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Modèle
d'analyse d’une image et application...
Stéphanie
Dansereau, professeure,
Éducation
à l'image et aux médias, UQAM
dansereau-trahan.stephanie@uqam.ca
Exemple choisie par l'étudiante
Livia Avram
dans le cadre du cours : Éducation
aux médias,
28 janvier 2002.
Identifier - Explorer
- Analyser - Contextualiser
- Conclure
Références
L'Image qui a choqué le monde
Photo des quelques uns des
158 prisonniers du camp de détention américain X-Ray,
implanté sur la base
militaire de Guantanamo Bay, à Cuba.
Identifier
l’œuvre:
image
d'art, photo de presse, publicité... (fiche signalétique)
-
Nature de l’œuvre : type (photo de presse,
dessin/caricature, publicité...), support et titre.
-
il s'agit d'une photo numérique de presse sur
page écran, prise par Shane T. McCoy, U.S. Navy REUTERS, le 11 janvier
2002; son titre est L'image qui a choqué le monde.
-
Contexte (où se trouve-t-elle) et époque
: nom, date et lieu du canal de diffusion
magazine, journal , mur (affiche)
, écran télé (mise en scène réaliste,
fictive...), écran de cinéma
-
cette image, ainsi que l'article lié, ont été
diffusés sur la page web intitulée: Actualités,
sur le site Internet Yahoo- France, mardi le 22 janvier 2002 (http://fr.news.yahoo.com/).
-
Le sujet abordé (résumé du contenu)
et thèmes
-
détenus agenouillés, pieds et poings
liés, portant bâillons, casques et masques, dans l'attente,
surveillés par des militaires dans un espace dénudé
et grillagé, entouré de barbelés.
-
thèmes : domination, rapports dominé/dominant.
Légende complémentaire
sous la photo de presse
L'image de ces détenus agenouillés
pieds et poings liés, portant bâillons, casques antibruit
et masques aveuglant, dans l'attente de leur transfert vers les cellules,
a soulevé une vague d'indignation à travers le monde. Le
secrétaire américain a démenti tout mauvais traitement
de ces hommes.
Première
exploration
-
Effet produit : plaisir, rêve,
choc, malaise, peur, colère
-
L'image est choquante par différents
procédés: la couleur rouge des uniformes accroche tout
d'abord notre oeil ; les accessoires qui caractérisent l'état
d'asservissement des détenus et le dépouillement du décor
accentuent l'effet de malaise, d'injustice.
-
Problèmes de compréhension du message
Y a t-il un texte/légende/slogan
pour compléter le message ?
-
L'image est réaliste, riche en significations
mais polysémique. La légende qui accompagne l'image aide
à réduire cette polysémie de la photo et la contextualise.
Sans la légende, nous ne pouvons pas savoir où l'action se
passe, à quelle époque et la problématique soulevée.
L'ancrage linguistique complète l'information transmise par la photo
et donne des repères sur certains éléments narratifs
dans l'image: les sujets impliqués et le contexte carcéral.
-
Le taux d'iconicité du sujet de l'information*
est élevé, car l'image permet aux lecteurs de reconnaître,
d'identifier puis de comprendre ce qui se passe pour ces prisonniers et
le rapport de force inéquitable.
*Lire, au sujet du taux d'iconicité
d'un sujet rapporté dans un article illustré, le texte de
Paul Almasy dans un ouvrage collectif sous sa direction, Le Photojournalisme.
Analyse
proprement dite
A. Aspects extérieurs
-
La construction ou itinéraire
de lecture:lecture horizontale (statique/paysage),
verticale (dynamique/portrait)
oblique en Z (classique en publicité
imprimé), narrative (début, milieu, une fin).
-
Les lignes obliques dominent la photo.
-
La lecture de la photo se fait en suivant un parcours
en Z (le titre, l'image et la légende).
-
Le cadrage:l'échelle du
plan: gros plan, plan moyen, plan général, plan d'ensemble
.... l'angle de vision: normal (hauteur des yeux), plongée (du haut
vers le bas= effet d'écrasement), contre plongée (du bas
vers le haut=effet de puissance) ; l'éclairage : jour, nuit, pénombre...
effets techniques (avant plan clair etarrière plan flou), trucages
(grossissement d'un objet, disproportion de...)
-
L'image est cadrée à la verticale et
les éléments qui la composent sont organisés en trois
paliers: le grillage en avant-plan, hors foyer, les personnages en deuxième
plan et le décor en troisième plan (géographie des
lieux et du temps).
-
Le photographe est placé à gauche par
rapport à la scène photographiée; l'angle de prise
de vue est en légère plongée, ce qui produit un certain
effet d'écrasement des sujets, surtout ceux en état d'infériorité,
accroupis.
B. Analyse de la mise en œuvre
-
Les références culturelles
-
La photo est réaliste et objective, elle a
une fonction notionnelle et c'est une photo de reportage.
-
L'image permet de faire une première référence
à des soldats américains à cause de leur uniforme
typique (couleur kaki simulant les sous-bois) . Les barbelés et
clôture renvoient à la réalité carcérale
des prisons.
-
L'expression des sentiments
-
Ces images des détenus immobilisés à
genoux, avec les pieds et les poings liés, portant des casques antibruits
et des masques, suggèrent à la fois le danger et l'humiliation.
-
La photo étonne le spectateur et l'émeut
par la mise en situation inattendue et le rapport de force démesuré.
-
Le dit (ce qui est montré) et le non-dit
(ce qui est suggéré)
-
Le format de la clôture à l'avant-plan
crée l'effet d'une loupe à travers laquelle le spectateur/lecteur
regarde, examine, découvre une réalité ...
La photo joue le rôle ici de preuve,
elle est descriptive: elle montre d'abord un environnement clos
par un grillage dans un lieu désertique; elle va aussi témoigner
de conditions de vie de sujets détenus par des militaires.
Procédés
-
Les procédés
d’expression, la rhétorique visuelle
Y a-t-il un
effet recherché : métaphore, analogie, contraste ou opposition
pour faire réfléchir, provoquer, comprendre des liens ...?
-
L'effet d'opposition est bien
mis en évidence par le rouge qui contraste avec le gris et avec
les zones d'éclairage entre l'avant- plan sombre et l'arrière
plan clair. Les couleurs très saturées des uniformes des
détenus sont en contraste aussi avec celles des soldats. Un procédé
stylistique d'antithèse met en valeur ce rapport de force entre
dominés et dominants (les gens debout VS les gens acroupis).
-
Le grillage hors foyer au premier
plan a une valeur métonymique, suggérant la prison (la partie
pour le tout ).
-
Les outils
Choix d'une technique particulière,
d'un procédé graphique ou de couleurs, de textures pour favoriser
cette rhétorique ou symbolique...?
Le photographe a dû faire cette photo avec
un téléobjectif : le foyer s'est fait sur l'arrière-plan,
donnant ainsi une bonne profondeur de champ à l'image tout en créant
un flou en avant-plan. Peu d'effets sont observables car le but de la photo
est de témoigner d'une réalité et non d'être
esthétique.
Contextualiser
si possible
A. Analyse du contexte dans
lequel l’œuvre a été élaborée
-
Contexte historique: voir
plus haut
-
Contexte artistique
-
Contexte biographique (auteur
si connu ou origine du diffuseur)
B. Recherches savantes dans
le cas de certaines images artistiques ou politiques
Genèse de l’œuvre
La réception de l’œuvre
: diffusion grand public ou non
Pour
conclure
Que pouvez-vous dire à partir
des différents paramètres relevés et impressions dégagées?
La photo
ici est à la fois descriptive (informe sur une situation) et symbolique
(joue sur les codes gestuels, chromatique et rhétorique entre militaires
et prisonniers). L'action photographiée semble avoir été
saisie sur le vif, pas de trucages techniques et veut attester ainsi de
l'authenticité de l'événement. Le grand public ainsi
que les organisations de défense des droits de l'homme sont les
destinataires visés. Enfin, l'image, par sa sobriété
et sa légende, montre sans artifices une situation d'humiliation
inacceptable en démocratie, ce qui vient confirmer le rôle
émotif que peut jouer une image qui informe certes, mais
qui cherche aussi à faire réagir, à susciter la réflexion
et éventuellement l'engagement .
Références
et notes
ALMASY, Paul
et coll .1990. Le PHOTO-JOURNALISME, informer en écrivant des
photos.Paris: éditions du CFPJ (Centre de formation et de perfectionnement
des journalistes). France
CLEMI. 1999. Apprendre avec la presse.
Paris: éditions Retz, France
SERRE-FLOERSHEIM, Dominique. 1993.
Quand
les images vous prennent au mot ou comment décrypter les images.
Paris:
Éd. d'Organisation Université.
Au sujet des images, Serge Tisseron,
psychanalyste français reconnu, écrit que : «Dans la
vie courante, nous sommes toujours engagés par leurs pouvoirs d’enveloppement
et de transformation, et cela nous conduit bien au-delà de leur
seule signification.» http://1libertaire.free.fr/tisseron4.html
Dernière mise à jour:
mars 2004
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