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LA COMMISSION SUR LE BILINGUISME ET LE BICULTURALISME
Comme le soutient l'Acte de l'Amérique du Nord Britannique, les institutions
fédérales sont consacrées bilingues. Or, de façon sporadique depuis le
début du XX e siècle, des nationalistes canadiens-français dénoncèrent ce
bilinguisme " de façade et de traduction "(1).
Les francophones avaient de la difficulté à se hisser à de hauts niveaux dans
la fonction publique fédérale et y étaient sous-représentés.
L'arrivée au pouvoir de Lester B. Pearson marqua une certaine volonté de
changement. Voulant préserver l'unité nationale, celui-ci s'engagea à
accorder une attention particulière au bilinguisme et met sur pied une
commission chargée d'enquêter sur la situation du bilinguisme et du
biculturalisme au Canada.
André Laurendeau se vit confier la co-présidence de cette commission ,
Davidson Dunton ayant été nommé pour le seconder. Comme il ne pouvait assumer
à la fois son rôle à la commission et au Devoir, Laurendeau donna sa
démission au journal en 1963. Il manifestait une grande confiance à l'amorce
d'un dialogue avec le Canada anglais et s'engagea grandement dans ce qui fut le
projet inachevé de sa vie.
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Source: Robert
Comeau et Lucille Beaudry, dir., André Laurendeau
: un intellectuel d'ici,
Québec, PUQ, 1990, p.267. |
Le mandat reçu par les commissaires laissait une grande marge de manœuvre
à Laurendeau qui n'aurait pu œuvrer dans d'autres sortes de conditions. Pour
les gens de la commission, le bilinguisme sous-tendait que toutes les
institutions fédérales devaient donner une place égale aux deux langues
officielles. Le bilinguisme, soutenaient-ils, signifiait que ces mêmes
institutions devaient refléter la présence de deux cultures principales au
Canada(2).
Laurendeau et Dunton organisèrent des réunions avec tous les premiers
ministres provinciaux afin de connaître leur opinion sur la question. Ensuite
vinrent les rencontres régionales qui permirent, encore plus, d'observer
l'ignorance des Canadiens anglais devant les problèmes auxquels s'attaquait la
commission.
Le rapport préliminaire, déposé en 1965, recommandait que soit haussé le
niveau de bilinguisme à l'intérieur des institutions fédérales.
Deuxièmement, le rapport préconisait la mise sur pied d'unités de travail
bilingues ainsi que la création de districts bilingues. Aussi, il reconnaissait
que la source du conflit résidait dans la situation particulière de la
province de Québec.
Laurendeau s'investit dans cette commission qui pouvait engendrer la
révision de la répartition des pouvoirs au sein de la fédération canadienne.
Mais, la démission de Pearson et son remplacement par Pierre Elliott Trudeau
firent, globalement, échouer le projet de la commission. Souhaitant nier le
nationalisme québécois, Trudeau rejeta le biculturalisme et fit plutôt
adopter le principe du multiculturalisme (1971). Trois ans après la mort
d'André Laurendeau, Trudeau réussit à s'imposer et à mettre de côté le
projet inachevé de ce nationaliste canadien-français sous-estimé par la
production historiographique.
1 LINTEAU, Paul-André et Al., Histoire du Québec
contemporain, p.600.
2 Rapport préliminaire de la Commission royale d'enquête sur
le bilinguisme et le biculturalisme, préambule.
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