|
LES ANNÉES AU DEVOIR
En 1947, André Laurendeau quitta le Bloc populaire et devint rédacteur en chef
adjoint au Devoir
(il se vit confier le poste de rédacteur en chef en 1957).
Cette nouvelle carrière lui sembla plus susceptible de provoquer des
changements dans l'opinion publique que l'activité partisane. Il chercha à
former, éduquer les consciences, pour qu'éventuellement soit possible un
redressement national(1). De fait, André
Laurendeau eut un poids considérable dans l'évolution de la société
québécoise de l'époque.
Laurendeau avait un style littéraire très pédagogique. Ce style
s'accordait donc merveilleusement bien avec son métier d'éditorialiste, de
chroniqueur et de critique. Il rédigeait également des billets ironiques sous
le pseudonyme de Candide. Puis, dans la rubrique
" Bloc-notes ", il s'efforçait de nuancer, de replacer dans
leur contexte les sujets d'actualité.
Au cours de ses années au Devoir, André Laurendeau se préoccupa des
revendications ouvrières et des grèves, qui étaient nombreuses à l'époque.
Il souhaitait d'ailleurs élargir la problématique du nationalisme à la
question ouvrière puisque la négation de ce problème ne pouvait que nuire à
l'épanouissement de la nation.
Aussi, l'intellectuel développa une pensée constitutionnelle. Pour lui,
l'État fédéral devait être la somme des pouvoirs de l'État central et des
États provinciaux. Chaque autorité devait avoir l'autorité suprême dans sa
sphère de compétence. Ainsi, Laurendeau revendiquait une décentralisation de
la fédération canadienne au nom des droits des Canadiens français. Dans un
article publié par Le Devoir en 1962, il s'acharna à analyser les
conséquences d'une éventuelle sécession du Québec et proposa la mise sur
pied d'une commission royale d'enquête afin de procéder à un renouvellement
constitutionnel.
1. MONIÈRE, Denis, André Laurendeau et le destin d'un peuple,
p.205.
ÉCRITURE ET TÉLÉVISION
Pédagogue, Laurendeau recherchait également le dialogue. C'est ainsi qu'il
vulgarisa les événements d'actualité internationale à la radio et qu'il
anima une série de télévision, " Pays et merveilles ", à
Radio-Canada.
Cette émission se gagna rapidement un auditoire nombreux. Chaque semaine,
Laurendeau y recevait des voyageurs canadiens qui venaient raconter leur
périple à l'étranger à l'aide de diapositives ou de scènes filmées.
L'animateur se faisait discret, laissant toute la place à son invité et se
contentant de faire des remarques qui poussaient plus loin la réflexion(1).
On peut donc observer dans ces activités une volonté réelle de Laurendeau
d'éduquer, d'élargir les cadres culturels des Canadiens français.
Au cours des années 1950, Laurendeau s'adonna également à l'écriture
d'une pièce de théâtre, de trois téléthéâtre et d'un roman. Toute sa vie,
il fut tiraillé entre son intérêt pour les arts et les lettres et son
engagement social et politique.
1. LAVOIE, Elzéar, " Le plus grand journaliste de sa
génération ", André Laurendeau : un intellectuel d'ici,
p.1948.
|