Gérard Morisset (1898-1970)

1922.12.02 : Église - Cap-Santé

 Textes traités le 3 mars 2003, par Kawthar GRAR, dans le cadre du cours HAR1830 Les arts en Nouvelle-France, au Québec et dans les Canadas avant 1867. Aucune vérification linguistique n'a été faite pour contrôler l'exactitude des transcriptions effectuées par l'équipe d'étudiants.

 

Église - Cap-Santé 1922.12.02

Bibliographie de Jacques Robert, n° 042

L'Action Catholique, 2 décembre 1922, p. 1 et 11.

Le Cap-Santé

Nos paroisses canadiennes-françaises doivent ordinairement leur nom soit à la seigneurie d'où elles proviennent, soit à quelque préférence de leur fondateur, soit enfin à des circonstances que nous ne connaissons pas toujours. On devine aisément l'origine de l'appellation de la paroisse qui nous occupe.

Le Cap-Santé est perché entre deux côtes, sur un promontoir sablonneux d'au delà de cent pieds de hauteur, exposé au vent d'ouest, mais protégé par de beaux et grands arbres qui sont encore son plus bel ornement. Le "fort" - mot encore usité avec cette signification - est dominé par l'église, l'une des plus anciennes du diocèse, construite pendant la conquête et qui fait encore aujourd'hui l'orgeuil des paroissiens. Le "chemin du roi" est [?] de jolies maisons quoi que fort vieilles pour la plupart ombragé par de beaux arbres - où domine notre érable gris - le voyageur qui traverse ce charmant village irait découvrir ce coin du "paradis terrestre", comme le disait naguère Monseigneur Gosselin dans l'avant propos de l'Histoire du Cap-Santé. En effet, on peut difficilement imaginer un plus beau paysage, une vue plus sereine, un tableau aussi coquet. A nos pieds, le fleuve, majestueux et doux, où le ciel se réflète dans les mille et une couleurs du couchant, devant nous, la rive sud qui se perd souvent dans l'humidité de l'air: à notre droite, l'anse de Portneuf, avec ses côtaux [sic] abrupts et nus; et s'il vous arrive de descendre sur la grêve, à l'heure où le solei décline et lorsque la marée est basse, vous pouvez jouir d'un spectacle unique: une mer de feu, traversée à l'horizon par une barre violette - la côte de Portneuf - et le firmament qui s'illumine au voisinage d'une nappe d'eau aussi considérable. Le lecteur peut se convaincre par lui-même à la vue des photos reproduites en première page; mais nous l'invitons à venir constater "de visu" que ce portrait n'est pas flatté.

L'Histoire du Cap-Santé commence vers 1679, époque ou plusieurs colons vinrent s'établir en cet endroit. Cependant la première concession de terrain faite par le sieur Robineau, seigneur de Porneuf [sic], date de 1681. Déjà a cette date, la petite colonie échelonnée sur la côte Jacques-Cartier était desservie par des missionnaires ambulants qui avaient fort à faire. Parmi les actes civils de ces missionnaires, actes dressées [sic] sur des feuilles volantes et qui ont été réunies en volume beaucoup plus tard, citons celui du baptème de "Louis Chaillier, de l'an seize cent nonante deux, le 28 juin, lequel Louis Challier, eut l'honneur d'avoir pour parrain le haut et puissant Seigneur Louis de Buade, Compte de Frontenac, Gouverneur et Lieutenant-Général de la Nouvelle-France". Mais vint un temps où il fallut recourir aux services d'un curé résidant, et ce n'est qu'en 1708 que monsieur l'abbé Rageot Morin s'installa chez un cultivateur du village. Son premier soin fut de construire une église, car les habitants devaient aller jusqu'à Portneuf pour assister aux offices religieux. Il la construisit là où devait être élevé, en 1755, le chœur de l'église actuelle. On voyait encore, il y quelques années, le solage de cette construction dont il ne reste plus aucun vestige.

Le Cap-Santé à cette époque, était immense. Il comprenait, outre la paroisse telle qu'elle est actuellement, Portneuf, Saint-Basile et Pont-Rouge, et l'on peut s'imaginer les peines et les fatigues que se donnaient les paroissiens pour venir à la messe quand on sait que certains d'entre eux devaient parcourir plus de quatre lieues. Et remarquons que, dans ce temps-là, la plupart de nos cultivateurs ne possédaient pas de véhicules et que les femmes devaient venir aux offices "pedibus cun jambis".

En 1755, Monsieur l'abbé Filion, alors curé, réalisa que la construction d'une nouvelle église s'imposait. La chose n'était pas facile, mais il n'est rien à l'épreuve d'un curé "constructeur". Donc les travaux commencèrent et l'Histoire du Cap-Santé nous fournit à ce sujet des détails intéressants. La maçonnerie fut confiée, à "Maître Renaud, moyennant la somme de douze livres, la livre de vingt sols, la toise courante, devant toiser le vide comme le plein, les enduits et les crépits compris".

En même temps, les forces militaires de la colonie projetaient, à Jacques-Cartier, l'érection d'un fort, destiné surtout aux approvisionnements et il leur fallait des matériaux. Les paroisiens [sic] n'écoutant que leur patriotisme, leur en fournirent, de ceux-là même qui devaient servir à la construction de leur temple. C'est ce qui explique la longueur du temps que l'on mit à élever cet édifice, de proportion plutôt modestes. Huit ans après, en 1763, le Cap-Santé était doté d'une église assez vaste pour l'époque. Le voyageur qui contemple cette masse recouverte en partie de bois et dont le côté sud laisse apercevoir le mur de pierre, surmontée de clochers minuscules - on devrait dire de clochetons, tant ils sont petits - et à la laquelle il est difficile de trouver une architecture quelconque, ne se doute pas que l'intérieur récèle des beautés qui ne sont pas à dédaigner. Que le lecteur examine avec soin la vignette de l'intérieur de l'église; qu'il remarque sur tout [sic] la chaire qui date de 1859, dont la décoration sur bois est très délicate et en fait une œuvre-d'art. Cependant qu'on ne croie pas que l'église actuelle a toujours eu l'apparence de coquetterie qu'elle a depuis quelque temps. Pendant plus d'un siècle, elle n'a guère connu la peinture, et ce n'est qu'en 1860 que Monsieur Lahaye se décida, ou plutôt, décida les marguilliers à habiller l'intérieur d'une parure convenable.

En 1856, quelques marguilliers s'avisèrent de construire des galeries latérales, car, disaient-ils, le nombre des bancs était insuffisant pour la population. Deux ans après, ces gleries [sic], qui n'avaient rien d'élégant, mais qui étaient plutôt une attaque au bon goût, disparurent à la grande joie des paroissiens.

Continuant l'œuvre qu'avait commencée son prédécesseur, Monsieur l'abbé Godbout voulu que les offices s'annonçassent autrement qu'au moyen d'une vulgaire clochette au son clair et disgracieux. C'est pourquoi, en 1859 on commanda à la manufacture Mears trois cloches de 1,600,1,100 et 900 livres. A l'arrivées des susdites cloches, on s'aperçut que les battants "brillaient par leur absence". Il fallut en confier la facture à un forgeron de Portneuf.

Nous ne pouvons faire mention de toutes les améliorations apportées à l'église depuis ces dernières années; nous ne pouvons qu'énumérer les principales, et nous le ferons sommairement au cours de cet article, car nous nous appercevons que la chronologie n'est pas du tout respectée et que nous avons oublié une foule d'évènements intéressants. Reprenons donc l'histoire où nous l'avoins [sic] laissée.

Nous avons dit que vers 1755, les forces militaires avaient commencé l'érection d'un fort à Jacques-Cartier. Ce fort a eu son histoire comme tous les établissements militaires du pays. Il est à remarquer que ce fut la dernière place qui se rendit aux Anglais. En 1760, alors que nos ennemis occupaient toutes nos positions, le Marquis de la Bergati, à la tête de quelques soldats et supporté par les habitants du Cap-Santé faisait une belle lutte contre un détachement d'anglais. Comme toujours, ces derniers avaient pour eux l'avantage du nombre, et les braves canadiens dûrent capituler, non sans avoir obtenu les honneurs de la guerre. [Note 1. Le fort Jacques-Cartier était construit là où s'élève aujourd'hui la maison de Madame Alsopp. D'après les enseignements qui nous ont été fournis, il comprenait deux fortifications. La première, sur le bord de la falaise, est tombée dans le fleuve il y a très longtemps. La seconde s'élevait à l'endroit où passe aujourd'hui le chemin royal (route Québec-Montréal). La propriété de Madame Allsopp apaprtenait [sic] auparavant à la famille Picher. Ses propriétaires après avoir eu plusieurs fois la visite des voleurs, la vendirent aux ancêtres de Madame Allsopp.]

En 1772, Monseigneur l'Evêque de Québec proclama Sainte-Anne la seconde patronne du Cap-Santé. C'est aussi vers ce temps que commença à se former le rang de Saint-Charles qui ne fait plus patrie [sic] de la paroisse. Plus tard, vers 1790, le village de Saint-François, l'un des plus considérables aujourd'hui, surgit, à la suite de l'ouverture d'un chantier sur la rivière Jacques-Cartier. Ce chantier, comme tous les autres qui furent installés au cours du siècle dernier, fut l'occasion de désordres sans nombre que les curés ne cessèrent de combattre.

Une épidémie, analogue à celle qui s'est abattue sur le monde en 1918, fit son apparition en 1813 et en une seule année terrassa plus de 70 habitants de la paroisse. Elle se fit sentir encore l'année suivante, mais avec moins de vigueur, et ses victimes furent moins nombreuses.

Parmi les anecdotes du temps, il en est une dont l'étrangeté mérite d'être signalée. Un mari abandonné par sa femme conçut le projet de la faire revenir. Plusieurs moyens s'offraient à lui mais il en choisit un qui lui coûta la vie. Il se déchargea son fusil dans le genou, afin que, disait-il, sa femme revint avoir soin de lui-même et de ses enfants. Le pauvre imbécile de mari en mourut, en regrettant sa folie et son erreur.

M. l'abbé Gatien, alors curé espérait voir remplacer le tableau de la Sainte-Famille qui ornait le maître-autel. Les marguilliers ne voulurent pas se séparer de cette toile qui avait pour eux le charme de la couleur crue et criarde. Lorsqu'ils comprirent leur erreur, il n'était plus temps, et Antoine Plamondon, qui leur avait fait des offres au sujet de ces tableaux, les retira. Au reste, quelques années plus tard, le même Antoine Plamondon se mit à l'œuvre et, bien que très âgé, il enfanta les cinq grandes toiles que nous avons encore aujourd'hui et qui font la joie des uns comme elles font le désespoir des autres.

Le lecteur se demande peut-être d'où nous vient la conanissance [sic] de ces épisodes de notre histoire. Tout simplement de l'ouvrage de l'abbé Gatien, qui fut curé jusqu'en 1844, date de sa mort, et qui eut à cœur de faire revivre quelques faits de notre histoire paroissiale. Ces faits peuvent être indifférents aux étrangers, mais ne laissent pas d'é- [sic] siens [sic] du Cap-Santé. Monsieur Gatien commença ses mémoires, en 1830, et après avoir relaté les prin- [sic] tre [sic] intéressants pour les parois- [sic] cipaux [sic] évènements accomplis depuis la date, il compléta ses travaux par un aperçu "physique et moral" de la paroisse, rempli d'observations justes et sagaces. Il fut l'un des membres les plus éminents du clergé de son temps. Intelligent et érudit, d'une urbanité parfaite et d'une exquise courtoisie, il a laissé la réputation d'un gentilhomme et d'un savant, et ses mémoires en font foi.

Son successeur fut Monsieur Lefrançois, (1844-1848) dont la carrière au Cap-Santé fut traversée de troubles assez graves au sujet de la construction d'un nouveau presbytère. Monsieur Lefrançois constata dès son arrivée que la vieille maison qui lui servait de résidence menaçait ruine et qu'il était inutile d'y faire des réparations. Les marguilliers ne partagèrent pas son opinion et refusèrent de construire. Il fallut l'intervention de l'Evêque pour les décider. Monsieur Lefrançois était chargé par les marguilliers de garder les argents de la fabrique chez lui. Or, il avait conscience qu'il pouvait être visité par les voleurs de grand chemin qui rôdaient depuis plusieurs années et voulut déposer cette somme dans une banque. Les marguilliers furent de son avis - une fois n'est pas coutume - mais presqu'aussitôt, saisis de panique, ils coururent à la banque retirer l'argent de la fabrique, par crainte de se le voir volé par les employés de la banque et enlevant ainsi à la fabrique un intérêt de plus de cent piastres. Cette crainte, légitime dans le temps à cause de la nouveauté du procédé, nous fait sourire aujourd'hui.

Sous le règne de M. Morin, commencèrent les démembrements de la paroisse. Saint-Basile fut fondé en 1853 malgré les protestations d'un grand nombre de paroissiens parmi lesquels étaient précisément ceux qui retiraient le plus d'avantages de ce changement. Le décret d'érection canonique fut publié et les mécontents ne cessèrent pas de protester. Il fallut mandement sur mandement pour empêcher les habitants transportés à Saint-Basile de revenir au Cap-Santé. Cet entêtement continua même sous le règne de Monsieur Lahaye, et on cite le cas d'une jeune fille, paroissienne de Saint-Basile, morte sans sacrements, par l'obstination de son père à demander les services du curé du Cap-Santé, et dont le corps s'éjourna plus d'une semaine dans la tour sud de l'église, attendant la sépulture.

Ces difficultés ne se répétèrent pas à l'érection canonique de Portneuf et nous n'avons qu'à constater la générosité dont firent preuve les paroissiens à cette occasion. Mais vint un nouveau démembrement, à la suite de la formation de Sainte-Jeanne de Neuville, et les troubles recommencèrent. Il fallut encore l'intervention de l'Ordinaire.

Le règne de Monsieur Fortin ne fut pas pacifique. Le nouveau curé, de l'aveu même de ses paroissiens, était un saint prêtre, et bien qu'il manquât d'éloquence, dit Monseigneur Gosselin, ses sermons n'étaient pas dénués de solidité. Doué d'un caractère ferme que n'annonçait pas son extérieur débile, il entreprit de reformer quelque peu ses paroissiens. Malheureusment l'occasion fut mal choisie. En 1878, on était en pleine ébulition politique et pour ceux qui savent avec quel acharnement nos pères s'occupaient de la chose publique, il est facile de prévoir qu'il ne fallait qu'un faible incident pour déchainer les fureurs de certains groupes de partisans politiques. Monsieur Fortin, d'après ses accusateurs, avait eu le tort de rappeler à ceux qui étaient chargés de faire les listes électorales - les conseillers -, que leur serment d'office leur faisait un devoir de ne pas enlever le droit de vote aux citoyens qualifiés, et de ne pas le donner à des individus à qui la loi ne l'accordait pas. Les conseilliers [sic] prétendirent que le le [sic] curé faisait de la politique du haut de la chaire et qu'il condamnait leur conduite. L'affaire fut encore soumise à l'Ordinaire, et enfin, après bien des discussions, le curé fut réhabilité et la paix conclue avec les conseillers. En 1878, l'Evêque, à sa visite, abolit la coutume du pain bénit. Cette coutume qui existait depuis le commencement de la colonie et qui avait été l'occasion de nombreux procès et de non moins nombreuses jalousies, disparut brusquement, sans que personne eut songé à réclamer.

Monsieur Fortin rêvait d'entendre dans son église les ronflements d'un orgue. Il avait fait l'acquisition d'un carillon, il ne lui manquait que le "carillon intérieur". Dès 1879, les marguilliers furent saisis de la question. La majorité d'entr'eux déclarèrent qu'il n'y avait rien de plus ahurissant que cet instrument, qu'une pareille dépense était inutile, que les musiciens n'existaient que (1) [sic] pour semer la discorde et rompre l'harmonie et qu'enfin on ne verrait jamais l'installation d'une telle machine dans l'église paroissiale. Cependant, pour une raison que nous ne connaissons pas, les marguilliers opposés à cet achat s'absentèrent quelques minutes de la salle des délibérations. Monsieur Galarneau, alors marguillier en charge, se hâta de prendre le vote et la mesure fut adoptée à l'unanimité. Les autres marguilliers, à leur retour, jurèrent, "mais un peu tard qu'on ne les y prendrait plus." L'orgue dont on apprécie encore les services après plus de quarante ans, fut confectionné pas Monsieur Déry, facteur d'orgues de Québec, et coûta la somme de $1, 880. Monsieur le notaire Georges de Saint-Georges se chargea des fonctions d'organiste et le Cap-Santé a pu être fier d'un musicien de sa valeur. Il a été remplacé en 1890 par Monsieur Gédéon Morisset. Cet orgue, l'un des plus beaux qui sortirent des ateliers Déry, est remarquable par la richesse du son, par la beauté de l'harmonie et l'ensemble, et surtout par ses jeux de bois, aux sons veloutés que les facteurs d'aujourd'hui ne connaissent plus. Ces anciennes orgues, fabriquées avec tant de soin, rappellent quelquefois à s'y méprendre, le son de l'orchestre, même le surpassent par la variété des jeux et le cachet particulier que lui donnent ses mixtures.

Monsieur l'abbé David Gosselin arriva au Cap-Santé en 1887. Son règne vit de notables améliorations à l'église, à l'orgue et aux bancs de la nef, améliorations qui dénotent un goût exquis. Presque toutes les confréries qui ont été fondées dans notre paroisse et qui sont des plus florissantes ont pris naissance grâce au zèle et à la dévotion de Mgr Gosselin. On remarque pour cette époque plusieurs dons faits à l'église par des âmes charitables. Quelques-uns de ces dons sont très considérables et mériteraient d'être signalés d'une manière particulière si nous pensions que la modestie des donateurs et donatrices n'en souffrirait pas.

Monsieur l'abbé Plaisance, son successeur, entreprit de donner à l'église une toilette nouvelle. Mais il faut l'avouer, cette toilette est aujourd'hui passablement défraîchie et elle gagnerait à être restaurée. C'est sous l'administration de Monsieur Plaisance qui [sic] fut construit le Canadien-Nord, qui appartenait alors à une compagnie privée et qui fait maintenant partie du domaine public, au grand désespoir des gens sensés.

En 1908, Monsieur l'abbé Napoléon Pouliot, professeur au Séminaire de Québec, fut nommé curé de la paroisse. Sous sa direction le Cap-Santé prit un nouvel essor vers le progrès. Dès lors la dévotion au Sacré-Cœur grandit et se manifeste en d'heureux résultats spirituels et temporels. Parmi ces derniers, il faut mentionner le Monument du Sacré-Cœur, la Fontaine des Conscrits et le mûr qui ornent si gracieusement la place de l'église. Actuellement la bibliothèque paroissiale, réorganisée en 1910, subit une tranformation complète; le nombre de ses livres sera porté à sept cents et ainsi la jeunesse étudiante et tous ceux qu'intéresse le mouvement intellectuel y trouveront les meilleurs productions littéraires et pourront former leur goût. Cette œuvre comme le disait Monsieur le curé, est essentielle dans une paroisse. Elle est le complément de l'action morale du Pasteur, elle est l'antidote des poisons que déverse sur notre pays la littérature vénale et corruptrice de nos voisins les Américains.

Les paroissiens peuvent se glorifier de leur cimetière, grâce aux soins et au labeur de leur curé actuel. Il est l'un des plus beaux que l'on puisse voir sur la route Québec-Montréal. Il est devenu le lieu habituel des grandes processions et, nous dirons plus, une véritable promenade favorite pour les paroissiens.

Pendant la guerre, un groupe de dames et de jeunes fille eurent l'excellente idée de prêter leur talent à la confection de nos ornements d'église. Toutes de se mettre à l'œuvre et de travailler qui à une nappe d'autel, qui a une autre, qui à un corporal, etc., et ces ouvrages, exécutés avec goût, font grand honneur à celles qui se sont dévouées "gratis pro Deo". En juin 1917, toute la population était réunie aux pieds du monument du Sacré-Cœur, après une retraite prêchée par Monseigneur Hall et Monsieur Langlois. Le Maire (Monsieur Charles Germain, fils de M. Camille Germain qui emplit la même charge pendant plus de vingt ans et en fut en outre préfet du compté aussi longtemps) au nom de tous ses coparoissiens [sic], consacrait la population au Sacré-Cœur. Depuis, tous les ans voient de nouveau cette consécration, au milieu des mêmes réjouissances.

Le lecteur qui a parcouru cette courte monographie de notre paroisse ne doit pas être édifié de tous les faits et gestes de nos pères. Qu'il ne croie pas cependant que notre paroisse a été la terreur de ses curés. Non. Il ne faut pas oublier que quelques faits malencontreux font toujours plus de bruit que des centaines de bonnes actions, mais que celles-ci n'en existent pas moins. Et puis, qu'il se rappelle deux pensées très importantes qui peuvent influencer le jugement qu'il serait porté à prononcer; d'abord cet esprit de chicane dont nos pères ont hérité de leurs ancêtres normands, et dont nous voyons les effets tous les jours. Et l'étranger qui parcourt nos annales judiciaires est surpris, tant du nombre des procès que de leur futilité. Cette constatation nous paraît dure, mais elle est juste. D'ailleurs à ce point de vue, le Cap-Santé n'est pas pire qu'ailleurs, la source de bien des difficultés se trouve dans ce besoin de se mêler aux affaires publiques, le caractère de son voisin parce qu'il ne porte pas les mêmes couleurs de partisannerie politique que soi.

Est-ce à dire que le Cap-Santé peut être classé parmi les paroisses rudes et guerrières? Pas le moins du monde. On y rencontre une grande dévotion sincère: sa population est paisible; l'instruction y est très répandue et très soignée; enfin, nos gens ont un certain air d'aisance et de dignité qu'on ne rencontre pas partout.

Le Cap-Santé, comme toutes les autres paroisses, a donné à l'Eglise quelques prêtres, une dizaine au plus. Toutefois, ses religieuses ont été plus nombreuses. L'une d'elles mérite une mention spéciale. En 1840, partait du Cap-Santé Madame Roy, qui vint à Québec jeter les fondements de la Congrégation des Religieuses du Bon-Pasteur. Ses deux filles se consacrèrent aussi au Seigneur et firent partie de la Congrégation des Sœurs Grises de Québec.

Quelques hommes public nous ont fait honneur dans l'administration de la chose publique. Monsieur Elie Thibaudeau qui fut ministre quarante huit heures et qui fut le premier régistrateur du compté de Portneuf, le Dr. Alfred de Saint-Georges, qui fut en même temps avocat, deputé de Portneuf aux Communes de 187[?] à 1890; monsieur Isidore Thibaudeau, et monsieur Pierre Garneau, etc. Parmi ces derniers, le Dr. de Saint-Georges s'illustre par des campagnes politiques qui avaient le don de plaire à tous les électeurs, quoique ceux-ci ne partageassent pas toujours ses opinions politiques. Son esprit mordant et ses reparties fines et acérées le rendaient dangereux à ses adversaires.

Le Cap-Santé a donné à l'art 2 peintres, dont l'un parvint à la gloire et fut l'un des meilleurs copistes de son temps, et l'autre forme actuellement son avenir. Le premier est Antoine-Sébastien Falardeau. Il naquit dans la concession du Petit-Bois-de-l'Ail, en 1822. Ses parents étaient cultivateurs, mais il ne voulut nullement continuer leur existence rude et laborieuse. A l'âge de 14 ans, il déserta le toit paternel, travailla quelque temps à Québec et s'embarqua pour l'Italie. C'est là qu'il passa toute sa vie, ne revenant qu'une fois dans sa patrie. Il est mort accidentellement en 1890 près de Florence. Il est malheureux que nous n'ayons pas là moindre toile de ce maître qui fut l'orgueil de son pays d'origine. Le second est un jeune homme dont la famille est originaire du Cap-Santé et qui s'est trop inspiré du paysage élégant et coquet de notre village pour ne pas le compter parmi les nôtres. Monsieur Elzébert Garneau fils, est un peintre de grand talent. Nous sommes d'autant plus heureux de dire un mot de cet ami qu'il a popularisé avec succès quelques-uns de nos plus beaux sites.

Que les paroissiens du Cap-Santé soient fiers de leur paroisse; qu'ils soient fiers de leur passé, malgré les taches inévitables dont il est marqué; qu'ils se rappellent les luttes de leurs pères, les bienfaits de notre clergé; ils sont des choyés de la Providence, puisque jamais, ils n'ont eu à enresgistrer dans leurs annales des catastrophes comme celles qu'ont eu à subir certaines municipalités. Enfin qu'ils aiment leur clocher, parce qu'il est joli et charmant et qu'il respire la paix la plus délicieuse.

 

 

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Gérard Morisset (1898-1970)