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L'AVORTEMENT:
paroles de femmes,
parole de vie.
5: UNE PAROLE SOLIDAIRE
La position du Collectif L'autre Parole sur l'avortement ne
représente pas une intervention isolée. Elle s'inscrit à
l'intérieur d'une prise de parole publique par des chrétiennes et
des chrétiens.
La revue Vie Ouvrière, dans le numéro de
novembre 1986, publie tout un dossier sur le sujet. Six femmes
chrétiennes, regroupées en table ronde, dégagent clairement
les jalons d'une éthique en faveur du libre choix:
Ce que je n'accepte pas, c'est qu'en faisant de l'avortement un
"crime indicible", l'Église mette un poids très lourd sur le dos
des femmes aux prises avec cette décision, alors qu'elle n'en met pas
sur le dos des hommes quand ils ont à choisir d'aller ou non à la
guerre".(...)
La vision des choses diffère sensiblement selon qu'on voit en
Dieu le "maître de la vie" (c'est l'expression utilisé par les
groupes pro-vie) ou le "donneur de vie". "Si Dieu donne la vie et s'il m'a
créée libre, alors je suis responsable devant lui des
décisions que j'ai prises sur cette vie." Cette responabilité,
cette "primauté de conscience" est reconnue par la tradition
chrétienne. Elle implique le doute et l'incertitude. "C'est vrai que
la décision de l'avortement n'est pas toujours claire, mais d'autres
décisions humaines ne sont-elles pas tout aussi torturantes, obscures,
incertaines?" (...)
(...)...le sens du pardon, c'est précisément "le signe
d'un geste responsable dont tu réponds ultimement devant Dieu."
(...)
(...)..."Je reconnais à l'Église le droit de
questionner mes décisions mais en retour je lui demande de
reconnaître les questions que posent la vie quotidienne et la
communauté"(...)
(...)...il apparaît douteux de prendre le droit des enfants
à naître comme seule et première unité de mesure du
droit à la vie et comme droit absolu, alors que le propre d'une vie
humaine est d'être en relation.
Dans ce même numéro, d'autres articles
systématisent les divers éléments de cette reflexion
déjà riche. La livraison de janvier-février 1987 fait
écho aux lettres des lectrices et des lecteurs, et l'éditorial
précise la position de la revue. Voici quelques extraits.
Si une femme perçoit sa survie menacée et juge en
conscience être incapable, à ce moment-là de sa vie,
d'assurer ce minimum nécessaire, quelle personne peut juger aberrant et
immoral de considérer l'interruption de grossesse comme un moindre mal?
Au contraire, l'immoralité ne serait-elle pas d'obliger une femme ayant
fait un tel jugement à poursuivre sa grossesse malgré
elle?(...)
Le respect des consciences est un acquis fort récent et encore
bien fragile dans l'Église. "L'humain ne doit pas être contraint
d'agir contre sa conscience", lit-on dans le décret du Vatican II sur la
liberté religieuse. "Mais il ne doit être empêché non
plus d'agir selon sa conscience."(...)
Le problème, c'est qu'il n'existe pratiquement pas de
reflexion morale dans l'Église comme dans l'ensemble de la
société permettant à des femmes de prendre une
décision éclairée, en toute conscience, à propos de
l'avortement en tenant compte et de la vie de l'embryon et de celle de la
femme. Cela s'explique par plusieurs facteurs. Les femmes sont toujours
grandment absentes des facultés de théologie et des lieux de
décision dans l'Église. Malgré la diversité des
opinions, les spécialistes en théologie et en morale ont toujours
peu de liberté de recherche dans le domaine de la morale sexuelle comme
le démontre l'affaire Curran aux États-Unis. La criminalisation
de l'avortement empoisonne le débat moral puisque les restrictions qu'on
pourrait formuler risqueraient de se transformer en restrictions légales
et favoriser les poursuites pénales.
(...) Notre position n'est pas simple. Elle suppose une sympathie
réelle et un respect pour ce que vivent les femmes d'aujourd'hui. Elle
suppose un refus de banaliser l'avortement dont le grand nombre est
sûrement questionnant. En conséquence, elle suppose une lutte
sans merci pour une organisation sociale accueillante à la
qualité de vie des personnes, en particulier des femmes et des
enfants.
De son côté, l'AFÉAS,[1] dans
le numéro de février 1987 de la revue Femmes d'ici, interroge
le débat actuel. Par la voix de sa présidente, Madame Louise
Coulombe-Joly, l'Association rappelle et commente sa position.
Sans être pour l'avortement libre et gratuit, ni totalement
contre cette solution, les membres AFÉAS ont posé un geste
d'implication chrétienne en reconnaissant le droit à l'avortement
dans des conditions saines pour les femmes vivant des situations
difficiles.(...)
Pourquoi autant d'avortements en 1987? Je ne peux pas croire que
toutes ces femmes sont des êtres irresponsables, innocentes, immorales ou
imprévoyantes. On ne décide pas d'un avortement par plaisir. Il
faut aller au fonddu problème avant de culpabiliser.
Nous vivons un problème de société. Si autant
de femmes se retrouvent face à une grossesse non-désirée
(...), il doit bien y avoir bon nombre de partenaires qui se défilent
devant les conséquences de leurs actes. Et pourtant on n'en parle
jamais. On juge ces femmes, on accuse le pesonnel médical alors que le
partenaire se promène incognito sans problème.(...)
Je rêve du jour où les parents ne s'inquièteront
pas uniquement de la possibilité de grossesse chez leurs filles mais se
préoccuperont autant sinon plus de la fertilité de leurs
garçons.
[1] L'Association féminine d'éducation
et d'action sociale
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