La « médaille » du baron de Fouencamps et l'iconographie de la Vierge à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-SecoursSimon François de Tours, François de Poilly et Claude François dit le Frère Luc |
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La connaissance de la date de fabrication d'une oeuvre d'art facilite les recherches d'attributions à son auteur. La connaissance des circonstances de la commande et du commanditaire orientent également les recherches dans une direction déterminée.
L'analyse de la plaque de fondation en plomb de 1675 a permis d'identifier le commanditaire de cette « médaille », Pierre Chevrier baron de Fouencamps, et la date de fabrication en mai-juin 1672, soit en même temps que le don de la statuette de Notre-Dame de Montaigu à Marguerite Bourgeoys et une partie du financement de la construction de la chapelle de Ville-Marie dédiée à Notre-Dame de Bon Secours.
Le baron de Fouencamps habite alors à Saulseuses, près d'Évreux, non loin de Paris. Il connaît bien les milieux dévotionnels parisiens. Il a d'ailleurs visité les ateliers des sculpteurs qui y travaillent afin de trouver une Vierge appropriée pour Marguerite Bourgeoys. Il sait très bien où orienter ses pas afin de réaliser son voeu de publier « les bontes » de la Vierge : rue Saint-Jacques, où des dizaines de graveurs besognent à l'imagerie religieuse. C'est là la forme de publication qu'il a choisi : la gravure. Non seulement honore-t-il ainsi son voeu, mais il peut donner à Marguerite Boureoys l'image faite sur mesure qu'il désirait tant lui procurer.
Comment identifier parmi les dizaines de graveurs alors actifs celui choisi par le baron de Fouencamps ? L'analyse iconographique du motif de la Vierge Mère a orienté nos pas vers le voeu d'Anne d'Autriche d'avoir un enfant et les célébrations qui suivirent la naissance du dauphin Louis Dieudonné (Louis XIV) en 1638. Le peintre François Simon contribua alors à la diffusion d'une iconographie de l'enfant Jésus emmaillotté lié au thème de la Vierge Mère.
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Simon François est également à la source de la diffusion de gravures de l'enfant Jésus emmaillotté des oratoriens et de saint Vincent de Paul. Si la « médaille » du baron de Fouencamps utilise ce motif créé par Simon François, ce dernier n'a pas pu être l'auteur du dessin puisqu'il est décédé en 1671, avant que le baron de Fouencamps fasse son voeu en avril 1672. Mais le graveur des premières gravures de Simon François consacrées à l'enfant Jésus emmaillotté, François de Poilly, bien connu dans les milieux dévots fréquentés par le baron de Fouencamps, pourrait bien être l'auteur de cette « médaille ». François de Poilly (1623-1696) d'après Simon François de Tours (1606-1671), Adorate evm omnes Angeli eivs ps. 96, avant 1671, gravure, 20,6 x 15,5 cm, « Simon François inuent. / Cum Pri. Re. / F. Poilly sculp. » (Lothe 1994, p. 168-169, n° 291). |
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François de Poilly naît en 1623 à Abbeville. Son père, orfèvre, lui donne ses premières leçons de dessin. En 1638, François devient l'élève de Pierre Daret à Paris, l'un des plus habiles graveurs de la première moitié du XVIIe siècle installé sur Saint-Jacques, à l'enseigne de La Perle. Sa formation terminée François illustre des livres et travaille pour Pierre I Mariette avant de séjourner à Rome de 1648 à 1655. Revenu à Paris, il prend plusieurs apprentis à son service à partir de 1658, date où il épouse Marguerite, la fille du graveur en taille-douce et marchand d'estampes Herman Weyen dont il rachète en 1669 le fonds de planches, le matériel d'imprimerie et le bail de sa maison rue Saint-Jacques. Il y demeurera jusqu'à sa mort en 1693 à l'enseigne de L'Image Saint-Benoît (Lothe 1994, p. 22 et Grivel 1986, p. 365-366). En mai-juin 1672, date de la fabrication de la « médaille » du baron de Fouencamps, François de Poilly est donc au faîte de sa carrière, qui vient justement de prendre une forte expansion deuis 1669.
Il n'est pas étonnant que le baron de Fouencamps fasse appel à l'un des plus grands graveurs de son époque pour réaliser son voeu de « publier les bontés de la Vierge ». Il a de la fortune, ce voeu est très important pour lui car il a pris la peine de le consigner par écrit, Ville-Marie a toujours occupé une part importante de ses activités de mécénat. Et il s'intéresse aux oeuvres d'art : à son décès, il possédera à sa maison de Suresnes une chapelle d'argenterie et de nombreuses chasubles. Cette maison de campagne sera en outre ornée de gravures des Sept sacrements de « Monsieur de Poussin » (Louis 1991.01.26) qui en peignit la première version vers 1642, et la seconde version à Rome vers 1644-1648.
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Le frère de François, l'orfèvre Charles de Poilly, est bien connu des milieux dévots en France et en Nouvelle-France pour avoir fabriqué en 1664-1665, sept ou huit ans avant cette « médaille » du baron de Fouencamps, la commnade exceptionnelle du très remarquable Buste reliquaire de saint Jean de Brébeuf (Bimbenet 1997 et Derome 1997b). Charles de Poilly (vers 1620-1676), Buste reliquaire de saint Jean de Brébeuf, 19 juillet 1664 - 15 juin 1665, argent, bois, métal, os, H. 53.3 cm, L. 53.3 cm, Québec, Augustines de l'Hôtel-Dieu, A-100. |
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François de Poilly a collaboré avec
Claude François dit le frère Luc, en 1664,
pour la gravure d'une planche (trois états
répertoriés) pour l'ouvrage du père
Vincent Moret, gardien du couvent des Récollets de
Saint-Germain-en-Laye : La prudence
chrétienne contre les finesses du monde, À
Paris, chez Edme Couterot, rue Saint-Jacques, au Bon-Pateur,
M.DC.LXIV.
1664 - François de Poilly
(1623-1693), d'après Claude François dit
frère Luc (1614-1685), La prudence
chrétienne contre les finesses du monde, 1664,
gravure, pour l'ouvrage du même titre du Père
Vincent Moret récollet (À Paris, chez Edme
Couterot, rue Saint-Jacques, au Bon-Pateur, M.DC.LXIV).
PREMIER ÉTAT : sans la devise, Bilb.
Albertina. DEUXIÈME ÉTAT : 7 x 5
pouces, en haut sur une banderolle « Soyez simples
comme la colombe », au centre « La
Simplicite du Chrestien », en bas à gauche
« F. LUC R. INV. », à droite F.
POILLY SCULP. », Paris, Bibliothèque
nationale, Estames, Da. 40. TROISIÈME
ÉTAT : 7 x 5 pouces, sur une tapisserie
« LA PRUDENCE DU CHRESTIEN », en haut
« SOYONS PRUDENTS COMME LE SERPENT »,
sur la contremarche « F. LUC R. INV. / F. POILLY
SCULP. », Paris, Bibliothèque nationale,
Estames, Ed. 49c, réserve (Morisset
1944, p. 100-101, n° 21 ; Lothe
1994, p. 60-61, n° 31).

Le Frère Luc, passe quinze mois en
Nouvelle-France, d'août 1670 à novembre 1671.
Il honore plusieurs commandes de tableaux religieux pour
diverses communautés, congrégations et
paroisses (Morisset
1944, Gagnon
1976). Le Frère Luc est connu pour ses
compositions reliées à l'histoire de la
Nouvelle-France dont la Sainte-Famille à la
Huronne. À la demande de Monseigneur de Laval, il
aurait en outre collaboré avec le graveur Jean
Patigny (actif 1660-1670) à une habile
composition intégrant Catherine de Saint-Augustin
(1644-1668) et le père Jean de
Brébeuf.
Attribué à Claude
François dit frère Luc, Sainte Famille
à la Huronne, vers 1670-1671, huile sur toile,
121,9 x 106,7 cm, Québec, Monastère des
usrulines.
France, Jean Patigny (actif 1660-1670),
détail : Catherine de Saint-Augustin,
réimpression en 1755. Attribué à
Mère Viger de Saint-Martin (1788-1832), montage du
reliquaire. Pour plus
d'informations sur cette oeuvre.
On attribue au Frère Luc
deux oeuvres conservées à
Saint-Anne-de-Beaupré qui utilisent le motif de
l'enfant Jésus emmaillotté si présent
dans la « médaille » du baron de
Fouencamps. Le Frère Luc a en outre peint en 1666 une
Vierge à l'enfant sur le Puys
Notre-Dame dont
la posture se rappoche de celle de cette
« médaille » par le port de
l'enfant sur la main droite. Les références
à la Vierge
de l'Apocalypse et
aux litanies de Lorettes de la
« médaille » se retrouvent
également sur l'Assomption conservée à
l'ancienne chapelle des Récollets aujourd'hui au
monastère des Augustines de l'Hôpital
général de Québec.


En 1672 le Frère Luc réside au
couvent des Récollets de Sézanne
où il peint le retable
de la chapelle, un de ses plus beaux
selon Gérard Morisset. Il aurait donc
été facile au baron de Fouencamps de
rendre visite au Frère Luc à
Sézanne situé près de
Paris. C'est à cette époque que le frère
Luc peint une Immaculée Conception pour
l'église du même nom de Trois-Rivières
desservie par les Récollets. Cette oeuvre
présente de nombreuses analogies avec l'iconographie
de la « médaille » du baron de
Fouencamps. MÉDAILLE TABLEAU couronne de douze
étoiles couronne de douze étoiles
dont onze visibles croissant croissant dragon
représentant le diable serpent représentant le
diable référence
à saint Michel par : le dragon, le
blason en quintaine, la Vierge de
l'Apocalypse référence à
saint Michel par : le serpent, la lance, le
bouchier avec l'inscription « ipsa
conteret caput hunc (Genèse 3,
15) »
Reconstitution
par Jean-Claude ROUSSIN (que nous remercions de
sa collaboration)
du retable de Châlons-en-Champagne,
réalisé à la même
époque que celui de Sézanne
(source
1 ;
source2).



Attribué
à Claude François dit
frère Luc (1614-1685) ou à
un copiste Anonyme, Immaculée
Conception, fin XVIIe siècle,
huile sur toile, Église de
Champlain près de
Trois-Rivières, photo
François Normandin (Durand
1996 ; QCBCQ
1999, p. 165).
L'iconographie de cette « médaille » présente donc plusieurs convergences avec l'oeuvre de Claude François dit le Frère Luc : la posture et le vêtement de la Vierge du Puys Notre-Dame ; l'enfant Jésus emmaillotté des tableaux de Saint-Anne-de-Beaupré ; la référence à la Vierge de l'Apocalypse et à saint Michel du tableau de Trois-Rivières ainsi que sa proximité de réalisation dans le temps ; la référence aux litanies de Lorette de l'Assomption de l'Hôpital général de Québec.