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ANNÉES FORMATRICES
André Laurendeau naquit le 21 mars 1912 à Montréal. Ses
parents, issus de la petite bourgeoisie professionnelle de la ville, gagnaient
leur vie en tant que musiciens. En plus d’être chef d’orchestre, son père,
Arthur Laurendeau, dirigeait le revue L’Action nationale. Il était un
nationaliste ardent, admirateur des idées de l’abbé Groulx, lequel était
par ailleurs un de ses amis intimes. Aussi, son nationalisme était
principalement culturel et grandement tempéré par l’esprit chrétien. André
Laurendeau a donc été élevé dans un milieu où l’on discutait des grands
débats qui avaient cours au sein de la société canadienne-française. Il fut
plongé très tôt dans un bain de culture nationaliste. Laurendeau fit son
cours classique au Collège Sainte-Marie, mené par des Jésuites. L’enseignement
y était fortement teinté d’agriculturisme. Ce nationalisme de conservation
prônait la vocation paysanne afin de préserver la nationalité
canadienne-française, la culture de la terre étant représentée comme la
mission nationale et providentielle des Canadiens français. Afin de discuter de
sujets littéraires, Laurendeau et ses amis du collège se réunissaient
mensuellement au sein d’un groupe nommé " le cercle de
Crémazie ".Quelques années plus tard, alors qu’ils se retrouvent
presque tous à la faculté de droit de l’Université de Montréal, les
anciens membres de ce cercle se regroupèrent au sein d’une fraternité, le
" Club X ". On y discutait d’actualité, de littérature
et de théâtre et les réunions de cette fraternité aboutissaient souvent à
une prise de conscience nationaliste, influencée par les idées deLionel
Groulx.
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Source: Robert
Comeau et Lucille Beaudry, dir., André
Laurendeau : un intellectuel
d'ici, Québec, PUQ, 1990, p.264.
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JEUNE-CANADA
Au cours de l'été 1932, deux événements particuliers entraînèrent
Laurendeau et ses amis dans la voie de l'engagement politique(1).
D'abord, sur 64 hauts fonctionnaires fédéraux nommés pour participer à la
Conférence inpériale réunissant les pays membres de l'Empire britannique,
aucun Canadien français n'avait été choisi. Puis, le mois suivant, on apprit
que le gouvernement Bennett avait nommé un fonctionnaire unilingue anglais au
poste de percepteur de douanes à Montréal. Ces événements amenèrent les
membres du " Club X " à organiser une assemblée politique
au Gésù afin de protester contre ce qu'ils croyaient être une situation
d'injustice faite aux Canadiens français. Ainsi, Laurendeau fit la lecture d'un
manifeste qu'il avait lui-même rédigé devant une foule de 2000 personnes. Ce
manifeste dénonçait l'unilinguisme anglophone des publications fédérales et
de la monnaie. Il réclamait une représentation équitable dans le
fonctionnariat des Canadiens français. De plus, il critiquait la situation
d'infériorité économique de ces derniers et l'accaparement des richesses
naturelles par des capitalistes étrangers. Enfin, ce manifeste
appelait la
jeunesse francophone à lutter pour la reconquête des positions perdues par les
Canadiens français dans tous les domaines de la vie.
Le texte de Laurendeau suscita un vif enthousiasme chez les spectateurs et
fut publié dans le journal Le Devoir. Le succès de ce manifeste amena les
anciens du Club X à se former en mouvement permanent sous le nom de
Jeune-Canada en février 1933. André Laurendeau joua un grand rôle au sein de
cette organisation qui ne compta jamais plus d'une vingtaine de membres mais
dont l'influence fut importante au cours des années 1930. Par le biais de
lettres aux journaux, de causeries radiophoniques ou d'assemblées, les
Jeune-Canada cherchèrent à diffuser leurs idées. En fait, leur discours
reprenait les idées de nationalistes traditionnels comme Esdras Minville et
Lionel Groulx. D'ailleurs, l'appui que leur portèrent leurs aînés
nationalistes explique en grande partie le succès instantané des Jeune-Canada(2).
Les Jeune-Canada se disaient indépendants de tout parti
politique, lesquels étaient associés à la corruption. Le groupe reprochait
aux hommes politiques et à l'élite nationale d'être passifs face aux
problèmes de la nation canadienne-française. Puis, il désirait réveiller
cette nation et lui inculquer une fierté nationale. En même temps, les
Jeune-Canada, fidèles à l'enseignement de Groulx, croyaient à la grandeur de
la " race " canadienne-française et à sa mission
providentielle en
1. GUAY, Jacques, " André Laurendeau ou l'histoire d'un
nationaliste ", Magazine Maclean, p.35
2. MONIÈRE, Denis, André Laurendeau et le destin d'un peuple ,
p.86.
VOYAGE EN EUROPE
En 1935, Laurendeau quitta pour Paris, où il poursuivit ses études à la
Sorbonne, au Collège de France et à l'Institut catholique. Pendant deux ans,
il envoya des lettres au Devoir et à L'Action nationale intitulées
" Pèlerinage en vraie France ", celle-ci étant la France
conservatrice et catholique. Il découvrit cependant là-bas une réalité plus
complexe qui modifia sa vision du monde(1). En
effet, on peut observer pendant ce voyage, une évolution de la pensée de
Laurendeau. Elle y perdit une partie du mysticisme religieux que lui avait
inspiré les Jésuites et les nationalistes traditionnels du Canada français.
Au cours de ce voyage, Laurendeau entra en contact avec Emmanuel Mounier, le
fondateur de la revue catholique de gauche Esprit. Mounier et le courant
personnaliste entourant cette revue prônaient une révolution à la fois
sociale et morale. Ils réconciliaient le catholicisme et le progrès social,
contrairement à l'Église canadienne-française qui opposait plutôt une
résistance au changement.
Comme l'a signifié Denis Monière : " ses rencontres avec la
gauche catholique française lui révélèrent la possibilité d'une pensée
enracinée et constructive qui contrastait fortement avec la vision du monde
désincarnée, diffusée par les intellectuels catholiques canadiens "(2).
Ainsi, pendant ces années en France, Laurendeau se détacha du cléricalisme et
en vint à dissocier le catholicisme du régime politique et social.
1. GUAY, Jacques, " André Laurendeau ou l'histoire d'un
nationaliste ", Magazine Maclean, p.35
2. MONIÈRE, Denis, André Laurendeau et le destin d'un peuple ,
p.86.
L'ACTION NATIONALE
André Laurendeau a décrit son retour d'Europe comme pénible, étant donné la
difficulté d'aborder certains sujets encore tabous au Québec. Il décida de
s'engager dans une entreprise de réformisme, conscient, toutefois, de devoir
peser ses paroles et user de tactiques afin de ménager la susceptibilité de
ses lecteurs(1). En 1937, à son retour de
France, Laurendeau constata que les Jeune-Canada étaient en désintégration.
Ses anciens collègues s'étaient dispersés pour débuter une carrière ou il
s'étaient expatriés.
Laurendeau succéda donc à son père à la direction de la revue L'Action
nationale, fonction qu'il occupa une première fois de 1937-1943 et une seconde
fois de 1948-1954. Influencé par son contact avec la revue Esprit, Laurendeau
voulait que L'Action nationale se penche davantage sur les problèmes sociaux et
qu'elle s'ouvre aux courants intellectuels et aux débats étrangers.
Il voulait donner au nationalisme canadien-français un contenu plus humain
et des horizons plus larges(2). Dans ses
éditoriaux, Laurendeau s'acharnait à dissocier son nationalisme des doctrines
d'extrême-droite. Puis, il examinait les divers projets de société proposés
comme solutions à la crise économique tel que le corporatisme, pour finalement
favoriser le coopératisme, qui lui semblait moins utopique. La francisation du
Québec et la lutte contre les monopoles étrangers étaient également des
thèmes chéris par Laurendeau.
Suivant la tradition d' Henri
Bourassa, Laurendeau prêchait la coopération
et le respect mutuel entre les Anglais et les Français du Canada mais
souhaitait briser l'isolationnisme des nationalistes canadiens-français. Il
participa à de nombreuses rencontres, conférences et émissions radiophoniques
anglophones. Le spectre d'une future guerre hantant le monde, Laurendeau visait
la formulation d'un consensus au sein de la jeunesse canadienne à propos de
l'attitude à adopter en cas de guerre. Il cherchait à éviter qu'une crise
comme celle de la conscription de 1917 se répète.
1. MONIÈRE, Denis, " André Laurendeau, retour d'Europe, L'Action
nationale, p.295
2. Ibid., p.298.
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