Ce site se divise en cinq parties :
1. IMPLICATIONS DES CANADIENS FRANÇAIS DANS L’ARMÉE CANADIENNE
L’historiographie canadienne de langue française ne reflète que très peu l’effort de guerre des Canadiens français. Pourtant, des soldats francophones ont participé à de nombreuses campagnes militaires.
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, on les retrouvait au sein de formations francophones, bilingues et plus souvent anglophones, sur les fronts d’Italie et du Nord-ouest de l’Europe.
N’oublions pas non plus, le débarquement désastreux de Dieppe en août 1942, la bataille perdue de Hong-Kong ( Royal Riffles de la ville de Québec ) en décembre 1941, la reconquête facile, par le Régiment de Hull, de Kiska dans les îles Aléoutiennes en août 1943 (1), l'expédition militaire pour assurer la protection de l'Islande en juillet 1940. D’autre part, il y avait des francophones parmi la Marine royale canadienne et un peu plus au sein de l’Aviation royale canadienne ( RCAF ).
La participation des Canadiens français à la Deuxième Guerre mondiale commence, depuis très peu de temps, à susciter l’intérêt de quelques historiens au Québec comme à l’extérieur de la province.
A Montréal et à Saint-Jean ( province de Québec ) du 6 au 9 octobre 1994, les historiens Robert Comeau, Béatrice Richard, Serge Bernier et Claude Beauregard ont organisé un colloque intitulé : "La participation des Canadiens français à la Deuxième Guerre mondiale". Ce colloque s'interrogeait sur la participation des Canadiens français à cette guerre et sur la discrétion, observée sur le sujet, dans l’historiographie et la conscience collective.
Il est temps de rendre à l’histoire un passé un peu oublié. Cette histoire québécoise et canadienne fait aussi partie de la "mémoire" des pays libérés en Europe.
Levons le voile sur ce silence, rafraîchissons les mémoires québécoises, canadiennes et celles des pays libérés du joug nazi, tel que la France, la Belgique et les Pays-Bas.
Les Canadiens français pouvaient venir du Québec et des autres provinces canadiennes où les communautés francophones sont minoritaires. Il faut noter cependant que l'on retrouve un nombre conséquent de francophones dans les provinces de l'Ontario, du Nouveau-Brunswick et du Manitoba. La quantification des francophones dans les forces armées canadiennes demeure périlleuse. Cependant, l'historien Serge Bernier estime qu'environ 161 000 Canadiens français provenant de la confédération canadienne étaient incorporés dans les trois armées.
De cet effectif, une autre estimation évalue de 84 000 à 90 000 Québécois de langue française qui se sont portés volontaires, ce qui représentait près de 16. 5 % des volontaires du Canada (2). Il faut ajouter à cela, environ 80 000 autres Canadiens français ( francophones ) provenant des autres provinces du Canada. Ce chiffre n'est pas à négliger, bien qu’à priori, il semble faible. Cependant, rappelons-nous que le Québec avec ses 3 332 000 habitants ne représentait que 29 % de la population canadienne en 1941, parmi laquelle environ 81 % était de langue française ( 2 717 000 francophones ) Québec(3).
Il y avait environ 469 000 québécois d’expression anglaise, et quelques dizaines de milliers de Canadiens dont la langue à la maison était autre que le français et l’anglais.
La conscription
Ce site n’entreprendra pas une polémique sur la conscription et le mythe du déserteur Québécois qui refuse d’aller combattre.
Bien sûr, le plébiscite de 1942 confirme que les Canadiens français ne veuillent pas se faire imposer une nouvelle conscription comme en 1917. Depuis, des analyses ont déjà interprété différemment la question. Néanmoins, l’évaluation quantitative de Serge Bernier tend à démontrer que la participation était simplement un peu plus faible au Québec (4). Toute une gamme d’explications peut fournir une réponse, comme la langue anglaise utilisée par la majorité des institutions militaires, la volonté de s’affirmer comme Canadien plutôt que sujet d’un empire britannique en décrépitude, etc…
D’autre part, Jean-Yves Gravel nous rappelle, qu’à la suite de la loi de la Conscription en 1942, seulement 14 500 conscrits dans l’ensemble du Canada sont mobilisés pour outre-mer où seulement 2400 des 4100 canadiens " absents en permanence " étaient des Québécois (toutes langues confondues) (5).
Il est temps de nous rappeler que, les Québécois autant francophones, anglophones, qu’allophones ont participé à cette conflagration mondiale que fut la Deuxième Guerre.
Répartition des francophones à travers les unités de l’armée canadienne.
illustration modifiée d'une affiche. Archives nationales du Canada, C-091445
( autorisation de diffusion en cours )
La Marine Royale du Canada
Plusieurs francophones sont engagés dans la Marine Royale. Jean Pariseau et Serge Bernier n’ont pas de précisions sur l’incorporation des francophones dans la Marine. Ils diffusent cependant le chiffre d’un peu plus de 12 400 matelots et soldats provenant du Québec. C’est-à-dire environ 13.5 % des effectifs de la Marine, les francophones n’en représentent qu’une partie(6).
L’Aviation Royale Canadienne
Jean-Yves Gravel estime à environ 8 % les effectifs canadiens français dans l’Aviation Royale du Canada . Une autre estimation de Jean Pariseau et Serge Bernier évalue le taux des francophones à 9.14 % en service outre-mer, c’est à dire environ 4 000 personnes sur près de 45 000(7).
La création d’une unité francophone est crée en 1942. Il s’agit du 425 ème escadron, plus connu sous le nom " Escadron Adjutor Savard " ou " Escadrille des Alouettes ", qui remplie sa première mission aérienne le 5 octobre 1942. Cependant en 1944-1945, les 300 francophones de "l'escadrille des Alouettes" ne représentaient que 50 % des membres d’équipage et 90 % du personnel au sol (8).
Accessoirement, un certain nombre de francophones s’étaient engagés au sein de la " Royal Air Force " britannique (9).
L’Armée de Terre.
La majorité des francophones se retrouvent dans l’armée de terre.
Au Québec, pendant la guerre il y 16 régiments de langue française et 7 de langue anglaise.
Pourtant, seulement 5 des unités francophones sont désignées pour le Service outre-mer (10).
A cela on se doit d’ajouter, les régiments anglophones du Québec où l’on retrouve des proportions plus ou moins grande de francophones (11):
On retrouve aussi parmi les unités suivantes, considérées bilingues, une proportion de francophones non spécifiée (12) :
De Windsor en Ontario, les Canadiens français forment 50 % des effectifs du (13) :
Des provinces maritimes, un pourcentage non précisé d’Acadiens dans les Régiments (14) :
Toutes les unités mentionnées sur cette page ont participé aux campagnes militaires en Europe.
Il faut aussi considérer l’engagement des femmes parmi les unités de l’armée. A l’époque les femmes n’étaient pas incorporées dans des régiments réguliers de combat. Plusieurs dizaines de femmes francophones faisaient parti des unités de soutien et de service au sein des trois armées.
Pariseau et Bernier signalent qu’en 1944, 21 femmes francophones étaient dans l’Aviation Royale du Canada, outre-mer (15).
Rappel :
Souvenons-nous cependant que 5 unités uniquement francophones et sept unités anglophones ou bilingues du Québec se retrouvent sur le Front en Italie puis dans le nord-ouest de l’Europe.
Les autres unités francophones étaient mobilisées pour la défense du Canada et des territoires avoisinants. Ainsi, le Régiment de Hull participe à la reconquête de Kiska dans les îles Aléoutiennes contre l’occupant japonais, en août 1943. Cependant, aucune perte n’a été à déplorer puisque l’occupant avait déjà quitter les lieux avant le débarquement Allié.
Ceci ne considère que les unités régulières. L’historienne Béatrice Richard (16), nous remémore la participation des Canadiens français, sur le territoire français lors de l’occupation, dans des réseaux associés à la Résistance française tel que " le réseau Shelburn ".
Cette page vous permet ainsi de vous faire une idée de ce que pouvait représenter la participation des Canadiens français à la Deuxième Guerre.
Composition des Régiments.
Infanterie
Le "padre" ( aumônier ) Gérard Marchand (17) du Régiment de Maisonneuve, au moment de la Bataille de Normandie, nous fait la description d'un régiment d'infanterie. Nous retrouvons plus ou moins sur ce modèle les deux autres régiments d'infanterie de la Chaudière et de des Fusiliers Mont-Royal. Le Régiment de Maisonneuve avait un effectif de 750 soldats qui comprenait quatre compagnies d'environ 120 hommes sous les ordres d'un Commandant, assisté d'un Capitaine et de trois Lieutenants. On retrouve aussi une compagnie de supports avec pelotons de pionniers, de signaleurs, de mortiers, des cuisiniers, des commis de bureau, des chauffeurs de camions et de véhicules porte-mitrailleuse, et des agents de la Police-Militaire, des brancardiers.
Nous retrouvons le Régiment blindé des Fusiliers de Sherbrooke où le nombre de francophones était assez conséquent. A titre informatif, Eddy florentin dresse le profil d'un régiment blindé britannique qui s'apparente sensiblement à un régiment blindé canadien. Le Régiment blindé des Fusiliers de Sherbrooke était donc probablement composé d'environ 700 hommes dont près de 40 officiers et matériellement d'environ 60 chars moyens et 10 chars légers (18).