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CONSCRIPTION DE 1942
À l'instar de celle de 1917, la crise de la conscription de 1942 divisa
profondément le pays et les deux peuples dits fondateurs. Effectivement, les
deux groupes s'opposèrent sur la position à adopter par rapport à la question
de l'entrée en guerre du Canada et firent pression sur Mackenzie King. D'un
côté, les anglophones autour du groupe des " Deux cent de
Toronto ", souhaitaient que la conscription soit imposée. De l'autre,
le Canada français avec Maxime Raymond et le " Groupe des
Onze ", refusait que le pays s'engage dans une guerre étrangère qui
priverait le Canada de sa pleine souveraineté. Cette association de
nationalistes francophones fit pression sur le Premier ministre en lui rappelant
les promesses faites au Québec de ne pas imposer la conscription.
Jusqu'en 1940, le volontariat suffit à la demande. Cependant, devant les
pressions de plus en plus fortes du Canada anglais, King imagina la tenue d'un
plébiscite pancanadien pour libérer son gouvernement des engagements qu'il
avait pris antérieurement. Dès 1942, le plébiscite se tint. Comme il était
possible de le prévoir, le pays en sortit considérablement divisé. Il se
dressa une véritable opposition entre les deux peuples fondateurs. Alors que
plus de 70% du Canada anglais accepta de délier King de ses promesses, plus de
80% des francophones refusèrent de le faire.
LIGUE POUR LA DÉFENSE DU CANADA
Afin de fournir un cadre stucturel à l'option du " NON ",
Laurendeau , appuyé du Chanoine Groulx, tenta de rallier différents
regroupements nationalistes. Ainsi, dès janvier 1942, la Ligue pour la défense
du Canada fut mise sur pied et rassembla des porte-paroles de divers groupes
comme la Société Saint-Jean-Baptiste(1).
L'organisation, dont le poste de secrétaire était occupé par André
Laurendeau, s'implanta rapidement dans toute la province.
Malgré le manque de capital, ce mouvement d'opinion, dans lequel évoluait
aussi Maxime Raymond et Gérard Pelletier, avait réussi à rejoindre une grande
proportion de la population grâce à la tenue d'assemblées publiques, à
l'utilisation des ondes radiophoniques ainsi qu'à la distribution de pamphlets.
Au lendemain du plébiscite, Laurendeau observa une véritable crise ethnique
se dessiner et se servit de l'impulsion de celle-ci afin de promouvoir l'idée
de la création d'un parti politique qui poursuivrait les objectifs de la Ligue
tout en défendant les droits du Canada français à Ottawa. L'intellectuel
n'était pas convaincu " de la toute puissance de la politique […],
mais il était conscient de l'extrême importance du facteur politique dans la
vie nationale "(2).
1 MONIÈRE, Denis, André Laurendeau et le destin d'un nationaliste,
p.140
2 Ibid., p.145.
LE BLOC POPULAIRE CANADIEN
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Source: Robert Comeau et Lucille Beaudry, dir., André
Laurendeau: un
intellectuel d'ici, Québec, PUQ, 1990, p.265. |
La crise de la conscription ainsi que le contexte de la guerre favorisèrent
le rassemblement des forces nationalistes francophones et cela permit, en
septembre 1942, la création d'un parti politique , le Bloc Populaire Canadien.
Celui-ci évoluait autant sur la scène provinciale que fédérale et les
dirigeants eurent de la difficulté à s'entendre sur les moyens d'action à
entreprendre.
Après avoir occupé le poste de secrétariat du parti bicéphale, André
Laurendeau fut sollicité par Maxime Raymond pour devenir dirigeant de l'aile
provinciale. Sa jeunesse et son inexpérience en politique partisane en firent
douter plusieurs mais, son action au sein de nombreux mouvements de jeunesse lui
permirent d'obtenir rapidement de la crédibilité(1).
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ORGANISATION
PROVINCIALE DU BLOC POPULAIRE (JUIN 1944)
Leader national……………………………Maxime
Raymond
Leader provincial…………………………André
Laurendeau
Secrétaire général………………………………Marcel
Poulin
Organisateur………………………………......Philippe
Girard
Directeur des finances…………………………….Jos
Blain
Directeur du Contentieux…………………Fernand
Chaussé
Directeur du journal……………………….Victor
Trépanier
Source: Paul-André Comeau, Le Bloc
Populaire : 1942-1948, Montréal,
Québec\Amérique, 1982, p.259. |
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Cette nouvelle formation se distinguait grandement par ses méthodes
avant-gardistes tel que le financement des partis (repris par le Parti
Québécois). Aussi, plusieurs réalisations du gouvernement de Jean Lesage
étaient déjà avancées par le Bloc dans les années 1940. Il défendait
l'autonomie de la province de Québec et tentait de lier le projet national et
social.
Cependant, Laurendeau n'ira jamais jusqu'à donner son soutient à la cause
souverainiste qu'il jugeait excessive et prématurée. Il prônait le respect
par le fédéral des pouvoirs concédés aux provinces en vertu de la
Confédération de 1867 et gardait une grande confiance en la valeur du pacte
entre les deux peuples fondateurs. Mais, comme le Bloc le défendait, la
confédération devait être décentralisée et favoriser l'application d'une
réelle égalité entre les deux communautés. Et cette parité,
" devait se manifester concrètement par l'instauration du bilinguisme
institutionnel "(2).
Toutefois, aux élections de 1948, le Bloc ne représenta pas de candidats et
le parti acheva sa courte vie. L'addition de multiples facteurs pourraient
expliquer l'échec hâtif de cette formation mais globalement, il semble que
l'action bicéphale et le manque de ressources financières du parti
conduisirent à son démantèlement.
1. MONIÈRE, Denis, André Laurendeau et le destin d'un peuple,
p.145.
2. Ibid., p.158.
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