La « médaille » du baron de Fouencamps et l'iconographie de la Vierge à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-SecoursLa dévotion à Notre-Dame de Bon Secours et son iconographie |
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La plaque de fondation de 1771 réfère à un autre qualificatif de la Vierge, soit celui « d'auxiliatrice ». C'est le thème de la Vierge protectrice ou tutélaire venu de Byzance. À cette Vierge au voile de Constantinople correspond dans l'art d'Occident la Vierge de miséricorde ou Madone au manteau protecteur. L'imagerie d'Épinal amalgame ce thème avec celui de Notre-Dame de Bon Secours. Cette célèbre fabrique d'images a été créée en 1800 par Jean-Charles Pellerin (1756-1836) et ses collaborateurs Canivet, Verneuil, Réveillé... Épinal, N.-D. DE BON-SECOURS, XIXe siècle, gravure, dimensions inconnues, collection inconnue. Source. |
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Dans certains cas l'iconographie a représenté la Vierge de Miséricorde avec l'enfant Jésus sur son bras gauche ou son image inscrite dans un médaillon sur sa poitrine (Réau 1955-1959, tome second, vol. II, p. 116). Cette image d'Épinal y a placé un coeur enflammé, le croissant de lune et le serpent. Ces deux derniers éléments réfèrent à l'Immaculée Conception qui se trouve ici amalgamée au patronage du Bon Secours. On retrouve ce même métissage iconographique dans la « médaille » du baron de Fouencamps donnée à Marguerite Bourgeoys. Mais la Vierge ne protège alors plus le groupe, ni la foule, mais le donateur, la récipiendaire et un enfant emmaillotté qui symbolise la charité. C'est là le cheminement normal post Renaissance avec le progrès de l'individualisme.
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Un tableau peint par Martin Muller en 1781 présente un tout autre type d'iconographie de Notre-Dame du Bon Secours, que l'on peut classer comme une Vierge de tendresse où l'enfant Jésus caline sa mère souriante. Ce tableau dans le tableau représente la Vierge à l'Enfant au dessus d'un paysage de ville au bord de la mer (ou d'un lac ?) que vont atteindre des pèlerins, ce qui est conséquent avec le patronage à Notre-Dame de Bon Secours. Une torche allumée et un nuage de fumée entourent le petit tableau. En bas à droite, un parchemin armorié porte une inscription dédicatoire en latin donnant les titres et faits de gloire du baron d'Andlau. Martin Muller, originaire de Schwaz au Tyrol, fut reçu bourgeois de Colmar en 1766. Un autre tableau accompagne celui-ci, une Notre-Dame de la Victoire signée de 1781. Ces deux oeuvres ont été offertes par le baron François-Antoine d'Andlau, brigadier des armées d'Alsace, chevalier héréditaire du Saint Empire, prévôt de Kaysersberg en 1739, charge qui fut transformée en fief héréditaire en 1755 par Louis XV. Martin Muller (1734 1794), Notre-Dame du Bon Secours, 1781, huile sur toile, dimensions inconnues, Alsace, localisation inconnue. (Source : Palissy.) |
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Seule oeuvre antérieure
à 1850 à l'église de
Béhéricourt. L'inscription identifiant comme
une « N.D. DE BON SECOURS » cette
Vierge à l'enfant Jésus au globe a
été ajoutée sur un
élément rapporté postérieur
à la fabrication de l'oeuvre. On semble donc
être en présence d'une appellation
ajoutée à une oeuvre originale bien
antérieure. Ce qui n'est pas sans évoquer le
cas de la statuette de Notre-Dame
de Montaigu
donnée par le baron Fouencamps à Marguerite
Bourgeois.
Anonyme, Vierge
à l'Enfant, dite Notre-Dame du Bon Secours,
1ère moitié du XIXe siècle, bois
polychromé et doré, demie-nature
H. 81 cm, l. 34 cm, P. 35 cm, titre peint sur la partie
rapportée « N.D. DE BON
SECOURS », Picardie, Église de
Béhéricourt. Source : Palissy.

Un autre magnifique exemple de modification de patronage nous vient de Poitiers. L'église Saint-Jean-de-Montierneuf conserve depuis 1834, dans l'abside axiale, une sculpture de pierre polychrome du XVIIIe siècle renommée Notre-Dame du Bon Secours. En effet, avant la Révolution cette Vierge s'appelait Notre-Dame du Pilori. Elle habitait alors la niche d'une maison sur l'ancienne place du Pilori, aujourd'hui appelée « place de la Liberté ». Cette Vierge changea d'appellation suite à ce qui fut considéré comme un « miracle ». Elle avait protégé les maisons et les habitants du quartier lors d'une explosion de sacs de poudre qui n'avait fait aucune victime. Cachée pendant la Révolution par des particuliers, puis gardée par les femmes et les prêtres de la Petite Eglise, elle fut remise au curé de Montierneuf en 1834 (collaboration de Karinne Simonneau).
à Notre-Dame de Bon Secours |
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Par ailleurs, plusieurs des dévots liés à la Compagnie du Saint-Sacrement et à la Société de Notre-Dame devaient certainement connaître la plus célèbre des Vierges noires de Paris, Notre-Dame de Bonne Délivrance. Cette dévotion aurait-elle des liens avec celle de Notre-Dame de Bon Secours ? Cette statue gothique se trouvait autrefois au coeur du Quartier Latin sur la montagne Sainte-Geneviève dans l'église Saint-Étienne-des-Grès. La Révolution amena la fermeture et la démolition de cette église, puis la vente de son mobilier le 16 mai 1791. Cette église était localisée autrefois sur l'emplacement actuel de la rue Soufflot, en face du Panthéon, tout près de l'endroit où résidait Paul Chomedey de Maisonneuve, le premier gouverneur de Montréal, à la fin de sa vie entre 1665 et 1676. Madame de Carignan, qui avait acquis cette Vierge, la céda en 1806 à la Congrégation des soeurs de Saint-Thomas. L'iconographie de cette Vierge noire se rapproche à plusieurs égards de la Notre-Dame de Montaigu donnée par le baron de Fouencamps. La confrérie royale de la charité de Notre-Dame-de-Bonne-Délivrance avait été créée en 1533 par le chanoine Jean Olivier. Au XVIIe siècle cette confrérie comptait jusqu'à 12 000 membres (Cassagnes-Brouquet 1990, p. 116-117). On peut donc à juste titre se demander combien de membres de la Société de Notre-Dame faisaient partie de cette confrérie, peut-être même Marguerite-Bourgeoys ? Anonyme, Vierge noire de Paris, Notre-Dame de Bonne Délivrance, XIVe siècle, calcaire, polychromie plus récente, dimensions inconnues, Neuilly, Congrégation des Soeurs de Saint-Thomas de Villeneuve, depuis 1806 (Cassagnes-Brouquet 1990, p. 116-117). |
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La représentation iconographique de Notre-Dame de Bon Secours varie considérablement d'une oeuvre à l'autre. Il ne semble donc pas y avoir un canon iconographique défini, mais une très grande quantité de variables. Ce thème apparaît donc plus comme une dévotion et un patronage qui fixent les critères de la représentation selon les particularités locales qui évoluent, se font et se défont au fil du temps. La référence à la mer et aux marins semble cependant un leitmotiv. La « médaille » du baron de Fouencamps n'échappe pas à cette règle, même si la mer n'y est présente que sous forme d'inscription !
Nous attendons par prêt entre bibliothèques des photocopies de plusieurs articles sur la dévotion à Notre-Dame de Bon Secours sur laquelle nous pourrons alors certainement apprendre de plus amples informations.
Daamen, J., « Dilsen, de Kapel en beeld Van O. L. Vrouw van Bihstand », Limburg Hasselt, 62, 6 (1983), p. 253-258, 2 fig..Luther, G., « Sinnlichkeit und Heilserwartung Lukas Cranachs mariahilfbild und diesen Rezaption im keinem Andachtsbild und Bildmotif », Das Münster München, 33, 2 (1980), p. 167-170, 1 fig..
Mata, A.F., « Influenza catalana nella scultura monumentale del Trecento in Sardegna », Arte Cristiana, 75, 721 (1987), p. 225-246, 29 fig..
Ostrowski, J., « L'église Notre-Dame-de-Bonsecours à Nancy », Le Pays Lorrain, vol. 26, n° 1, 1975, p. 26-37, 9 fig..
Tazartes, M., « Artisti e committenti ai primi del Cinquecento in San Frediano di Lucca », Artisti e committenti nel' 500, Richerche di Storia dell'Arte Roma, 21, 4-20 (1983), 14 fig., résumé anglais.
Van Hees, J. , « De la collaboration probable de Mansuy Gauvain au tombeau de Hugues des Hazards à Blénod-lès-Toul », Le Pays Lorrain, vol. 58, n° 4, 1977, p. 177-188, 5 fig..
Walter, Ingeborg, « Der Teufel soll dich hohen : die Madonna de Soccorso als Bildexmpel », Städel-Jahrbuch, 1993, vol. 14, p. 133-145, 11 ill..
Weiss, Dieter J., « Die Mariahilf-Verehrung in Franken », Festschrift Alfred Wendehorst : zum 65, Geburtstag gewidmet von Kollegen, Freunden, Schülern: II, Schneider, Jurgen, ed., Richter, Gerhard, ed., Jahrbuch für Fränkische Landesforschung, 1992, vol. 53, p. 201-215, 2 ill., col..

