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Gérard Morisset (1898-1970).

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Ma carrière d'historien des arts anciens du Québec commençait lorsque devait nous quitter Gérard Morisset. Notre seule rencontre m'a laissé un souvenir indélébile. C'était à l'hiver de 1970, vers les mois de février ou mars, alors que j'étais étudiant au baccalauréat en histoire de l'art à l'Université du Québec à Montréal. J'avais alors entrepris avec mon collègue Yves Laframboise de produire pour l'enseignement des diapositives des oeuvres d'art ancien du Québec. C'est ainsi que nous avions fait la connaissance de Jean Trudel, alors conservateur de l'art ancien au Musée du Québec. Je visitais le musée des augustines de l'Hôtel-Dieu de Québec, lorsque Jean Trudel me présenta Gérard Morisset accompagné de sa femme. Il était alors maigre, froid, sourd. Son corps prostré portait les marques du burin laissées par une intense vie de travail courbé avec sa plume sur ses fiches. Sa poignée de main et son aura dégageaient cependant toujours la force de celui qui avait réussi à changer le monde grâce à son intuition, son labeur, ses convictions et sa passion. Je le revois s'éloigner, courbé sur sa canne, supporté par sa compagne. Ah ! Que la vie est dure pour ses héros. Mais n'est-elle pas aussi cycle et recommencement ? Cette poignée de main n'a-t-elle pas laissé en moi l'ébahissement de la grandeur du travail accompli et le germe d'une passion partagée, passée de sa génération à la mienne ?

Québec, Musée du Québec, Claude Galarneau, Jacques Robert, Michel Cauchon, Claude Thibault, André Laberge, Laurier Lacroix, Fernande Saint-Martin, Elzéar Lavoie, Maurice Lemire, Robert Derome, Antoine Bouchard, À la découverte du patrimoine avec Gérard Morisset, Exposition présentée au Musée du Québec du 4 février au 1er mars 1981, Québec, Ministère des affaires culturelles, 1981, p. 31.

Comme Gérard Morisset sut diffuser sa matière de façon forte et convaincante, elle marqua les générations subséquentes. De fait, ses écrits, sa pensée et son action ont eu tellement d'influence, que l'on retrouve encore, dans des publications récentes, non seulement des concepts, mais également des informations de Morisset données telles quelles, à l'état brut. Deux publications savantes rendent hommage à l'historien, mais en même temps permettent de prendre certaines distances critiques par rapport à ses écrits. Nous avons eu l'honneur de collaborer à ces deux publications où nous avions défini la contribution de l'auteur à l'historiographie sur l'orfèvrerie ancienne du Québec.

Le premier de ces ouvrages est une réédition critique de la monographie de Morisset Le Cap-Santé, ses églises et son trésor, publiée par le Musée des beaux-arts de Montréal en 1980 (Morisset 1980). Une rééaluation en profondeur y a été faite des méthodes de Morisset. La plaquette originale publiée en 1944 contenait 72 pages, la réédition s'est gonflée à 401 pages ! On y a publié une abondante matière concernant les arts, incluant une analyse méticuleuse de méthodes d'interprétation de Morisset sur les livres de comptes paroissiaux.

Morisset, Gérard, réédition critique par Christiane Beauregard, Robert Derome, Laurier Lacroix, Luc Noppen et Michel Gaumond, Le Cap-Santé, ses églises et son trésor, Exposition, Montréal, Musée des beaux-arts de Montréal, 1980, 401 p..

Nous ne reviendrons pas sur la biographie et la carrière de Gérard Morisset dont les multiples facettes ont été traités avec brio dans les mélanges publiés à sa mémoire dans un ouvrage de collaboration publié en 1981, À la découverte du patrimoine avec Gérard Morisset, Exposition présentée au Musée du Québec du 4 février au 1er mars 1981. On y retrouve 12 textes d'auteurs différents qui élargissent les perspectives d'interprétation de l'oeuvre et la carrière de Morisset, soit : le milieu culturel, sa biographie, l'Inventaire des Oeuvres d'Art, son mandat de conservateur du Musée du Québec, l'architecture, la restauration architecturale, la place de Morisset dans l'histoire de l'art au Québec, sa contribution à la théorie de la modernité, les médias, l'écriture, l'orfèvrerie, les orgues anciens. Cet ouvrage contient une bibliographie élaborée des ouvrages de Morisset. Quelques subventions de recherche nous ont par la suite permis d'explorer plus à fond les articles de Gérard Morisset avec l'aide de nos étudiants de l'UQAM (Derome 1987a), ainsi que quelques 600 articles connexes publiés par d'autres auteurs durant la même période. Nous en avons trouvé plusieurs inédits. Mais nous avons surtout réalisé un traitement informatisé de cette documentation dont nous livrons ici quelques résultats fragmentaires en attendant une publication plus subtantielle sur le sujet. On trouvera aussi des critiques des livres de Morisset et d'autres références pertinentes dans le Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec.

Québec, Musée du Québec, Claude Galarneau, Jacques Robert, Michel Cauchon, Claude Thibault, André Laberge, Laurier Lacroix, Fernande Saint-Martin, Elzéar Lavoie, Maurice Lemire, Robert Derome, Antoine Bouchard, À la découverte du patrimoine avec Gérard Morisset, Exposition présentée au Musée du Québec du 4 février au 1er mars 1981, Québec, Ministère des affaires culturelles, 1981, 255 p..

Formé à partir des idéologies véhiculées en France au début du XXe siècle, Gérard Morisset présente une façon de travailler qui découle d'une approche esthétisante basée sur une histoire des styles. Celle-ci s'appuie sur une recherche documentaire des sources premières, ce qui constituait une première en histoire de l'art québécois. Le fait que Morisset ait eu une formation en notariat y sûrement pour quelque chose. Ses concepts et ses interprétations sont intimement liés à ces méthodologies. Ses analyses reposent ainsi sur des fondements scientifiques novateurs qui sont encore d'actualité. C'est une des raisons principales qui ont rendu et rendent encore pertinents l'étude de ses écrits.

L'intérêt porté par Gérard Morisset à notre art religieux est considérable. Parti du constat que pratiquement rien n'était connu sur nos artistes et leurs oeuvres, Morisset ne tarda pas à étudier l'orfèvrerie en même temps que la peinture, la sculpture et l'architecture, lorqu'il visitait les nombreuses églises, les collections et les communautés religieuses du Québec afin de compulser les dossiers de l'Inventaire des Oeuvres d'Arts du Québec. Le fruit de cette cueillette prit d'abord la forme de volumineux et importants dossiers à l'Inventaire, aujourd'hui conservés au ministère des Affaires culturelles du Québec. Morisset fit mettre toute cette documentation sur fiches, méthode souple, simple et efficace. Nous lui devons d'avoir introduit cette méthode au Québec.

Complété par des dossiers photographiques, le Fonds Gérard Morisset demeure l'un des plus riches et des plus complets en ce qui concerne l'orfèvrerie ancienne. Personne d'autre que lui n'a développé une documentation aussi riche et importante. Avec une précision toute notariale, Morisset a constitué un inventaire selon des normes rigoureuses qui demeurent encore insurpassées. L'accès à cette documentation est facilité par sa duplication sur microfilms accessibles dans plusieurs centres, dont la Bibliothèque des Arts de l'UQAM. L'historiographie a fait des pas de géants depuis l'époque où Morisset publiait ses premiers articles et volumes. Morisset a tenté et réussi à intéresser un vaste public à notre art ancien.


Ses écrits sur les arts anciens du Québec.

Considéré comme l'un des plus importants historiens de l'art au Québec, Gérard Morisset (1898-1970) a publié une quantité considérable de textes. Sa contribution et son oeuvre en font un des grands penseurs de notre histoire culturelle. Nous avons recensés 388 titres publiés de 1922 à 1971, soit 18 livres et 370 articles ou chapitres de livres. Ces 3 411 pages publiées se répartissent comme suit : les livres totalisent 1 845 pages, les articles et chapitres de livres 1 566 pages.

Morisset amorce ses recherches sur les arts anciens du Québec avec Jean-Thomas Nadeau, inventoriant les paroisses des environs de Québec. De 1922 à 1929 il publie 11 articles (65 pages) qui portent surtout sur l'architecture. En 1929 il décide d'aller poursuivre des études en France ; durant ce séjour il rédige 5 articles publiés en 1931-1932 qui portent sur divers sujets. De 1934 à 1937, soit depuis son retour d'Europe jusqu'à la création de l'Inventaire des Oeuvres d'Art, il déploie une activité fébrile de publication : un livre, Peintres et tableaux, un livre en collaboration et 105 articles, totalisant 300 pages ! Les principaux sujets abordés sont la peinture et l'architecture. Cette intense activité est très certainement liée à son objectif de créer l'Inventaire des Oeuvres d'Art. Sa stratégie porte fruit : il convainc le gouvernement qui, au printemps 1937, adopte une loi spéciale créant cet organisme. Il utilise la même tactique lorsqu'il veut devenir directeur du Musée du Québec (alors appelé conservateur) : de 1949 à sa nomination en 1953, soit une période de 5 ans, il publie 116 articles (472 pages), 4 livres (236 pages) et 8 livres en collaboration (167 pages), soit un total de 128 titres et 875 pages. Les autres années où il publie 10 titres et plus sont : 1942, 1947, 1948, 1949, 1956, 1966.

Divisés par grands médiums, on compte par ordre décroissant, quantitativement plus de titres d'articles de Morisset sur la peinture (32%), l'architecture (15%), la sculpture (10%) et l'orfèverie (9%), alors que 34% d'entre eux traitent de plusieurs aspects à la fois ou d'autres sujets. Ces thèmes illustrent bien les catégories mentales de l'auteur, qui sont d'ailleurs les mêmes que celles utilisées à l'Inventaire des Oeuvres d'Art ou dans son travail de conservateur du Musée du Québec. Un bris des grandes thématiques sous-jacentes permet de préciser les grandes orientations historiographiques de Morisset, ou ses façons d'approcher et de présenter la matière. Plus de la moitié des écrits sont d'orientation biographique (42%) ou des monographies présentées par noms de lieux (18%), ce qui encore une fois reflète l'organisation des dossiers à l'IOA.

Deux autres orientations interprétatives de Morisset font jour dans les deux catégories suivantes, où 8% des titres s'attardent à décrire l'évolution des arts au Québec depuis l'origine jusqu'à nos jours, et 7% s'intéressent à la typologie ou la morphologie des objets. Cette quête de vouloir expliquer l'évolution des styles, écoles, médiums, n'est sans doute pas étrangère à l'influence des théories de Darwin sur l'évolution des espèces. Six autres sujets marquent l'éventail des tendances de Morisset, mais demeurent proportionnellement moins importants : l'historiographie et les critiques de livres, la Collection Desjardins, l'influence française, l'iconographie, l'évolution de l'enseignement des arts, la conservation des oeuvres d'art. Un groupe de 8% de titres adoptent d'autres sujets ou approches.

Une subdivision des écrits biographiques caractérise les préférences et orientations de Morisset. Près de la moitié sont consacrées aux peintres. Le reste, dans l'ordre, aux sculpteurs (18%), orfèvres (15%), architectes (12%), dessinateurs et graveurs (5%). Quant aux textes où domine la présentation d'un sujet par la localisation, on n'est pas surpris de trouver 43% des écrits sur la ville de résidence de l'auteur : Québec. On n'est pas non plus surpris de trouver un autre 41% consacré aux paroisses de la campagne, qui sont des textes qui émergent directement de la subdivision des dossiers d'inventaire adoptée par l'IOA. De moindre importance, viennent ensuite la ville de Montréal (7%), la France (6%) et la Côte-de-Beaupré (3%).

Derome 1987a - Derome, Robert (éditeur), Gérard Morisset, recueil des articles publiés de 1922 à 1970, Volume 1 - Recueil classé selon la bibliographie élaborée par Jacques Robert, dans À la découverte du patrimoine avec Gérard Morisset, Québec, Ministère des affaires culturelles, 1981, p. 229-246, Volume 2 - Recueil classé selon l'ordre chronologique de publication, Volume 3 - Recueil classé selon l'index des sujets élaboré sous la direction de Robert Derome, Montréal, Université du Québec à Montréal, Département d'histoire de l'art, 1987, 3 volumes de photocopies, ill., fac-similés.

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Page créée le 11 mai 1998.

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