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Dernière mise à jour effectuée le jeudi 21 août 2003
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Le Rétif, no. 5, octobre 1999.

"Colloque Poe".

Programme

vendredi 15
1ère séance
mot de bienvenue de Jean-François Côté
président de séance : Albert Desbiens

9:30-10:15 Jean-François Chassay, "Revenir d'entre les morts : Poe et le magnétisme animal"

10:15- 11:00 Rachel Bouvet, "L'Orient et la mort chez Poe : du fantastique au comique"

pause

11:15- 12:00 Valérie de Courville Nicol, "L'empirisme psychologique et la rationalisation de la peur chez Poe"

12:00- 12:45 Jean-François Côté, "Eureka : le début de la fin est la fin du début"

dîner

2e séance
présidente de séance : Anna Maria Lisboa de Melo

14:30-15:15 Renald Bérubé, "La première question à vider, c'est la langue du chiffre, ou quand Edgar Allan Poe écrit ses lectures"

15:15- 16:00 Bertrand Gervais, "Quand la fin n'est que le début du récit"

pause

16:15-17:00 Donald Cuccioletta, "Mellonta Tauta : le Paradise Lost de Poe"

17:00-17:45 Jean Morency, "L'imaginaire de la fin et la naissance des littératures..."

samedi 16
3e séance
président de séance : André Carpentier

9:30-10:15 Marie-Renée Larochelle, "Le musement et le double dans « Double assassinat dans la rue Morgue »..."

10:15-11:00 Jean-Pierre Vidal, "La mélodie de la mort"

pause

11:15-12:00 Nicolas Xanthos, "Quand G... s'égare ou les voies de la raison dans les aventures de Dupin"

12:00-12:45 Yves Laberge, "L'adaptation cinémato-graphique : une transposition culturelle et sociale"

après-midi

15:00 : films (court et long métrages ; titres à confirmer)

mot de clôture (Jean-François Chassay)

Colloque
Edgar Allan Poe. Une pensée de la fin
(sous la direction de Jean-François Chassay, Jean-François Côté et Bertrand Gervais)

L'automne 1999 annonce la fin du millénaire et coïncide également avec le 150e anniversaire de la mort d'Edgar Allan Poe. Pour fortuit qu'il soit, ce rapprochement, dû au hasard des dates, favorise une relecture de l'œuvre de l'écrivain américain. Alors que le crépuscule du millénaire encourage les universitaires à analyser la recrudescence des discours eschatologiques, comment un écrivain comme Poe a-t-il inscrit dans son écriture ce qu'on pourrait appeler une pensée de la fin ? La mort, comme fin de l'existence, devient par exemple prétexte au début de la fiction, entraînant des considérations vis-à-vis des structures symboliques générales qui servent le propos de l'expérience esthétique.

On sait à quel point le mythe forgé autour de Poe - maître du désordre, figure du poète maudit, du pionnier solitaire, à des années-lumières en fait de sa poétique et de sa vie - correspond à une personnification de la version « littéraire » de l'apocalypse, à laquelle ont contribué, chacun à leur façon, Charles Baudelaire, Marie Bonaparte, et surtout Rufus Griswold. Ce mythe autour du personnage de Poe, encore présent dans les esprits, nous voudrions contribuer à le remettre en question en montrant à quel point la chute, la finale catastrophique, la vision permanente de la mort, s'inscrivent dans l'écriture à travers une pensée nourrie par une profonde culture. De « La chute de la maison Usher » au « Corbeau », du « Masque de la mort rouge » aux Aventures d'Arthur Gordon Pym, en passant par une multitude d'autres textes, la fin chez Poe apparaît comme une pensée, un signe complexe, un système de représentation. Il repose sur des traditions culturelles précises qui, des textes fondateurs de la tradition eschatologique jusqu'à l'époque qui lui était contemporaine, rendent compte de la richesse intertextuelle de cette œuvre.

C'est dans cette perspective que nous proposons ce colloque consacré à la pensée de la fin dans l'écriture de Poe. Le colloque est organisé conjointement par les départements d’études littéraires et de sociologie de l’UQAM ainsi que par l’équipe de recherche « Imaginaire de la Fin » (Jean-François Chassay, Anne Élaine Cliche, Bertrand Gervais, Jean Ernest Joos et Jean-Pierre Vidal) et aura lieu à l’Université du Québec à Montréal, au local J-2930, les vendredi et samedi 15 et 16 octobre 1999 (entrée libre). Pour plus d’informations sur le colloque, veuillez contacter :

Jean-François Chassay
Département d'études littéraires
Université du Québec à Montréal
c.p. 8888 succ. centre-ville
Montréal, Québec
H3C 3P8
(514) 987-3000, poste 4014#
chassay.jean-francois@uqam.ca


RÉSUMÉS

Renald Bérubé
« La première question à vider, c’est la langue du chiffre », ou quand Edgar Allan Poe écrit ses lectures

Il ne faut pas l’oublier, Poe fut en son temps un critique littéraire très prolifique et très controversé qui savait faire monter le tirage des magazines où il travaillait. Et ses jugements critiques ont, dans l’ensemble, fort bien soutenu le passage des ans. Entre le critique et l’auteur de textes fictifs, dans l’oeuvre de Poe, la différence est souvent mince. Ainsi, les nouvelles mettant en scène Dupin et Legrand constituent avant tout des exercices (parfois appuyés) de lectures écrites, de lectures racontées sur le mode policier ou fantastique par exemple. Il faut donc toujours, chez Poe, retourner aux origines de l’événement en cause, le reconstituer pour le bien comprendre. Les origines, déjà, contiennent la pensée de la fin. Il s’agit simplement ( ?) de savoir y découvrir, y lire cette dernière. La communication s’attardera surtout aux textes suivants de Poe : « Comment écrire un article à la Blackwood », « William Wilson » et le « Scarabée d’or ». Et sans doute évoquera-t-elle aussi des textes de Paul Auster.

Rachel Bouvet
L’Orient et la mort chez Poe : Du fantastique au comique

J’analyserai ici quelques récits de Poe afin de montrer quel est le rôle de l’Orient dans l’imaginaire de la fin. Certaines figures orientales reliées à la mort apparaissent en effet dans certains contes : l’Égypte antique avec ses momies, ses sarcophages, ses voyages au-delà de la mort ; le monde arabo-islamique avec Schéhérazade, cette femme qui défie la mort à l’aide des mots, et ses arabesques qui créent un vertige pour les yeux ; l’Inde avec ses hyènes qui chassent les hommes, ses insurrections où les officiers anglais trouvent la mort, son atmosphère de mystère et de rêve rappelant Les milles et une nuits. L’Orient joue un rôle important dans la littérature fantastique : ce genre culmine après la deuxième moitié du XIXe siècle, où la mode de l’exotisme bat son plein. Par ailleurs, le mystère, les langages indéchiffrables, les figures mythologiques déroutantes, etc., y trouvent une place de choix. Mais dans le fantastique poesque, il n’y a guère que les nouvelles « Ligeia » et « Les souvenirs de M. Auguste Bedloe » qui mettent à l’avant-plan des images orientales : dans la première, la chambre nuptiale devient une sorte de chambre funéraire contenant sarcophages, encensoirs, arabesques, et servant de lieu de ressuscitation d’un cadavre ; dans la seconde, le personnage effectue un voyage étrange à Bénarès, sa vision le conduisant au-delà du rêve et de la vie, dans un monde où les coïncidences les plus étranges se rencontrent. Les deux autres contes à l’étude, « Petite discussion avec une momie » et « Le mille deuxième conte de Schéhérazade », n’engendrent pas un effet fantastique, mais comique. Dans les deux cas, il s’agit de parodies où l’Orient sert de miroir permettant de refléter la civilisation occidentale. Ce sont les procédés de l’inversion et de l’amplification qui jouent ici : le héros n’est plus l’égyptologue anglais, mais le comte égyptien qui, malgré ses 5000 ans «de retard», en connaît plus que tout le monde sur les finesses de la science ; Schéhérazade meurt après son dernier conte, Sindbad semble n’avoir jamais vu de bateaux de sa vie, etc. Si l’embaumement et le stratagème de l’enchâssement servent habituellement à repousser la mort, ou encore la fin du récit, de la manière la plus sérieuse qui soit, ils sont dans ces contes au service de la subversion. Bref, dans ces deux récits d’Edgar Allan Poe, l’Orient se rit de la mort.

Jean-François Chassay
Revenir d'entre les morts : Poe et le magnétisme animal

Rapidement rejeté par l'institution scientifique à la fin du XVIIIe siècle, le magnétisme animal a été largement récupéré par la littérature au siècle suivant, en particulier par les auteurs associés au genre fantastique. Edgar Allan Poe s'est intéressé au statut particulier de cette "non-science" dans l'imagination populaire, à son pouvoir de guérison et même de prolongation de la vie dans trois contes - "Les souvenirs de M. Auguste Bedloe", "Révélation magnétique" et "La Vérité sur le cas de M. Valdemar". Dans les trois textes, la narration aborde les cas proposés comme des phénomènes analysables scientifiquement. La communication portera sur l'ambivalence entre la volonté de rationnalisation du discours et l'irrationnalité des phénomènes observés. Un imaginaire de la fin se déploie ici dans le rapport complexe entretenu entre le discours scientifique et la mort, alors que des personnages surgissent comme des voix d'outre-tombe.

Jean-François Côté
Eureka: le début de la fin est la fin du début

L'essai scientifico-poétique de Poe, Eureka, apparaît comme une spéculation philosophique qui semble détonner dans l'ensemble de son oeuvre de création. Or c'est justement à travers ce 'poème en prose', comme il l'intitule, que Poe étend ses conceptions esthétiques fondamentales à une vision du monde cohérente et unifiée, qui repose sur la coïncidence du début et de la fin, de l'origine et de la destinée, des êtres et des choses. En reliant les principales conceptions esthétiques de Poe à la cosmologie et aux positions métaphysiques qui sont exprimées dans Eureka, et qui renvoient en les dépassant à celles de la modernité, nous situons l'oeuvre de Poe dans le contexte du questionnement contemporain sur les débuts et les fins de l'existence.

Valérie de Courville Nicol
L’empirisme psychologique et la rationalisation de la peur chez Poe.

La production d’une réalité psychologique dans les écrits gothiques, accompagnée d’une production dans les discours et les pratiques sociales du XIXe siècle, auront comme effets culminants l’édification de la discipline de la psychologie freudienne, ainsi que l’«émergence» d’une littérature étrange victorienne qui traite à proprement parler de la psyché comme réalité. La réalité gothique est pour ainsi dire une réalité psychologique - du moins la littérature gothique participe-t-elle de façon signifiante à la production de l’objet psychologique. Que la peur soit formulée en termes psychologiques dans les écrits gothiques et ce, de façon progressivement plus littérale au cours du XIXe siècle, ne signifie pas que la peur soit une réalité psychologique, mais bien plutôt que la réalité psychologique devient le filtre téléologique par l’entremise duquel on parle de la peur - ou plus spécifiquement de l’anxiété. Autrement dit, l’objet psychologique est une construction par l’entremise de laquelle on aspire à refléter une réalité préalablement impensable (impensée) qui prend la forme d’un exercice littéraire visant à rendre compte, à expliquer, à maîtriser et, en outre, à rationaliser ou à nommer l’irrationnel. Nous examinerons la production de cette réalité psychologique chez Poe. Le modèle par excellence du roman mystère fera son apparition en 1841 avec la publication de son « Murders in the rue Morgue » et de son détective Dupin. Il est possible de tirer des parallèles importants entre ce conte étrange et sa critique des principes déductifs qui informent les pratiques de la recherche de la vérité du rationalisme classique (la forme, la norme et la masse) et la méthode empathique et inductive de l’analyse compréhensive individualisante qui sera le propre de la psychologie freudienne (l’exception, l’individuel et l’anormal).

Donald Cuccioletta
Mellonta Tauta: le Paradise Lost de Poe.

Poe écrit Mellonta Tauta vers la fin de sa vie. Il réécrit dans ce texte, en forçant le ton satirique, un long passage de son oeuvre magistrale Eureka, en plus de lancer des flèches vers son sujet favori: la démocratie américaine. Tout comme John Milton dans Paradise Lost, que Poe admet avoir suivi comme modèle, en utilisant le genre futuriste, il lance une critique à l'effet que les États-Unis, et l'Amérique en général, font fausse route. Milton avait avancé que le parlementarisme anglais, si jeune soit-il, avait détruit la chance d'établissement d'un second jardin d'Eden. Comme beaucoup ont vu dans l'Amérique la « Nouvelle Jérusalem » (ou « the city upon the hill »), Poe suggère que le paradis à l'américaine est lui aussi perdu d'avance. Cette Amérique est elle aussi dominée par la laideur, les faux philosophes et une poignée de politiciens sans envergure et sans imagination. Avec l’échec de cette tentative de faire de l'Amérique un véritable paradis, l'enfer comme avenir semble tracé d'avance.

Bertrand Gervais
Quand la fin n’est que le début du récit.

Cette communication sera l’occasion de revenir sur une situation narrative récurrente chez Poe, celle où les personnages sont déjà morts sans cesser d’être vivants, habitant en fait cette frontière qu’est la vie après la mort ou la vie malgré la mort, la vie et la mort, le presque-mort-et-le-plus-tout-à-fait-vivant, etc. Il y a là une expérience des limites qui s’inscrit parfaitement dans un imaginaire de la fin. Les personnages, quand ce n’est pas le récit lui-même (The Narrative of Arthur Gordon Pym) ont des statuts incertains qui les inscrivent à la limite de l’irreprésentable. Dans cette perspective, on s’arrêtera principalement à « The Fall of the House of Usher », qui met en scène une double chute (de la maison et de la lignée) et une enterrée vivante, mais aussi « Ms in the Bottle », « The Premature Burial », « The Facts in the Case of M. Valdemar », « Some Words with a Mummy », « Ligeia », etc.

Yves Laberge
L'adaptation cinématographique : une transposition culturelle et sociale

Je traiterai des adaptations des oeuvres de Poe au cinéma, en me concentrant sur le film à sketches "Histoires extraordinaires" (1968), de Vadim, Fellini et Malle. Je montrerai comment chaque cinéaste a su créer un univers personnel et une interprétation singulière de l'oeuvre de Poe, en y introduisant ses propres récurrences mais aussi en laissant de côté des éléments propres à l'oeuvre de Poe. Je terminerai par quelques considérations sur les aspects cinématographiques présents dans l'oeuvre de Poe.

Marie-Renée Larochelle
Le musement et le double dans « Double assassinat dans la rue Morgue » d’Edgar Allan Poe : une lecture sans fin...

À partir d’une description de la méthode de Dupin dans la nouvelle « Double assassinat dans la rue Morgue », on décrira ce qu’il en est du musement, de ce flot de pensée qui, si on doit y mettre fin pour conclure quoi que ce soit, s’impose comme fondement même de toute pensée. Cette communication jouera sur les diverses dérives mises en scène tant dans la nouvelle que dans sa traduction par Baudelaire.

Jean Morency
L'imaginaire de la fin et la naissance des littératures. Considérations sur Les aventures d'Arthur Gordon Pym d'Edgar Allan Poe et Moby Dick de Herman Melville et sur l'image de la mort aux origines de la littérature québécoise.

Cette communication a pour but de démontrer la corrélation qui existe entre l'imaginaire de la fin et la naissance des littératures américaine et québécoise au XIXe siècle. Au moyen d'une étude comparée des romans de Poe et de Melville, dans le contexte du mouvement d'affirmation de la littérature et du sentiment national aux États-Unis, je compte montrer comment l'imaginaire de la fin constitue, de façon paradoxale, un fondement essentiel de l'éveil de littératures dites nationales. Dans un deuxième temps, je compte analyser comment l'oeuvre de Poe en particulier a été l'objet d'un transfert culturel entre les États-Unis et le Québec de l'époque, comme l'illustre peut-être la thématique de la mort dans les oeuvres poétiques de Joseph Lenoir et d'Octave Crémazie.

Jean-Pierre Vidal
La mélodie de la mort

Il s'agira de montrer comment la plupart des récits non-« policiers » qui ont la mort pour thème reposent, malgré l'intimisme d'une bonne partie d'entre eux, sur une rhétorique apocalyptique dont le ressort est formé de l'articulation entre l'inéluctabilité qui fonde le rythme du récit sur une anaphore implicite, et le déni dont la non-coïncidence est la figure narrative en forme d'hyperbate.

Nicolas Xanthos
Quand G... s’égare, ou les voies de la raison dans les aventures de Dupin

Dupin réussit là où les autres ont échoué: il trouve la lettre volée, l’auteur du meurtre de Marie Roget ou encore le fin mot du double assassinat de la rue Morgue. Qu’on n’aille pas se figurer toutefois que les autres ne font rien: au contraire, ils déploient le plus souvent une activité intense et fébrile, qui pourtant n’aboutit à aucun résultat. Mais pourquoi donc ce constat d’échec répété ? Les trois aventures de Dupin développent à ce propos une réflexion un peu marginale mais cohérente tournant tout entière autour d’une dialectique de l’identité et de l’altérité ou encore d’une sémiotique du même et de l’autre: si G... s’égare, c’est parce qu’il s’approprie l’action d’autrui, et tente de la faire signifier en fonction de ses habitudes à lui; si Dupin triomphe, c’est parce que, guidé par la raison, il essaie de penser comme autrui a dû penser. C’est à explorer les diverses formes textuelles de cette dialectique que la présente communication veut s’employer, pour montrer comment Poe met en scène chez Dupin une sémiotique (légèrement mythologique) de l’altérité, du négligé, du latéral, du secondaire pourtant si essentiel.

 


Table des matières


Programme

- vendredi 15 octobre
- samedi 16 octobre


Présentation du colloque


Résumés

- Renald Bérubé
- Rachel Bouvet
- Jean-François Chassay
- Jean-François Côté
- Valérie de Courville-Nicol
- Donald Cuccioletta
- Bertrand Gervais
- Yves Laberge
- Marie-Renée Larochelle
- Jean Morency
- Jean-Pierre Vidal
- Nicolas Xanthos