Le plagiat
est un fléau que les enseignants connaissent bien. Divers
sites Web offrent de vendre aux étudiants des copies de
travaux ou même de faire rédiger pour eux des travaux
originaux par des auteurs fantômes.
L'infobourg de l'éducation,
dans Internet.
Un outil pour tricher?, sonnait l'alarme en 1997. Plus récemment,
Jean-Sébastien
Coutu et Harold
Lass, dans Québec-Micro en ligne, documentaient
l'augmentation du plagiat dans les travaux étudiants.
Le phénomène du plagiat n'est d'ailleurs pas nouveau. Il n'est même pas spécifique aux étudiants.
Avant même le succès du Web, plusieurs livres lui étaient consacrés. Une courte recherche sur le site d'Amazon.com indiquait 16 livres différents portant sur le plagiat (mot clé : "plagiarism"). Une recherche sur Google ou sur Voila donne de nombreux sites Web qui en discutent.
Plusieurs auteurs ont analysé le phénomène du plagiat. En voici une courte liste :
Comme le montre De Chaudenay (1990, 2001) et Hubert
Carrier, le plagiat n'est pas un phénomène nouveau.
Il remonte probablement à l'antiquité. Le Dictionnaire
philosophique de Voltaire a un article
sur le plagiat. L'Encyclopédie de l'Agora a aussi son
article
avec des liens pertinents.
Hélène Maurel-Indart, qui a publié Du
plagiat en 1999, a aussi organisé un colloque et créé
un site Web
très intéressant sur le plagiat et qui est absolument
à consulter pour les divers renseignements qu'il fournit.
Divers débats récents dans des journaux québécois
ont porté sur le plagiat. Martin Dudemaine (La Presse,
La boite aux lettres, 11 juin 1995) et Pierre Collinge (La
Presse, La boite aux lettres, 23 juillet 1995) ont discuté
de la paternité des Fables de La Fontaine. Jacques Lanctôt
(Le Devoir, 24 décembre 1993), Theodora Vassaramva
(Le Devoir, 28 janvier 1994), Mario Micone et Marie-Josée
Thériault (Le Devoir, 2 février 1994) et
Gaëtan
Dostie ont traité du "plagiat" de Micone
dans Speak What. Réginald Martel (La Presse,
16 février 1992, C-3) et Pierre Vennat (La Presse,
18 février 1992) ont mentionné le cas des éditions
JLC, qui ont publié un livre, en toute ignorance du plagiat
commis par l'auteur. La maison d'édition JLC a été
condamnée à payer un fort montant ($50 000) aux
Éditions de Mortagne, la plagiaire étant insolvable.
Le Devoir, le 20 mai 1995, rapportait, en page B-3, les
accusations de "piratage" adressé à Jacques
Attali pour son livre Verbatim I. Attali avait déjà
été accusé auparavant de plagiat pour son
Histoire de Temps. Pierre Assouline, dans le magazine Lire
(N° 196, janvier 1992, p. 23-32) fait une enquête sur
les nouvelles accusations de plagiat en France.
Le plagiat touche aussi les journalistes. Un article du Washington
Post, dont je n'ai pas la date et dont j'ai perdu le contenu
comme le lien, rapportait aussi le plagiat d'un article du Boston
Globe, par un journaliste du New York Times. Daniel
Schneidermann, dans Le Monde du 22 août 2000 est
accusé
d'avoir plagié un reportage de Pierre Lazuly. Pascal Fortin
a écrit un article intitulé Quelle
déontologie pour l'information en ligne? sur l'éthique
journalistique où il mentionne le problème du plagiat.
L'existence de sites Web pose des problèmes particuliers de plagiat: le contenu de certains sites est pillé par d'autres sites. Le site Athena, dont le contenu semble être souvent plagié, s'en plaint. Il donne un texte de Pierre Perroud sur l'Ethique étique et www et une série de liens pertinents au plagiat en ligne.
Le plagiat a même plusieurs défenseurs et apôtres,
comme le Critical
Art Ensemble, et les théoriciens de l'intertextualité.
Andrea Lunsford, Rebecca Rickly, Michael Salvo et Susan West ont
créé un site hypertexte intitulé What
Matters Who Writes? What Matters Who Responds? Issues of Ownership
in the Writing Classroom qui examine et critique la notion
de créateur d'une oeuvre littéraire.
Jean-Luc Hennig, accusé de plagiat, a publié, en
1997 chez Gallimard, une Apologie
du plagiat. Le journal Le Monde en a fait une recension
amusante, reproduite par Alapage. Catherine
Dupuy en a fait aussi une recension dans la revue en ligne
Le français dans tous ses états.
Le numéro N° 40, Faux
et usage du faux, de cette même revue du réseau
CNDP pour les enseignants de français contient plusieurs
autres textes intéressants sur le sujet du plagiat et des
formes littéraires connexes (pastiches, parodies, etc.).
Un exemple illustre de parodie est celui du Bulwer-Lytton
Fiction Contest, dont le site Web a, comme sous-titre, «
where WWW means Wretched Writers Welcomed ».
Plusieurs enseignants ont commenté ce problème
réel.
Victoria Olsen apporte ses réflexions, dans Jane
Eyre to go, publié sur le site du magazine Web Salon.
François Poirier, professeur de civilisation britannique
à l'Université Paris 13, fait ses Remarques
sur le plagiat. Il existe plusieurs autres pages ou sites
intéressants consacrés au plagiat scolaire. Mentionnons,
entre autres, celui
de la TECFA de l'université de Genève, celui
de Christian Vandendorpe de l'Université d'Ottawa, celui
de l'ARFE (Anneau des
Ressources Francophones de l'Education), intitulé Triches,
ruses et plagiat lors de scolarité, celui intitulé
Comment
tricher aux examens avec Internet,
Michael Lorenzen,
bibliothécaire à la Michigan State University, donne
les raisons invoquées par les fraudeurs. Le psychologue
américain Donald Norman, dans un texte au titre provocateur,
In
Defense of Cheating, cherche à expliquer la tricherie
et la fraude chez les étudiants. Une raison souvent invoquée
est une mauvaise pédagogie et des matières qui ne
suscitent pas l'intérêt des étudiants. C'est
probablement un même manque d'intérêt qui explique
le plagiat littéraire, journalistique ou scientifique!
Dans une société et une pédagogie centrées
sur le plaisir, l'estime de soi et la dévalorisation de
l'effort, il devient facile d'accuser l'enseignement : il faut
plaire, il ne faut pas heurter. Et, ensuite, nous nous surprenons
de l'ignorance et de l'incapacité de travailler des étudiants
!
La lutte contre le plagiat dans les travaux étudiants,
autant que dans le monde intellectuel, est justifiée. Car,
fondamentalement le plagiat ne consiste pas tant dans le fait
d'utiliser l'oeuvre d'un autre, mais dans celui de la faire passer
pour sienne. L'utilisation de l'oeuvre intellectuelle d'une autre
personne, pourvu que son origine et son créateur soient
clairement mentionnés, est non seulement permise en science
mais elle est même nécessaire. Et, contrairement
aux oeuvres commerciales ou aux brevets, l'utilisateur intellectuel
n'a pas à demander la permission du créateur originel
tant qu'il n'en reproduit pas littéralement le texte et
qu'il mentionne l'origine de l'idée.
Malheureusement, certaines pratiques pédagogiques facilitent
ou même encouragent le recours au plagiat en obscurcissant
l'origine du travail. Je pense d'abord particulièrement
au travail en équipe qui, souvent, efface la part de chacun
dans le produit final et permet la fainéantise de certains
membres de l'équipe. Le fainéant va exiger de partager
la note donnée aux membres de l'équipe qui ont travaillé
et même fait, en plus, le travail du fainéant. La
colère de ces membres productifs et leur sentiment d'être
exploité par le fainéant sont un des phénomènes
justifiant la lutte au plagiat et à la fraude intellectuelle
(mais, pour un argument opposé, voyez le texte de Norman
mentionné précédemment). Ensuite, l'usage
du « copier-coller », que permettent si facilement
les ordinateurs et Internet, mène les étudiants
sur la pente du plagiat, même quand les textes copiés
sont placés en guillemets et leur origine est mentionnée.
Et un travail peut n'être qu'un simple « copier-coller
» sans apport original de l'étudiant.
Comme toutes les autres fraudes intellectuelles, le plagiat peut avoir des conséquences importantes. Luc Dupuy, agent de recherche et de planification aux Services à la vie étudiante de l'UQAM indique ce qu'est le plagiat et quoi faire quand l'enseignant le détecte.
Même si les enseignants peuvent souvent se sentir désarmés
par la fraude et le plagiat, il existe des moyens de s'en protéger
et d'en décourager l'usage.
Julie Ryan, dans son texte Student
Plagiarism in an Online World, et Jamie McKenzie, dans
The New Plagiarism:
Seven Antidotes to Prevent Highway Robbery in an Electronic Age
donnent divers conseils pertinents.
On pourrait aussi, humoristiquement, partager la note donnée
au travail entre ses divers auteurs. Ainsi l'étudiant qui
n'a fait que du « copier-coller », sans originalité,
recevrait 10 % de la note totale (ce qui revient à un échec)
et les 90 % qui restent seraient donnés aux divers auteurs
qui ont été copiés.
Pour détecter le plagiat de travaux trouvés sur
le Web, le plus simple est probablement de faire ce qu'a fait
le plagiaire : chercher, sur le Web, des mots ou des phrases clés
(tirés du texte qu'on soupçonne d'être plagié)
pour voir si on ne pourrait pas retrouver le texte source qui
aurait été plagié.
Des compagnies, comme IntegriGuard
http://www.integriguard.com/, Gatt
Plagiarism Services http://www.plagiarism.com/index.htm, Plagiarism.org, http://www.plagiarism.org/,
maintenant devenu Turnitin,
http://www.turnitin.com/, offrent d'ailleurs un tel service aux
enseignants, avec un succès
plus ou moins grand. La compagnie française Laurion
(http://www.laurion.com/index.html) offre, avec son logiciel Ipium, une recherche
en ligne de textes reproduits sur Internet. Même si ce service
n'est pas présenté comme un outil de détection
de plagiat mais plutôt comme un instrument de détection
de reproduction non autorisée de ses propres textes, en
pratique, il peut très bien servir pour la détection
de plagiat de documents Internet.
Pour les technophiles, Didier Rémy indique même des
algorithmes
de détection de plagiats.
Mais, comme le remarque Andy Dehnart dans son texte The Web's Plagiarisme Police du 14 juin 1999, publié dans Salon.com, si votre texte est déjà publié sur le Web, ces services peuvent vous accuser alors de plagier votre propre texte !
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