L'organisation du discours

1. Le message explicite d'un texte à visée objective

Texte à visée objective: Texte où le discours se caractérise 1) par le fait que la prise de parole est principalement motivée par l'intention de dire ce qu'il en est des objets du discours, 2) par l'utilisation prédominante de l'assertion, et 3) par la présupposition générale à l'effet que ce dont on parle est réel plutôt qu'imaginaire.
Message explicite d'un texte: Le message explicite d'un texte se définit comme ce que le texte dit ouvertement:
  1. ce que le texte dit est à distinguer de ce qu'il implique, présuppose, laisse penser, suggère, etc.
  2. ce que le texte dit inclut l'organisation de ce qui est dit car l'organisation est un aspect de la forme (de ce qui est dit) et la forme est aussi explicite que le contenu.

2. L'idée d'organisation

On organise un ensemble en lui donnant une structure. Vous ne retrouvez plus vos titres préférés dans votre collection de disques numériques et décidez de l'organiser un peu : vous classez les titres selon le nom de leur interprète et ce dans l'ordre alphabétique : Brassens, Brel, Ferré, Leclerc, etc. Or, comme son nom l'indique, un ordre alphabétique est un ordre et un ordre est une structure (simple). Vous auriez pu aussi choisir d'organiser votre collection selon une structure un peu plus complexe : par catégorie musicales et selon le nom, en ordre alphabétique, des interprètes :

Chanson française Jazz Classique
Brassens, Georges Davis, Miles Bach, Jean-Sébastien
Brel, Jacques Fitzgerald, Ella Bethoven, Ludvig von
Ferré, Léo Holiday, Billie Mozart, Amadeus
Etc. Etc. Etc.

Un auteur organise ainsi un discours en lui imprimant (de manière superposée, pour ainsi dire) une structure fonctionnelle, une structure thématique et une structure propositionnelle.

    Un texte est bien construit/organisé dans la mesure où sa structure fonctionnelle, sa structure thématique de même que sa structure logique conviennent aux buts que s'était fixés l'auteur lorsqu'elle a écrit le texte.

3. Segments et triangle organisationnel

Une table des matières présente la segmentation du texte sous une forme tabulaire, prenant la forme d'une table. Il est possible de transformer cette représentation de la segmentation en une représentation arborescente, prenant maintenant la forme d'un arbre (ou arborescence). La représentation arborescente met en évidence une structure qui, à l'instar de l'arbre vivant, possède des ramifications, c'est-à-dire des fragments (de structure) qui ont la forme triangulaire indiquée à la Figure 1-1.

Un arbre est un agencement de telles formes. Celles-ci montrent une segmentation et une dénivellation et ont en commun ce que nous appellerons triangle organisationnel de base.

4. L'analyse formelle du discours

Pour analyser systématiquement la structure du message explicite du discours, il faudra

  1. assigner une interprétation distincte aux éléments représentationnels (unités de code, relation d'emboîtement, relation de concaténation) pour chacun des trois plans d'analyse, c'est-à-dire assigner à ces éléments la fonction de représenter des éléments particulier du discours pour chacun des trois plans d'analyse,
  2. chercher tous les endroits où l'élément représenté par la relation se retrouve dans le texte et ce, pour chacun des trois plans d'analyse, et
  3. représenter adéquatement cet élément dans une représentation en forme tabulaire ou arborescente.

Nous cherchons ici à nous doter d'une méthode d'analyse du message explicite du texte, lequel contient, nous avons dit, trois types de structures, superposées, pour ainsi dire, l'une sur l'autre : thématique, fonctionnel, propositionnelle. Pour représenter chacune de ces structures, nous assignerons un sens particulier à la relation d'emboîtement pour chacun des trois plans d'analyse du discours :

  • pour l'analyse thématique, la relation d'emboîtement signifiera : division d'un thème
  • pour l'analyse fonctionnelle, la relation d'emboîtement signifiera : mode de réalisation d'une action (procédé discursif)
  • l'analyse propositionnelle, la relation d'emboîtement signifiera : mode de justification d'une proposition (Nous verrons lorsque nous discuterons des relations entre propositions que la relation d'emboîtement peut être interprétée de différentes manières dont les principales sont "mode de justification de P", "explication de P", "processus de découverte de P".)

Une fois un sens assigné à la relation d'emboîtement, les unités de code et la relation de concaténation prendront automatiquement un sens déterminé. Nous avons regroupé ci-dessous les trois interprétations qui seront assignés aux différents éléments représentationnels tout au long de cet ouvrage. Notre objectif à partir de maintenant sera de comprendre la nature des éléments du message explicite qu'ils représentent, d'apprendre à reconnaître ceux-ci dans un texte et finalement d'apprendre à les consigner d'une manière qui sera utile à tout travail ultérieur sur le texte, soit dans des représentations arborescentes et tabulaires.

Plan thématique

Élément de représentation Élément représenté
Unité de code Thème
Concaténation Opposition conceptuelle
Emboîtement Division thématique

Plan fonctionnel

Élément de représentation Élément représenté
Unité de code Procédé discursif (action)
Concaténation Succession temporelle d'actions
Emboîtement Mode de réalisation d'une action

Plan propositionnel

Élément de représentation Élément représenté
Unité de code Proposition
Concaténation Succession des propositions
Emboîtement Justification, explication, etc. d'une proposition

Ainsi pour chacun des trois plans d'analyse du discours, l'unité structurelle résultant de l'établissement d'une relation d'emboîtement entre des éléments (un triangle) pendra un sens particulier dans chaque plan d'analyse :

1. Au plan thématique, le triangle, un triangle conceptuel, montre la division du thème qui est à son sommet et la concaténation des sous-thèmes ainsi crées :

2. Au plan fonctionnel, le triangle, un triangle fonctionnel, montre le mode de réalisation de l'action qui est à son sommet :

3. Au plan propositionnel, le triangle, un triangle propositionnel, montre le mode de justification (explication, etc.) de la proposition qui est à son sommet :

Bref, nous restituons systématiquement au discours sa dimension de profondeur

  1. en identifiant trois types de relation sémantique entre éléments du discours (division d'un thème, mode de réalisation d'un procédé discursif, et mode de justification (etc.) d'une proposition).
  2. en séparant l'analyse du message explicite en trois plans d'analyse (thématique, fonctionnel, propositionnel).
  3. en interprétant systématiquement la relation d'emboîtement selon un sens particulier pour chacun des plans d'analyse.

5. Un système servant à référer aux segments de texte

Puisque nous aurons à référer aux intervalles de texte de manière beaucoup plus précise que ne le permet l'expression " de la page 10 à la page 12 ", laquelle utilise une seule coordonnée (le numéro de la page), nous utiliserons une représentation à trois coordonnées : un numéro de page, un numéro de paragraphe, un numéro de ligne :

  • De la page a, paragraphe b, ligne c à la page x, paragraphe y, ligne z;

Pour simplifier l'écriture du système DE-À, nous utiliserons un code. Ainsi, au lieu de d'écrire : " de la page a, paragraphe b, ligne c à la page x, paragraphe y, ligne z", nous écrirons simplement :

  • [a . b . c - x . y . z]

où a, b et c représentent respectivement la page, le paragraphe et la ligne de la borne inférieure (le début) de l'intervalle et x, y et z représentent respectivement la page, le paragraphe et la ligne de la borne supérieure (la fin) de l'intervalle. D'une manière générale, il sera utile de simplifier le code le plus possible.

6. Présentation de structures discursives sous forme tabulaire ou arborescente

Nous convenons d'un schème représentationnel qui nous permettra de représenter aisément l'information à propos

  1. des segments,
  2. de la structure de concaténation,
  3. de la structure d'emboîtement,
  4. des niveaux d'articulation,
  5. de la linéarité du texte, et finalement
  6. de la profondeur du texte.

Notre unité discursive est le segment de texte (au moment opportun, nous qualifierons ces segments de fonctionnels, thématiques ou propositionnels). Nous avons convenu de représenter ces intervalles, ou unités discursives, à l'aide d'un code inspiré du système DE-À à trois coordonnées : [a.b.c-x.y.z].

Divers éléments de la représentation arborescente représentent les éléments de la structure du discours que nous cherchons à décrire systématiquement. C'est parce que la représentation arborescente représente systématiquement ces éléments que nous pouvons l'utiliser pour décrire la structure du discours. On peut résumer ces relations de représentation dans le tableau suivant :

Élément de la représentation arborescente (signifiant) Élément représenté du discours (signifié)
Unités de code à trois coordonnées Segments
Étages du diagramme Niveaux d'articulation
Succession d'unités à chaque étage Concaténation
Convergence des unités d'un étage vers celles d'un étage supérieur Emboîtement
Dimension horizontale de la représentation Linéarité
Dimension verticale de la représentation Profondeur

:: Astuce!

Les facteurs de réussite

Souvenez-vous que le plus important est l'amour de ce que vous faites.

Vaillancourt, L.; P. Snyder et A. Baril (2001). La méthodologie apprivoisée. Sherbrooke: GGC éditions, p. 37.

:: Définition

Proposition V-dépendante

Proposition dont la valeur de vérité est présentée dans un discours donné comme dépendant de celle d’autres propositions (nommées « V-déterminantes »). Une proposition peut être V-dépendante par rapport à un certain ensemble de propositions et V-déterminante par rapport à d’autres (tout comme un chien, par exemple, est « grand » par rapport à une fourmi mais « petit » par rapport à un éléphant).

:: Métho-cognition

Comment savoir qu’on a appris quelque chose ?

Les connaissances ou souvenirs stockés en mémoire à long terme (MLT) peuvent durer toute une vie. Les connaissances ou souvenirs stockés en mémoire à court terme ne durent qu’au plus quelques secondes si un effort n’est pas fait pour se les rappeler (par exemple par répétition). Selon Atkinson il y a trois états possibles d’une connaissance : un état de non-acquisition; un état d’acquisition instable (stockage en MCT); un état d’acquisition stabilisé (stockage en MLT). Une expérience menée par cet auteur a montré que l’utilisation d’un programme qui choisit selon certains facteurs les items à réétudier optimisait l’efficacité des études. Il peut être difficile différencier une connaissance acquise de façon stable d’une connaissance acquise de façon instable. Peut-être que laisser passer un petit moment entre chaque période d’études permettrait de faciliter cette évaluation (en « vidant » la MCT) mais nous ne savons pas si cette hypothèse a été testée…

Reed, S.K. (1999). Cognition. Théories et applications. DeBoeck Université, Paris, Bruxelles.