'Église Universelle de TV Record qui circulent
en Amérique latine et en Afrique. Les radios évangéliques
empruntent une " machine narrative " à la fois transnationale
et pourtant autochtone qui fait adopter partout un style presque identique de
diffusion de témoignages, de récits de miracles, de prières
et de chants. Enfin, en plus de ce réseau de diffusion, il y a aussi
tout le réseau des associations dont le Full Gospel Businessmen's Fellowship
International (FGBMFI) fondée en 1951 aux États-Unis et répandue
à partir des années 80 dans beaucoup de pays d'Amérique
latine et d'Afrique est la forme la plus connue. Au début proche des
Assemblées de Dieu, l'Association apparaît le vecteur par
excellence de la théologie de la prospérité, mais le tapage
fait autour d'elle en fait une vitrine en même temps qu'un leurre.
Dans la propagation simultanée du pentecôtisme ou du " néo-pentecôtisme
" dans la plupart des pays d'Amérique latine et d'Afrique à
travers cette structure en réseau mais aussi (surtout en Afrique) à
travers l'implantation de nouvelles dénominations, il y a bien parfois
l'effet d'une expansion d'Églises mères américaines - pour
la plupart blanches car l'Église de Dieu en Christ, la grande Église
pentecôtiste noire nord-américain, n'a tout simplement pas les
moyens financiers - mais dans chacun des pays, les pasteurs et les croyants
se servent de ces moyens étrangers avec ruse. Depuis les travaux de David
Stoll et Virginia Garrad-Burnett, le lieu commun encore fermement ancré
dans le grand public selon lequel le pentecôtisme ne serait que le sous-produit
de la politique étrangère nord-américaine a été
fortement relativisé(52) .
On a montré depuis lors que les flux d'argent n'étaient pas toujours
dans le sens qu'on croyait. L'Église Universelle du Royaume de Dieu (brésilienne)
par exemple tient sa puissance financière d'un continuel travail de sollicitation
auprès des populations pauvres brésiliennes, portugaises, angolaises,
etc. .(53) Ce travail s'opère dans les églises. En fait, le travail
principal dans le pentecôtisme se réalise dans les lieux de culte
- cela distingue d'ailleurs très fort le pentecôtisme du tiers
monde et le pentecôtisme blanc nord-américain . C'est dans les
temples, à travers les prédications, les chants et les rituels
que le pentecôtisme connaît le test de son succès. Les chiffres
globaux manquent pour quantifier l'expansion par continent. Notons simplement
à titre d'exemple l'évolution dans deux grands pays d'Afrique
et d'Amérique latine : l'Afrique du Sud et le Brésil. En Afrique
du Sud étudiée ici par Anderson, la proportion de la population
africaine adhérant aux Églises africaines indépendantes
(selon lui principalement de type pentecôtiste) est passée de 30%
en 1980 à 46% de la population en 1991. Au Brésil, selon les Recensements
de la population, les pentecôtistes sont en 1980, 3,3% de la population,
en 1991, 5,6%. En 2000, 8,8 % des 170 millions de Brésiliens sont pentecôtistes
(l'ensemble des protestants représente 11,7 %). Mais partout la croissance
est spectaculaire depuis 1980 comme on le voit dans les textes qui suivent.
Plusieurs textes suggèrent une explication de cette croissance extraordinaire.
L'analyse comparative permet de la rendre plus explicite. En Amérique
latine, le pentecôtisme occupe un vide laissé par la fin du populisme
et le retrait de l'État. En Argentine, Semán & Míguez
observent que " 'les forces spirituelles' du pentecôtisme ont servi
à récupérer une partie de la tradition péroniste
menacée de tomber en désuétude et que d'un autre côté
les traditions péronistes ont servi à concevoir quelques structures
organisationnelles des communautés pentecôtistes ". Au Venezuela,
alors que le pentecôtisme de classes moyennes est plutôt apolitique,
le pentecôtisme des milieux défavorisés a adhéré
au discours de Chavez " de lutte pour l'égalité des droits
humains et la corruption ". Ce pentecôtisme a permis à des
milieux défavorisés de se donner la sensation de participer à
la politique ; il s'est emparé du climat magico-religieux pour donner
plus de relief aux enjeux politiques. Chavez lui-même est-il à
l'abri du châtiment de Dieu? Sa popularité charismatique ne risque-t-elle
pas d'être démasquée s'il fait preuve d'opportunisme? Le
pentecôtisme introduit dans le populisme une touche de surnaturel.
Le populisme en Amérique a une toute autre tradition que le populisme
xénophobe tel qu'on le connaît en Europe malgré quelques
ressemblances(55) . Adulation du chef, discours polémique contre les
riches et en faveur des défavorisés - les " descamisados
" (les " sans chemises " de Juan et d'Évita Perón)
- , méfiance vis-à-vis du cosmopolitisme des oligarchies, encadrement
dans des organisations corporatites, prise en charge de secteurs économiques
par l'État mais aussi distribution de droits sociaux et d'une certaine
couverture sociale ainsi que forte valorisation de l'éducation, tous
ces traits du populisme ont, en même temps que l'urbanisation, transformé
l'imaginaire latino-américain. Ces caractéristiques du populisme
sont aujourd'hui traités par le discours technocratique international
comme un imaginaire régressif. On lui attribue tous les maux du clientélisme
pourtant toujours aussi présent dans les sociétés soumises
à la privatisation. Or certains éléments du populisme se
retrouvent bien dans le discours pentecôtiste. Ainsi par exemple cette
manière de traiter le salut en termes de solution - " Jésus
est la solution " - transpose la confusion entre le privé et le
public caractéristique des mobilisations populistes. De même, la
notion de " peuple de Dieu " fournit une matrice d'appropriation de
l'héritage du péronisme. D'une manière plus générale,
la plasticité du pentecôtisme lui permet à la fois de fournir
un espace d'accueil et d'expression des identités ethno-nationales (indiennes
entre autres) tout en étant soupçonnée dans le même
temps d'alimenter une sorte d'ethnocide culturel, de mettre en péril
l'âme des cultures populaires (notamment afro-brésiliennes).
En remplissant un certain vide laissé par le retrait du social, le pentecôtisme
s'affirme comme donnant de la consistance à un imaginaire menacé
par le désenchantement. Dans quelle mesure cet imaginaire fonctionne-t-il
à la répétition du même? . Dans quelle mesure offre-t-il
de nouvelles capacités d'imagination aux milieux défavorisés?
Le pentecôtisme joue bien un rôle qui dépasse de loin la
place qu'il occupe dans les statistiques d'appartenance religieuse.
À ce propos, une analogie peut être esquissée avec ce qui
se passe en Afrique. Comme la fin du populisme dans les années 70, l'ouverture
des Conférences Nationales et la fin (au moins formelle) des systèmes
de parti unique à la fin des années 80 marquent une césure.
Il n'est évidemment pas question d'établir un parallèle
entre populisme latino-américain et système africain de parti
unique car si il y a bien dans les deux cas une certaine confusion entre ce
qu'on appelle, dans l'imaginaire de la transparence, le privé et le public,
cela répond à un découpage totalement différent.
Ceci étant dit, on constate que l'essor du pentecôtisme des années
80 en Afrique est certes lié à la fin des interdictions opposées
aux sectes mais qu'il remplit aussi un vide laissé par l'abandon (au
moins formel) de la gestion " familiale " et patrimoniale de l'État.
On peut sans doute faire une lecture de l'Ouganda, du Kenya, du Bénin
et du Burkina Faso dans ces termes. D'ailleurs le succès du régime
de Museveni en Ouganda décrit par Gifford et la bienveillance à
son égard des milieux pentecôtistes n'est-il pas tributaire du
fait que ce régime est un système de parti unique déguisé
? Le succès du référendum du 29 juin 2000, et le rejet
du multipartisme, garantit la poursuite du fameux système du " mouvement
", dont chaque Ougandais est automatiquement membre, et une " nouvelle
forme de démocratie " appliquée à tous les échelons
de la vie publique du pays
S'il est clair qu'il y a DES pentecôtismes parce que le pentecôtisme
latino-américain a une autre tradition que le pentecôtisme africain,
parce que le pentecôtisme d'origine nord-américaine est bien différent
des pentecôtismes autochtones centre-américains ou des mouvements
africains de " type " pentecôtiste, parce qu'il existe un pentecôtisme
de milieux défavorisés et de classes moyennes (qui ont parfois
un comportements politique inversé : apolitisme des milieux défavorisés
au Guatemala et des milieux de classes moyennes au Venezuela), enfin parce qu'on
distingue le pentecôtisme et le néo-pentecôtisme (dans lequel
on met parfois des Églises fondamentalistes charismatiques passablement
éloignées de la tradition pentecôtiste) mais on doit aussi
relever dans une analyse plus globale des imaginaires une possibilité
de convergence. Le ou les pentecôtismes dans leur essor des années
80 remplissent une fonction d'invention de l'imaginaire social, là où
celui-ci est élimé par les transformations imposées par
les programmes d'ajustement structurel. Centrer son attention sur cet imaginaire
ou ces imaginaires en s'employant à les voir d'abord comme un mode dynamique
d'ouverture du symbolique, de redéploiement de l'espace du possible,
ne conduit pas à négliger les glissements vers la répétition
du même qui en l'occurrence peuvent se traduire aussi bien par la dérive
narcissique du populisme latino-américain que par les impasses identitaires
de l'authenticité à l'africaine. Ce livre se veut en définitive
une analyse comparative des imaginaires politiques plus encore qu'un panorama
du développement foisonnant des pentecôtismes. Il s'efforce de
répondre à une attente justifiée.
André Corten* et André Mary**
(1)Martin, David, Tongues of Fire : The Explosion of Protestantism in Latin
America, Oxford, Blackwell, 1990.
Cfr Freston, texte du présent volume.
(2)Ces typologies sont évidemment problématiques aux yeux mêmes
de ceux qui les énoncent, cfr Freston, Paul, " 'Neo-(3)Pentecostalism'
in Brazil : Problems of Definition and the Struggle for Hegemony ", Archives
de Sciences Sociales des Religions, 44, 105 (1), 1999 : 145-162.
(4) Gifford Paul, " Ghana's Charismatic Churches ", Journal of Religion
in Africa, 24 (3), 1994 : .241 ; Hackett Rosalind I.J., " Charismatic /
Pentecostal Appropriation of Media Technologies in Nigeria and Ghana ",
(5)Journal of Religion in Africa, 28 (3), 1998 : 239.
Cfr Corten, André, " The Growth of Literature on Afro-American,
Latin American and African Pentecostalism ", Journal of Contemporary Religion,
12 (3), 1997 : 11-334.
(6)Notons quelques anthologies sur le pentecôtisme en Amérique
latine : Boudewijnse, Barbara, Droogers, André, Kamsteeg, Frans (eds.),
More than Opium : An Anthropological Approach to the Latin American an Caribbean
Pentecostal Praxis, Lanham. MD, The Scarecrow Press, 1998 ; Cleary, Edward L.
& Stewart Gambino, Hannah (eds.), Power, Politics and Pentecostals in Latin
America, Boulder, CO, Westview Press, 1997 ; Gutiérrez, Benjamín
& Campos, Leonildo Silveira (eds.), Na força do espírito.
Os Pentecostais na América-Latina : Um desafio às igrejas históricas,
São Paulo, AIPRAL, 1996 ; Alvarez, Carmelo (ed.), Pentecostalismo y liberación
: Una experiencia latinoamericana, San Jose (Costa Rica), Editorial DEI, 1992.
(7)Voir entre autres, Ranger, Terence O., " Religious Movements and Politics
in Sub-saharian Africa ", African Studies Review, 29 (2), 1986 : 1-70.
Signalons l'étude pionnière de Schoffeleers, J. Matthew, Pentecostalism
and Neo-Traditionalism : The Religious Polarization in a Rural District in Southern
Malawi, Amsterdam, Free University Press, 1985.
(8) Birgit Meyer, Ruth Marshall-Fratani, Rijk Van Dijk, David Maxwell, Pierre.J.
Laurent, et quelques autres. Voir notamment Journal of Religion in Africa, 28
(3), 1998.
(9)Hollenweger, Walter (1968), The Pentecostals, Peabody, MA, Hendrickson Publishers,
1988. Notons pour l'Amérique latine les deux études pionnières
de Willems, Emilio, Followers of the New Faith : Culture, Change and Rise of
Protestantism in Brazil and Chile, Nasville, Tenessee, Vanderbildt Press, 1967
& Lalive d'Épinay, Christian, El refugio de las masas : Estudio sociológico
del protestantismo chileno, Santiago, Ed. del Pacífico, 1968.
(10)Notamment défense du théologien de la libération Leonardo
Boff. The Silencing of Leonardo Boff : The Vatican and the Future of World Christianity,
London, Collins Flame, 1989.
(11)Cox, Harvey, Fire from Heaven : The Rise of Pentecostal Spirituality and
the Reshaping of Religion in the Twenty-First Century, Reading, MA, Addison
Wesley, 1995 ; trad. fr. : Retour de Dieu : Voyage en pays pentecôtiste,
Desclée de Brouwer, 1994 : 220-221.
(12)Cfr Cesar, Waldo & Shaull, Richard, Pentecostalismo e futuro das igrejas
cristãs : Promessas e Desafios, Petrópolis/ São Leopoldo,
Editora Vozes/ Sinodal, 1999.
(13)Cox, Retour de Dieu
: 267
(14) Ibid. : 221.
(15)Martin, Tongues of Fire
(16)Ibid. : 286-288.
(17)Ibid. : 160.
(18)Poewe, Karla & Hexham, Irving, " The New Charismatic Churches in
Durban, Johanesburg and Pretoria ", Navors Bulletin, 17 (9), 1987 : 32-36,
cité par Martin. Voir aussi Poewe, Karla (ed.), Charismatic Christianity
as a Global Culture, Colombia, University of South Carolina Press, 1994.
(19) Bastian, Jean-Pierre, La mutación religiosa de América latina
: Para une sociologia del cambio social en la modernidad periférica,
México, Fondo da Cultura Económico, 1997.
(20)Rappelons la quadruple catégorisation souvent citée : 1) marmonnement,
gémissement, sons incompréhensibles (voix frustres) ; 2) sons
fabriqués mais avec des fragments de mots bien articulés et reconnaissables,
souvent allitératifs et parfois groupés dans une phrase ; 3) mélange
de phonèmes étrangers et indigènes et des mots dans des
modèles linguistiques réguliers, 4) parler en langue étrangère
(xénoglossie). Williams, Cyrill, Tongues of Spirit : A Study of Pentecostal
Glossolalia and Related Phenomena, Cardiff, University of Wales, 1981 : 126.
Également Dubleumortier, Nathalie, Glossolalie : Discours de la croyance
dans un culte pentecôtiste, Paris, L'Harmattan, 1997.
(21) Cfr notamment : Boyer, Véronique, " Possession et exorcisme
dans une Église pentecôtiste au Brésil ", Cahiers de
Sciences Humaines, 32 (2), ORSTOM, 1996 : 252 et sv. ; et Birman Patrica, "
Cultes de possession et pentecôtisme au Brésil : passages ",
Cahiers du Brésil Contemporain, 35-36, 1998 : 185-208.
(22)Ari Pedro Oro se fait ici même l'écho de ce point de vue de
Rubem Cesar Fernandes.
(23)Colonomos, Ariel, " Du paria au parvenu : les dimensions internationales
du passage au politique ", Ibero-Amerikanisches Archiv. Zeitschrift für
Socialwisdsenschaften und Geschichte, 25 (1-2), 1999 : 91-210.
(24)Corten, André & Fratani, Ruth (eds.), Between Babel and Pentecost
: Transnational Pentecostalism in Africa and Latin America, London, Hurst Publisher,
2000.
(25) Sahlins, Marshall D., Islands of History, Chicago, Chicago University Press,
1985, trad. fr. Des îles dans l'histoire, Paris, EHESS/ Gallimard/ Seuil,
1989.
(26)Castoriadis, Cornelius, L'institution imaginaire de la société,
Paris, Seuil, 1975. C'est également à Castoriadis que se réfère
Jean-François.Bayart dans son exploration des " imaginaires politiques
", cfr Bayart, Jean-François, L'illusion identitaire, Paris, Fayard,
1996, chap. III, " La cité imaginaire ".
(27)Castoriadis, L'institution imaginaire
: 175.
(28)Ibid. : 177.
(29)Ibid. : 179.
(30) Cfr Geschiere, Peter, Sorcellerie et politique en Afrique : La viande des
autres, Paris, Karthala, 1995.
(31)Cfr Meyer, Birgit, Translating the Devil, Religion and Modernity among the
Ewe in Ghana, Edinburgh University Press, 1999 ; Mary, André, "
La diabolisation du sorcier et le réveil de Satan ", Religiologiques,
18, 1998 : 53-77.
(32) Habermas, Jürgen (1962), L'espace public : Archéologie de la
publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise,
Paris, Payot, 1986.
(33)Lefort, Claude, Essais sur le politique : XIXe-XXe siècles, Paris,
Esprit/ Seuil, 1986.
(34) Cfr de Surgy, ici même, qui souligne cet organicisme du message des
prédications pentecôtistes.
* Les auteurs du présent volume sont nommés dans cette introduction
sans prénom.
(35) Meyer, Birgit, " Commodities and the Power of Prayer : Pentecostalist
attitudes towards consumption in contemporary Ghana ", in Meyer, Birgit
and Geschiere, Peter (eds), Globalisation and Identity : Dialectics of Flow
and Closure, Oxford, Blackwell, 1999 : 151-76.
(36)Corten, André, L'alchimie politique du miracle : Discours de la guérison
divine et langue politique en Amérique latine, collaboration de Fridman,
Viviana & Deret, Anne, Montréal, Balzac, Collection Univers de
Discours, 1999. Voir aussi Corten, André, " Pentecôtisme et
'néo-pentecôtisme' au Brésil ", Archives des sciences
sociales des religions, 44, 105 (1) 1999 : 163-183, 170.
(37)Voir aussi Gifford, Paul (ed.), The Christian Churches and the Democratization
of Africa, Leiden, Brill, 1995 et Gifford, Paul, African Christianity : Its
Public Role, London, Hurst Publisher, 1998.
Marshall, Ruth, " 'God is not a democrat' : Pentecotalism and Democratisation
in Nigeria ", in Gifford Paul (ed.), The Christian Churches and the democratisation
of Africa, Leiden, E.J.Brill, 1995 : 259.
(39) Cfr par exemple : Baudouin, Jean, Introduction à la science politique,
Paris, Dalloz, 1989 : 27-52.
(40) Sur cet aspect d'évolution voir Corten, André, " Pentecôtisme
et 'néo-pentecôtisme'
"
(41) Legendre, Pierre, Le désir politique de Dieu, Paris, Fayard, 1988.
(42)Micklee, Michael, " Charismatic Leadership Trajectories : A comparative
Study of Marcus Garvey and Myung Moon " in Hadden, Jeffrey K. & Shupe
(eds.), Prophetic Religions and Politics : Religion, Political Order, New York,
Paragon House, 1986 : 35-52
(43) Maxwell David, " Delivered from the Spirit of Poverty? : Pentecostalism,
Prosperity and Modernity in Zimbabwe ", Journal of Religion in Africa,
28, 1998 : 350-373.
(44)Chevalier, François, L'Amérique latine de l'indépendance
à nos jours, Paris, PUF, 1977.
(45) Comme le rappelle Albert de Surgy (infra), il s'agit d'une Église
fondée en 1916 à la suite du " réveil " du Pays
de Galles (1904-1905). Ce réveil du Pays de Galles, contemporain aux
débuts américains, a une influence certaine sur le monde missionnaire
pentecôtiste. Cfr Brandt-Bessire, Daniel, Aux sources de la spiritualité
pentecôtiste, Genève, Labor et Fides, 1986 : 166-170.
(46)Mary, " Culture pentecôtiste
" : 30-31.
(47)Ibid.
(48)Colonomos, " Du paria au parvenu
" : 193. Voir aussi Gutwirth,
Jacques, L'Église électronique : La saga des télévangélistes,
Paris, Bayard Éditions, 1998.
(49) Colonomos, " Du paria au parvenu
" : 196.
(50)Ibid.
(51)Selon Gifford, elle est particulièrement développée
au Ghana. Gifford, Paul, African Christianity : Its Public Role, London, Hurst,
1998 : 94.
(52)Stoll, David, Is Latin America Turning Protestant? The Politics of Evangelical
Growth, Berkeley, University of California Press, 1990. Garrard Burnett, Virginia
& .Stoll, David (eds.), Rethinking Protestantism in Latin America, Philadelphia,
Temple University Press, 1993.
(53)Campos, Leonildo Silveira, Teotro, Templo e Mercado : Oragnização
e marketing de um empreendimento neopentecostal, Petrópolis, Vozes, 1997.
Ruuth, Anders & Rodrigues, Donizete, Deus, o demonio e o homen : O Fenómeno
Igreja Universal do Reino de Deus, Lisboa, Edições Colibri, 1999.
Voir aussi Lusotopie, Numéro thématique, Des protestantismes en
" lusophonie catholique ", 1998.
(54) Cfr la description de Cox, Harvey, Retour de Dieu
: Chap. 13 &
14. Voir aussi Franckl, Razelle, Televangelism : The Marketing of Popular Religion,
Carbondale and Edwardsville, Southern University Press, 1987.
(55) Mots, Numéro thématique Discours populistes, 55, juin, 1998.
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