
[Samedi 12 septembre 15h.
Suite du procès verbal de Poiret.]Avons aussy reconnu sains et entiers, levé et osté, les scellez aussy apposez sur lentrée de serrure dun petit cabinet fait avec des ais de sapin, estant en ladite chambre, a costé du lit et sur les quatre bouts de deux bandes de papier mises sur la porte dudit cabinet, de laquelle ouverture faitte avec la clef qui estoit en nostre possession et lors de l'apposition de nosdits scellez représentez par ledit Fin, domestique dudit deffunt, a esté continué linventaire des livres et autres meubles estans dans ledit cabinet, ce fait, en avons tiré une petite cassette, couverte de cuir noir, [« Richelet (1680) indique que la cassette est un "petit cofre couvert de cuir, ou d'étofe" et Furetière (1690) que c'est un "petit coffre portatif où l'on enferme ce qu'on a de plus précieux" (Arminjon 1984, p. 482). »] ensemble un sac de papiers, à linventaire desquels a esté procédé dans la chambre ou entresolle, estant a costé dudit cabinet dans lequel sest aussy trouvé quatorze pistolles d'Espagnes et deux escus dargent lesquels ensemble les papiers inventoriez et non inventoriez ont esté remis dans une petite cassette couverte de cuir noir trouvée dans led. cabinet, la porte duquel ayant refermé avec la flef demeurée en nos mains, avons sur lentrée de serrure dicelle et sur les deux bouts d'une bande de papier, mise sur ladite porte, réaposez nos scellez et cachets, lesquels scellez réaposez ensemble les meubles, vaisselle dargent et autres choses inventoriez en la présente vacation et en celle du jour d'huier, sont demeurez du consentement de ladite dame et dudit sieur de turmenyes audit nom à la garde et en la possession dudit fin qui s'en est volontairement chargé et promis les représenter toutes fois et quantes, comme dépositaire, sans préjudicier aux droits et quallités des parties ny aux protestations par elles respectivement faittes et après quil a esté vacqué j'usques à sept heures de relevée, lassignation du mesme consentement des parties, a esté continué à mardy prochain, trois heures de relevée, à laquelle elles ont aussi consenty estre procédé, tant en absence que présence et ont signé
M. Bonnot - De Turmenyes - Louis Fin - Perrier - Poiret - Villeneufve.
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Le mot cabinet réfère à plusieurs meubles luxueux plus ou moins grands pour le rangement de divers objets précieux et composés de nombreux tiroirs et/ou de portes (Reyniès 1987, tome 1, p. 650-655). Le procès verbal décrit ci-dessus le cabinet de Maisonneuve comme étant petit, fait de planches de sapin, avec une serrure et une seule porte. Il pourrait donc s'agir d'un cabinet à poser dont les tiroirs sont cachés par un abattant servant souvent d'écritoire. Un meuble tout à fait approprié pour un militaire de carrière qui voyage beaucoup. Toutefois le cabinet décrit au procès verbal devait être assez grand pour y ranger des livres et « autres meubles » dont une cassette contenant les papiers. L'inventaire ci-dessous ne décrit pas de cabinet, mais une construction sommaire qui pourrait l'être : « unze planches avec une porte composée de deux aix [planches] fermantes a clef servantes de cloison ». |
L'inventaire se poursuit le 12 septembre. Cette fois on ne précise pas dans laquelle des pièces l'on se trouve, mais le procès verbal de Poiret situe sans aucun doute ces objets dans la salle du haut, soit la chambre-cuisine. L'argenterie est très frugalement constituée de seulement trois couverts « façon de Paris », mais qui compte tout de même parmi les trois biens les plus précieux de l'inventaire avec le lit garni et les livres. On retrouve le luth parmi l'inventaire du « Linge » : « ltem un luth dans sa boeste garny de ses cordes prisé dix livres ».
[Reprise de l'inventaire le 12 septembre 14h]
Du douzieme dud mois de septembre deux heures de Rellevée
Item trois cuilluiers et trois fourchettes a trois fourchons le tout d'argent façon de Paris pesant ensemble un marc et trois onces prisés a raison de vingt sept livres le marc revenant aud prix a la somme de trente-sept livres deux sols six d cy... xxxvii # ii s bi d
Linge [Voir le portrait vestimentaire tracé par Robert Le Blant à partir de cet inventaire.]
Item sept draps de toille de chanvre de deux lits [?] chacun dont aucuns sont élimés prisés ensemble dix sept livres dix sols cy... 17:10 s
Item huict nappes huict serviettes de différentes toilles et grandeurs tells quelles prisés ensemble six livres cy... bi #
Item quatre paires de chosons une douzaine de Cravattes trois coeffes de nuict cinq paires de Chosettes neuf mouchoirs six torchons et un petit pacquet de menu linge prisés ensemble quatre livres cy... iiii #
Item neuf chemises dont il y en a cinq de neuves cinq callesons dont trois neufs et deux vieils prisés ensemble quinze livres cy... xb #
Item un morceau de toille neuve contenant environ quatre aulnes et demy prisé la somme de cinq livres dix sols cy... b # x s
ltem un luth dans sa boeste garny de ses cordes prisé dix livres cy... x #
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Maisonneuve a bien pris soin de son luth en le préservant dans un étui approprié. Ce luth était donc en état de jouer puisqu'il était garni de ses cordes et que sa valeur est élevée. Étant donné que le luth est décrit en même temps que le linge, on peut en déduire qu'il se trouvait tout près du coffre de bahut où on rangeait les vêtements. Donc dans la chambre à coucher de Maisonneuve. Serait-ce là qu'il en jouait ? Kenneth Sparr, qui possède une documentation exceptionnelle sur l'histoire du luth, nous a fait connaître l'existence d'un des rares luths français conservés du XVIIe siècle : celui du luthier Jean Desmoulins, fabriqué à Paris en 1644.
Selon Kenneth Sparr, il serait cependant beaucoup plus difficile de trouver une « boîte » ou un « étui », qui « sont aujourd'hui beaucoup plus rares encore que les luths, mais qu'on peut se représenter grâce à ce magnifique tableau de Crespi (collaboration de Kenneth Sparr, 23 juillet et 18 août 2000) ». Quant au siège pliant figurant à l'item suivant, il aurait très bien pu servir tant pour les repas que pour la pratique du luth. Le mot siège pliant peut aussi bien désigner un tabouret qu'une chaise. « Selon Havard le terme de siège "ployant" semble apparaître au début du XVIIe siècle (Havard I, 654). [...] C'est, semble-t-il, à cette époque, une chaise pour les repas (Reyniès 1987, tome 1, p. 46-47, 58-59 et 74). » |
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Item trois planches servantes de tablettes et unze planches avec une porte composée de deux aix [planches] fermantes a clef servantes de cloison Un siege playant garny de tapisserie de Bergame le tout prisé ensemble six livres cy... bi #
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Les trois tablettes devaient former une étagère. « Furetière (1690) définit deux types de "tablettes", la tablette à plusieurs planches servant à mettre "des livres, des curiositez, ou autres choses qu'on veut garder ou arranger", par opposition à la tablette à deux planches réunies par des colonnes servant à mettre des "petits vases et bijoux". Hache fils, entre autres, annonce des "tablettes pour mettre les livres" (Salverte, 5e éd., p. 151). On trouve de nombreuses étagères murales dans l'iconographie du Moyen Âge et au XVIIe siècle. Les rayons sont préservés par un rideau (Reyniès 1987, tome 1, p. 600). »
Les onze planches et la porte faite de deux planches fermant à clef devaient former une armoire rudimentaire servant de cloison pour diviser la pièce. Nous proposons d'y voir le « cabinet » décrit au procès-verbal localisé à côté du lit, soit très certainement celui de Maisonneuve puisqu'on y trouve ses livres et papiers. Ce cabinet rudimentaire, fait seulement de planches de sapin, est estimé beaucoup moins cher que le luth ! D'autant plus qu'il est mis en lot avec une étagère et un siège pliant ! S'il servait de cloison, c'est qu'il était assez volumineux, ce qui est difficile à réconcilier avec le procès verbal qui le décrit « petit ». Peut-être voulait-on signifier « bas » ce qui aurait pu ressembler à la partie basse d'un buffet ou d'un cabinet à deux corps, ou bien « étroit » sous forme d'une demie-armoire à un seul vantail ou battant du type des bonnetières. Si cette structure comprenait onze planches, c'est qu'elle était suffisamment grande et haute, donc plutôt une armoire ! Cette armoire-cabinet aurait pu servir à séparer les deux lits, de Maisonneuve et de Fin, en deux espaces discincts dans cette même pièce. Et elle aurait été suffisamment grande pour loger les livres et autres meubles décrits au procès verbal. Nous proposons de
visualiser le « cabinet » de
Maisonneuve sous une forme ressemblant à
celle du meuble ci-contre, abusivement
appelé
« bonnetière », qui est
en fait d'une demie-armoire multifonctionnelle
utilisée au XVIIIe siècle à
Montréal par la fondatrice des surs
grises Marguerite d'Youville. Elle servait à
la fois de garde-robe et de lavabo avec un
bassin. La porte est unique et
ferme à serrure. La largeur du meuble de
Maisonneuve serait donnée par la
connaissance des dimensions habituelles des ais ou
planches de sapin à cette époque. Il
pourrait bien avoir été plus large
que celui-ci. Le cabinet de Maisonneuve,
composé de simples planches de sapin,
semblerait avoir été encore plus
rustique que celui-ci. Ce type d'armoire-cabinet
pourrait très bien contenir onze planches
pour y ranger les livres et autres meubles
décrits au procès
verbal tout
en servant de « cloison » tel
que décrit à l'inventaire. |
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