Le MTS vise à étudier l'impact de la novation scientifique et technologique sur les récits de fiction, à travers la représentation de machines. Par "machines", dans ce contexte précis, il faut entendre trois choses:
1) les objets produits par la technoscience qui tentent de suppléer aux carences de l'individu en matière de vitesse (les transports);
2) les objets produits par la technoscience qui tentent de suppléer aux carences de l'individu en matière d'information (les télécommunications, les médias);
3) les objets produits par la technoscience qui tentent de suppléer aux carences de l'individu en matière de cognition (ordinateurs, automates).
Autrement dit, il s'agit d'étudier le rôle dévolu à des machines qui sont devenues des extensions naturelles de l'être humain dans la société occidentale et qui lui permettent d'accélérer son savoir sur le monde qui l'entoure. Celles-ci se présentent tout à la fois comme fantasme (d'une société idéale ou cauchemardesque), mobile (la société se transforme, déforme et reforme autour de la machine) et savoir (elle imprime au monde sa marque en nous obligeant à repenser autrement les contours de notre réalité). L'objectif de ce projet est double: d'une part, analyser des textes littéraires où la machine joue un rôle central en étudiant leurs stratégies narratives, sémiotiques, épistémologiques; d'autre part, tenir compte du contexte socioculturel et discursif dans lequel émerge le texte et dont on ne peut le dissocier.
Le premier séminaire du MTS portait sur le troisième type de machines décrit dans la présentation générale et s’intitulait "Archéologie des machines cognitives" et, dans une perspective historique, essayait de voir comment les machines dites cognitives ou "pensantes" ont été intégrées à la fiction au fil du temps
Le deuxième séminaire du MTS s'intéressait aux effets (fantasmatique, symbolique, discursif) de l'électricité dans les textes – poésie, théâtre, roman en priorité, mais sans négliger la philosophie, l'essai, la vugarisation scientifique, et même le discours journalistique. Il s'agissait de voir, essentiellement dans des textes du XIXe siècle comment l'électricité a permis, par exemple (et sans que ceci ne soit exclusif):
a) la propagation de l'idée d'énergie et comment celle-ci a acquis une valeur polysémique qu'elle n'avait pas jusqu'alors;
b) le développement de différents objets technologiques et notamment ceux qui sont liés aux communications (télégraphe, téléphone, mais aussi gramophone, etc.);
c) un repositionnement de la science autour du nouveau phénomène;
d) une redéfinition du Sujet par rapport à un monde en profonde mutation grâce une accélération de la vitesse, prodigieuse, que permettra la nouvelle invention;
e) le développement d'utopies et de contre-utopies "électriques".
Le groupe de recherche s'intéresse, dans ce troisième séminaire, à la place de l'image dans la littérature contemporaine. L'espace occupé sémiotiquement par les machines à projeter des images est pris en considération, mais l'essentiel du travail porte sur le processus de production et de représentation de celles-ci dans la narration. Images télévisuelle, cinématographique, informatique : comment sont-elles investies par l'écrivain aujourd'hui? Comment peuvent-elle être traduites en mots et conserver leur sens? Dans quelle mesure la description d'images construites par la technologie, apparaissant dans le texte comme des médiations de médiations, reposent-elles aujourd'hui différemment la problématique du réalisme ou de l'effet de réel? De quelle manière la question de l'hybridation générique, si présente dans la réflexion théorique contemporaine, se pose-t-elle lorsqu'il s'agit de l'intégration du non-discursif? Comment le roman s'intéresse-t-il au concept d'information souvent associé à ces images? Voilà quelques-unes des pistes de recherche qui pourront être suivies tout au long de l'année.
Dans le cadre des recherches effectuées dans ce séminaire,
le travail demandé aux étudiants se fait selon trois perspectives,
nécessairement complémentaires:
a) Un inventaire des ouvrages de fiction, parus au cours des quatre dernières décennies, qui s'inscriraient à l'intérieur de cette problématique. Rien n'interdira de remonter plus loin dans le temps, si par exemple on découvre des ouvrages qui intègrent l'image cinématographique de manière pertinente.
b) Une analyse de romans, en tenant compte de la diversité des modes d'inscription de l'image et en valorisant ceux dont la complexité risque de permettre de plus larges discussions. La priorité sera donnée aux corpus québécois et américain, sans que ce ne soit pour autant exclusif. Il sera aussi évidemment plus stimulant de s'arrêter sur des textes qui n'ont pas déjà été largement commentés.
c) Une réflexion théorique qui pourra s'inspirer prioritairement de la sociologie, de la philosophie, de la sémiotique ou de la communication. Il va de soi que ces différents champs ne sont pas hermétiquement cloisonnés et ne doivent pas s'exclure les uns les autres.