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Photo tirée de Robert Comeau et Lucille Beaudry, André Laurendeau: un intellectuel d'ici, Québec, PUQ, 1990, p.265.

                                  

Engagement politique

Conscription de 1942

Ligue pour la défense du Canada

Bloc populaire Canadien

 

CONSCRIPTION DE 1942


À l'instar de celle de 1917, la crise de la conscription de 1942 divisa profondément le pays et les deux peuples dits fondateurs. Effectivement, les deux groupes s'opposèrent sur la position à adopter par rapport à la question de l'entrée en guerre du Canada et firent pression sur Mackenzie King. D'un côté, les anglophones autour du groupe des " Deux cent de Toronto ", souhaitaient que la conscription soit imposée. De l'autre, le Canada français avec Maxime Raymond et le " Groupe des Onze ", refusait que le pays s'engage dans une guerre étrangère qui priverait le Canada de sa pleine souveraineté. Cette association de nationalistes francophones fit pression sur le Premier ministre en lui rappelant les promesses faites au Québec de ne pas imposer la conscription.


Jusqu'en 1940, le volontariat suffit à la demande. Cependant, devant les pressions de plus en plus fortes du Canada anglais, King imagina la tenue d'un plébiscite pancanadien pour libérer son gouvernement des engagements qu'il avait pris antérieurement. Dès 1942, le plébiscite se tint. Comme il était possible de le prévoir, le pays en sortit considérablement divisé. Il se dressa une véritable opposition entre les deux peuples fondateurs. Alors que plus de 70% du Canada anglais accepta de délier King de ses promesses, plus de 80% des francophones refusèrent de le faire.

 

LIGUE POUR LA DÉFENSE DU CANADA


Afin de fournir un cadre stucturel à l'option du " NON ", Laurendeau , appuyé du Chanoine Groulx, tenta de rallier différents regroupements nationalistes. Ainsi, dès janvier 1942, la Ligue pour la défense du Canada fut mise sur pied et rassembla des porte-paroles de divers groupes comme la Société Saint-Jean-Baptiste(1). L'organisation, dont le poste de secrétaire était occupé par André Laurendeau, s'implanta rapidement dans toute la province.


Malgré le manque de capital, ce mouvement d'opinion, dans lequel évoluait aussi Maxime Raymond et Gérard Pelletier, avait réussi à rejoindre une grande proportion de la population grâce à la tenue d'assemblées publiques, à l'utilisation des ondes radiophoniques ainsi qu'à la distribution de pamphlets.


Au lendemain du plébiscite, Laurendeau observa une véritable crise ethnique se dessiner et se servit de l'impulsion de celle-ci afin de promouvoir l'idée de la création d'un parti politique qui poursuivrait les objectifs de la Ligue tout en défendant les droits du Canada français à Ottawa. L'intellectuel n'était pas convaincu " de la toute puissance de la politique […], mais il était conscient de l'extrême importance du facteur politique dans la vie nationale "(2).


 

1 MONIÈRE, Denis, André Laurendeau et le destin d'un nationaliste, p.140

2 Ibid., p.145.

 

LE BLOC POPULAIRE CANADIEN

   

 

 

 

 

Source: Robert Comeau et Lucille Beaudry, dir., André Laurendeau: un intellectuel d'ici, Québec, PUQ, 1990,  p.265.


La crise de la conscription ainsi que le contexte de la guerre favorisèrent le rassemblement des forces nationalistes francophones et cela permit, en septembre 1942, la création d'un parti politique , le Bloc Populaire Canadien. Celui-ci évoluait autant sur la scène provinciale que fédérale et les dirigeants eurent de la difficulté à s'entendre sur les moyens d'action à entreprendre.


Après avoir occupé le poste de secrétariat du parti bicéphale, André Laurendeau fut sollicité par Maxime Raymond pour devenir dirigeant de l'aile provinciale. Sa jeunesse et son inexpérience en politique partisane en firent douter plusieurs mais, son action au sein de nombreux mouvements de jeunesse lui permirent d'obtenir rapidement de la crédibilité(1).

                                                                                      

ORGANISATION PROVINCIALE DU BLOC POPULAIRE (JUIN 1944)

Leader national……………………………Maxime Raymond

Leader provincial…………………………André Laurendeau

Secrétaire général………………………………Marcel Poulin

Organisateur………………………………......Philippe Girard

Directeur des finances…………………………….Jos Blain

Directeur du Contentieux…………………Fernand Chaussé

Directeur du journal……………………….Victor Trépanier


Source: Paul-André Comeau, Le Bloc Populaire : 1942-1948, Montréal, Québec\Amérique, 1982, p.259.


Cette nouvelle formation se distinguait grandement par ses méthodes avant-gardistes tel que le financement des partis (repris par le Parti Québécois). Aussi, plusieurs réalisations du gouvernement de Jean Lesage étaient déjà avancées par le Bloc dans les années 1940. Il défendait l'autonomie de la province de Québec et tentait de lier le projet national et social.


Cependant, Laurendeau n'ira jamais jusqu'à donner son soutient à la cause souverainiste qu'il jugeait excessive et prématurée. Il prônait le respect par le fédéral des pouvoirs concédés aux provinces en vertu de la Confédération de 1867 et gardait une grande confiance en la valeur du pacte entre les deux peuples fondateurs. Mais, comme le Bloc le défendait, la confédération devait être décentralisée et favoriser l'application d'une réelle égalité entre les deux communautés. Et cette parité, " devait se manifester concrètement par l'instauration du bilinguisme institutionnel "(2).


Toutefois, aux élections de 1948, le Bloc ne représenta pas de candidats et le parti acheva sa courte vie. L'addition de multiples facteurs pourraient expliquer l'échec hâtif de cette formation mais globalement, il semble que l'action bicéphale et le manque de ressources financières du parti conduisirent à son démantèlement.


1. MONIÈRE, Denis, André Laurendeau et le destin d'un peuple, p.145.

2. Ibid., p.158.

 

 

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