Communication donnée par Stéphanie
Dansereau dans le cadre du colloque Culture populaire et pédagogie
artistique,
20 mars 1999 à Montréal
au pavillon Judith Jasmin au J-M 400 et organisé par le département
d'arts plastiques de l'UQAM.
Le texte qui suit s'appuie sur un
rapport d'étude, rédigé suite à une recherche
exploratoire menée en 1997 à partir de
deux médias d'information-
les magazines et la télévision jeunesse. Le rapport bilingue
intitulé:
Présence et image des
femmes dans les médias d'information destinés aux jeunes
de 10 à 16ans,par Stéphanie Dansereau et Jeanne Maranda,
est disponible à la bibliothèque
des sciences de l'éducation de l'université du Québec
à Montréal.
AVANT - PROPOS La question de l’identité en soi est complexe et celle des jeunes d’aujourd’hui l’est, me semble-t-il, encore plus qu’avant étant donné l’interdépendance des valeurs, des frontières, des cultures. Les recherches et études (Chebel, 1986; Kastersztein, 1990, Gohier et Schleifer, 1993) sur le sujet s’entendent sur un point, celui de reconnaître la double face de l’identité: personnelle et sociale. Ces deux dimensions caractérisent toute personne et correspondent aux besoins d’être à la fois unique et solidaire des autres1. À la pré-adolescence et à l’adolescence, le besoin d’être comme les autres ou de se reconnaître parmi d'autres devient de plus en plus fort . Cette quête d'identité est nourrie par les produits médiatiques aux genres et supports variés, tels que la publicité, l'information ou l'humour dans les magazines, sur les panneaux réclames, dans les émissions radio et à la télévision. Tous ces médias offrent aux jeunes un territoire pour se reconnaître comme individu et comme groupe culturel diversifié, leurs marques de vêtements, leurs titres préférés de musique et de vidéos fictions, leurs acteurs et actrices rêvés et leurs fidélités télévisuelles en font foi . Mon intérêt dans l’étude sur
les jeunes et les médias d'information 2 s’est donc porté
sur l’identité des filles en particulier à travers les modèles
et représentations offerts dans les médias de masse populaires,
c'est-à-dire accessibles au groupe d'âge des 10-16 ans. Ce
n'est que le volet magazine qui sera ici abordé, média participant
à l'identité des jeunes, à leur sentiment de solidarité
et agissant aussi sur leur façon de percevoir et comprendre le monde.
PLAN • Origine et questions de recherche • Principaux résultats
• Annexes
L ’image est un moyen de transport... un territoire auquel nous nous collons pour nous assurer de notre humanité. (Tisseron, 1998, p.15 ) 3Le titre ici proposé ainsi que l'image féminine construite à partir d'une double représentation (une illustration et une photo de mode) ont été choisis pour résumer une étude sur les magazines jeunesse. La métaphore verbale de voyageuse sans valise, pour qualifier la quête identitaire propre à la jeunesse, se voulait évocatrice: une valise est un moyen de transport pour nos effets personnels lorsque l’on doit partir, se déplacer, faire un voyage mais elle nous révèle parfois beaucoup, tout dépend de ce que nous y mettons dedans. Or, l’image peut aussi être décrite comme un moyen de transport, et je vais reprendre l’analogie utilisée par le psychanalyste français Serge Tisseron (1998) lorsqu’il établit une comparaison entre l’image et la voiture: on peut prendre la voiture pour se déplacer d’un point à un autre ou pour tout simplement flâner, admirer le paysage, découvrir un lieu. C’est la même chose pour l’image, on peut utiliser l’image pour aller le plus vite possible d’un point à un autre et c’est le raccourci pour la pensée que notre culture a tellement valorisé . On peut aussi flâner avec l’image, la questionner, rechercher sa signification. Mais cette activité cognitive n'est pas vraiment valorisée à l'école ; ailleurs, sur les panneaux d’affichage, au café avec la presse écrite ou cybernétique, à la maison dans les magazines ou devant le petit écran, on peut s'y exercer naturellement, à condition bien sûr d'avoir des images pour voyager et une valise pour les transporter ! Tisseron insiste sur le fait que notre rapport
aux images, aussi bien virtuelles que matérielles, en est un territorial,
c'est-à-dire qu'il faut entrer dans l'image et la transformer pour
pouvoir la constituer progressivement en territoire de signification.
Or, c'est sans doute encore plus vrai pour les adolescents qui se collent
aux images de leurs vedettes à cause des pouvoirs d'enveloppement
et de transformation que ces représentations idéalisées
ont sur eux. Ainsi, se rassurent-ils sur leur humanité. Déjà,
dès l'enfance, les albums de photos de famille, les cassettes vidéos
et les séries télévisuelles offrent des images et
des sons détenteurs de sens. Et la télévision est
certainement devenue le grand narrateur de cette fin de siècle.
Elle occupe moins les adolescents que les enfants, et c'est la radio qui
gagne du terrain ainsi que les magazines jeunesse. C'est dans ce contexte
médiatique qu'est née l'étude sur la télévision
et les magazines d'information. Le but étant d’identifier les contenus
thématiques et les traitements privilégiés
par deux médias très populaires et accessibles aux jeunes
ainsi que de questionner le voyage proposé.
ORIGINE ET QUESTIONS DE RECHERCHE Cette étude s’inscrit à la suite des recommandations découlant de la Conférence Internationale des femmes à Beijing en 1995. On y déplorait encore une fois la sous-représentation des femmes dans les médias de masse (radio, télévision et presse écrite), et leurs rôles encore trop traditionnels . Et c’est dans le domaine de l’information médiatisée plus spécifiquement que les femmes semblent être peu présentes. Pour encourager les femmes à davantage s’impliquer, à se former, à travailler dans les médias de masse, il est apparu de plus en plus évident qu’il fallait aller voir du côté des médias jeunesse pour mieux cerner la façon dont on s’adressait aux jeunes et des modèles qui s’en dégageaient. Constatant que la télévision demeure le premier média de masse consommé par la jeunesse québécoise, que le magazine féminin est une autre source d’information très appréciée par les filles en particulier à l’adolescence, la télévision et le magazine ont donc été retenus comme catégorie de médias, l’information4 comme genre et l’identité féminine comme angle d’analyse particulier. J'ai choisi d'aborder le volet magazine5 dans le cadre du colloqueCulture populaire et pédagogie artistique, car les pages d’information et d’éducation populaire auprès d’adolescentes en quête d’identité m'apparaissaient porteuses de sens pour elles mais aussi pour nous. Une certaine culture leur est proposée, une certaine façon aussi de symboliser le monde, par des mises en relation et mises en forme de mots, d'images et de modèles. Enfin, le magazine offre un territoire moins fugitif que celui de la télévision. La question générale de recherche par rapport à ce support médiatique fut la suivante: comment les magazines jeunesse rassurent-ils les filles sur leur identité ? Et plus spécifiquement : Y a-t-il des différences d'un magazine à l'autre et entre les magazines français du Québec et ceux des États-Unis dans le traitement des discours tenus, dans les thématiques abordées et rôles représentés, dans le choix des codes médiatiques utilisés ? La culture américaine est envahie par des personnages, des scénarios et des raisonnements gothiques… (Edmundson, 1997)
Le ton est intimiste, on interpelle en tutoyant les jeunes en français et on leur dicte des conduites à suivre, c’est le JE ou le TU qui domine, tout est centré sur l’individualité de l’adolescente, le collectif n’existe pas; du côté anglophone, on leur raconte des histoires vécues, sur un mode plus spectaculaire ou gothique 6, (des jeunes qui ont tué d'autres jeunes !) mais la fonction de communication qui domine dans tous ces magazines, quelle que soit la langue, est incitative (agir sur le comportement) plutôt qu'informative comme telle: on propose des recettes pour résoudre des problèmes d'ordre physique d'abord puis psychologique . Les sujets abordés s'inscrivent dans le temps présent donc dans l'immédiateté, dans l'éphémère. Le passé ou l'avenir ne semble pas avoir d'intérêt ou de prise dans l'univers des magazines de filles, ni les enfants ni les personnes âgées. Le ici-maintenant est roi et c'est dans l'ordre des choses. La présence d'ethnies autres que blanches est totalement ignorée dans les deux magazines québécois tandis que du côté américain, cette présence s'observe par le biais de photos illustrant certains articles même si, majoritairement, c'est dans la publicité que l'équilibre ethnique est assuré. L'ouverture sur le monde, autre qu’américain, sur les autres qui ne sont pas de notre culture ou de notre langue est peu initiée dans l'ensemble des magazines, quelle que soit la langue utilisée. Cependant, une nouvelle rubrique sur l’Internet dans Filles d'aujourd'hui aborde très timidement cette ouverture, mais c'est un début (et c'est un journaliste homme qui signe cette rubrique !). Voilà une partie du bagage offert. La dimension du NOUS est absente de ces magazines et pourtant ce besoin de solidarité existe chez tous les jeunes, même s'il s’exprime différemment selon la communauté d’appartenance (famille-ethnie-religion-langue-âge, sexe…). La majorité des articles sont écrits par des femmes et les photos réalisées par des hommes. Les rôles sont saufs! Et si on parle de regard masculin à travers les images, il faudrait penser davantage à celles dans les publicités car les photos qui accompagnent les articles sont peu loquaces en information; elles apparaissent selon le mode descriptif du portrait passeport qui se répète souvent, ce sont les mimiques ou les postures qui varient. Ce ne sont pas elles qui font rêver. La densité d'information pertinente semble beaucoup plus importante du côté francophone qu'anglophone, mais ceci est dû au fait que les publi-reportages du côté américain ne sont pas comptabilisés car ils ne sont pas signés par une journaliste. Du côté québécois, il est étonnant de constater que cette tendance à assimiler un contenu rédactionnel au contenu promotionnel est cautionnée par la signature d'une journaliste. C'est un phénomène qui s'accentue de plus en plus aujourd'hui dans beaucoup d'imprimés y compris les journaux et il serait utile de sensibiliser les jeunes à cette façon d'agir sur leur comportement tout en informant. Pour ce qui est de la densité publicitaire dans les magazines américains, elle occupe 40%, en moyenne, de la surface imprimée. Le reste se partage entre 15 % d'articles pertinents, quel que soit le traitement, et 45% qui distraient. Même si la facture générale des deux magazines francophones du Québec, Filles d'Aujourd'hui et Adorable, apparaît plus artisanale et offre un montage d’images et de textes souvent sans organisationréelle de lecture, ces textes offrent plus d’articles d'information (40%) et la publicité commerciale explicite y est moins présente (9%). La publicité joue donc, dans les magazines de langue anglaise plus particulièrement, un rôle fort important auprès de notre jeune clientèle qui ne peut l'éviter. Ce rôle forme ou déforme leur vision du monde qui est narcissique et les pousse à désirer la perfection à n'importe quel prix, du moins en apparence. La clientèle visée par ces magazines est souvent bilingue et rejoint donc les adolescentes du Québec, quelle que soit leur langue maternelle. Le type de publicité dont il est question ici est spécifiquement commercial, impliquant visuellement des protagonistes jeunes (de l'âge des lectrices visées), jolies, minces, souriantes, entourées d'amis... Le bonheur y est suggéré et les produits mis en vitrine sont, majoritairement, de beauté, l'apparence étant le leitmotiv. Du côté français, la publicité n'est jamais non plus de type sociétal tel que "L'alcool au volant", "Les MTS" ou "Le décrochage scolaire", ces thématiques pourtant sont d'intérêt public et jeunesse ! Les différents paliers de gouvernement le savent et nous les communiquent fugitivement par la voie du petit écran . Alors pourquoi les imprimés grand public, en français en particulier, destinés aux jeunes, les ignorent-elles ? Véhicules techniques et symboliques Le magazine jeunesse tout comme la télévision, l’Internet, la bande dessinée, le cinéma, l’affichage est un véhicule technique et symbolique, il offre des représentations, des signes, des traces, des mots, mais peu d'itinéraires de lecture, pas de méthodes pour entrer dans l'image des textes, pas de référents contextualisés... Ce média de masse est un intermédiaire qui relie les filles entre elles, de tout horizon, pour découvrir, pour comprendre, pour apprécier… Et, comme parents ou enseignants, nous l’oublions bien souvent. Du symbolique au technique, la notion de média recouvre tous ces moyens de médiation que sont le cinéma, la télévision ou la grande presse. Cette notion de média "[…] est donc bordée par les codes, par les moyens de transport matériels, par les institutions qui nous organisent et nous relient à travers l’espace mais aussi le temps (école, église, état). […] les médias constituent l’infrastructure technique et le milieu de notre vie symbolique en général "7 (Balle, 1999, p. 149). Or, les disciplines scolaires, y compris les arts visuels, pourraient très bien intégrer ces médias de masse, sans vocation pédagogique ou esthétique au départ, mais qui sollicitent des compétences transversales autant intellectuelles, méthodologiques que langagières. Ces compétences sont fort utiles aux jeunes pour aborder bien des matières scolaires et pour marquer éventuellement la facture ou les contenus de ces produits médiatiques. Les jeunes tissent leur identité psychologique et sociale à partir de leurs communautés d’appartenance (famille, école, langue, ethnie...) ainsi qu’à partir des médias qu’ils traversent quotidiennement pour se reconnaître, se situer et affronter les expériences du présent et se préparer à l'avenir. Aidons-les à se les approprier davantage quant aux sens qu'ils détiennent, donnons-leur des outils à la fois techniques et conceptuels pour les transformer. • Quête identitaire et conscience historique Si l’école veut jouer son rôle d'éducation au sens de nourrir ("educare") et de conduire hors de ("educere"), il faut qu'elle reconnaisse celui des médias comme déterminants psycho-sociaux dans le développement de la pensée et de la personnalité des jeunes. Les médias sont très peu étudiés à l’école, comme langage, comme produit culturel, comme source ou témoin d'événements, d'opinions, de valeurs, de sens, de tendances à questionner, ou encore comme filtres de la vie... Avec la refonte des programmes d'études québécois au préscolaire-primaire et au secondaire, l'éducation aux médias va devenir un domaine d'expérience de vie incontournable mais risque de demeurer un défi non résolu pour le monde enseignant. Il faut que les produits médiatiques consommés par les jeunes soient reconnus par les adultes qui les éduquent, soient une occasion de mieux les connaître et de les aider à les contextualiser en termes identitaire et critique. C'est pourquoi, même à travers les magazines jeunesse qui nous semblent futiles, les filles apprennent à se forger des opinions, à réfléchir sur leurs motivations, leurs croyances, leurs préjugés et leurs peurs. Elles s'informent aussi sur des réalités, un peu triviales par moments, mais qui les guident malgré tout. La bonne nouvelle est la présence de la romancière et journaliste Micheline Lachance comme éditrice de Filles d'Aujourd'hui. Une relève est attendue, plus ouverte sur le monde, sur les autres, sur le passé comme sur l'avenir, qui a soif de comprendre la mutation qui marque son époque car « […] le passé est aussi habité de musiques et de mots, de cris et de larmes, de vies et de morts…» (Létourneau 1996, p.90) 8, toute époques’inscrivant simultanément par rapport au passé et à l’avenir. NOTES ET RÉFÉRENCES 1. Ce double processus de singularisation et de socialisation vécu par les jeunes est bien décrit dans le premier chapitre de l'ouvrage collectif de Gohier, C et Schleifer, M. (sous la direction de) 1993. La question de l'identité, Montréal: Éditions Logiques . Il dépend de facteurs psycho-individuels d’une part mais est aussi marqué par des déterminants socio-historiques. 2. L'ensemble de la méthodologie et des résultats de cette étude sur deux médias d'information- les magazines jeunesse et la télévision jeunesse - sont disponibles dans le rapport intitulé:
3. L’information est comprise comme la production, la collecte, le triage, la transformation (dans une forme écrite ou audiovisuelle) et la transmission des nouvelles; ces dernières sont des événements sociaux qui ont été transformés par les journalistes et qui sont devenus des événements médiatiques. (Hermelin, C. 1993 Apprendre avec l’actualité : théorie et pédagogie de l’événement, Paris: Éditions Retz, France). 4. Il convient ici de noter qu’au cours de notre recherche médiagraphique, nous avions répertorié le Magazine jeunesse, publié en collaboration avec le ministère de l’éducation du Québec, qui n'est pas en kiosque mais diffusé, par abonnement, dans certaines écoles secondaires seulement par le Groupe Jeunesse (514-274-6124). Il n'a pas été retenu à cause de son accessibilité restreinte. En outre, le magazine Cool nous est apparu comme ayant un contenu un peu plus spécialisé (les groupes musicaux dominent) que Filles d'Aujourd'hui et Adorable . Il n'y a pas d'équivalent du côté de la presse écrite pour les jeunes du Québec au Bulletin des jeunes (émission de télévision diffusé par RDI, qui informe sur l'actualité). Les seuls journaux ou magazines sont étrangers (Les clés de l'actualité de France ou le Wall Street Journal des USA). Enfin, les magazines Teen et Y&M ont été retenus comme matériau pertinent du côté anglophone car il n’existe pas de magazines publiés au Canada, en langue anglaise et d’intérêt général, sans spécialisation, destinés aux jeunes, à l'exception de What ?, publié à Winnipeg et qui circule dans les écoles secondaires canadiennes en cercle restreint. Seventeen était l’autre magazine américain populaire auprès des filles anglophones et francophones du Québec mais son contenu s’adresse davantage à une clientèle plus âgée. 5. Le gothique: genre littéraire populaire au 18e et 19e siècles dans lequel une large place est faite aux histoires sensationnelles et horrifiantes. Le professeur Edmundson écrit dans son livre Nightmare on Main Street (Harvard University Press) que même dans les bulletins de nouvelles, dans nos quotidiens les plus respectables, dans les talk-shows télévisés, le mode gothique est ascendant. Pensons à Fabricant ou à Marc Lépine chez nous… 6. Tisseron, S. 1998 Y a-t-il un pilote dans l'image ? Paris: Éditions Aubier, France 7. Balle, F. (sous la direction de) 1999. Dictionnaire des médias, Paris: Larousse 8. Létourneau, J. 1996. "Les jeunes et le passé", dans Québec-Français, printemps, no 101, p.88-91 |
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Critères de sélection des magazines jeunesse - magazines accessibles en kiosque, en bibliothèque de quartier et en librairie ; - magazines destinés aux adolescents sans champ de spécialisation où les fonctions informatives et incitatives du discours priment; - magazines publiés au Canada prioritairement, en français et en anglais, à moins de ne pas avoir de choix dans l’une des deux catégories linguistiques retenues. À partir de ces critères, l'équipe n’a pu répertorier que deux magazines en français et deux en anglais répondant à ces critères. Quatre magazines différents ont donc été analysés pendant les mois de mars et d'avril 1997, deux édités au Québec en français et deux édités en anglais aux Etats-Unis, il s'agit de: -Filles d’aujourd’hui (magazine édité dans la ville de Montréal -Adorable (magazine édité dans la ville de Québec) -Teen (magazine édité aux Etats-Unis) -Y & M (Young and Modern -magazine édité aux Etats-Unis) Grille d'analyse de contenu : pour diminuer la subjectivité dans la collecte des données La collecte des données d’information a été effectuée à l’aide d’une grille d’analyse de contenu adaptée au support étudié. Cette grille s’est d’abord inspirée de celle développée par le ERIN Research pour Mediawatch dans le cadre du Global Media Monitoring Project ( Mediawatch /Évaluation-Médias est un organisme canadien qui travaille depuis 1983 à améliorer l’image des femmes dans les médias et son courriel : mediawatch@myna.com). Cependant, étant donné la nature de la recherche ici, c’est-à-dire interprétative (analyse de données qualitatives), la grille fut repensée en intégrant des unités de sens relatives au traitement, aux codes techniques, socioculturels de l’information et aux types de mise en forme ou montage des messages. Elle fut validée par quatre juges codeures à partir de critères de clarté des unités à analyser et de fonctionnalité de la grille quant aux caractéristiques techniques du média . Ces juges ont été, par la suite, impliquées dans l’analyse systématique des documents étudiés. Quoi coder ? Des critères de sélection de l’information furent déterminés en fonction tout d’abord des intentions de communication ou fonctions du discours tels qu’exploitées dans le programmes d’enseignement du français au primaire et au secondaire; seules les fonctions informatives (où l’émetteur veut livrer un contenu d'abord factuel au récepteur) et incitatives (où l’émetteur veut agir sur le comportement du récepteur en lui dictant une conduite ou en cherchant à le convaincre) ont été retenues. Les autres fonctions de la communication, expressive, poétique et ludique telles que rencontrées dans les éditoriaux, le courrier du coeur, les récits ou fictions, les jeux, l'horoscope ou les potins..., ont été ignorées. Tout article non signé par un journaliste n'a pas été davantage comptabilisé. Les contenus retenus s’expriment de la façon suivante:
Trois catégories d’analyse de l’information ont été retenues : la facture des documents, les contenus thématiques et le langage médiatique (catégories valables également pour l'analyse des émissions de télévision): La facture touche la densité d’information pertinente et le traitement des sujets; ce dernier se spécialise en trois types : -traitement factuel dont l’intention est de montrer ou rapporter des faits avec ou sans entrevues, donc d’informer (reportage) ; -traitement narratif dont l’intention est d’informer en racontant des événements ou en se racontant selon un point de vue plus subjectif; le discours expressif se mêle ici à l’information (témoignage, docu-fiction ou portrait); -traitement argumentaire ou incitatif dont l’intention est d’agir sur le comportement en dictant une conduite directement ou indirectement tout en informant (plaidoyer, enquête ou publi-reportage). • Contenu thématiques d’information et acteurs Il s’agit des sujets traités, des personnes invitées et de leur rôle d’agent ou initiateur de l’action, de l’équipe de rédaction : journalistes, photographes, éditorialiste. Les catégories de sujets thématiques retenues sont : beauté, santé, sexualité, psychologie populaire, occupation, arts et médias, sports et actualités. Les variables sexe, âge, ethnie, métier ont été considérées dans la limite du possible. • Langage médiatique de l'image et ses rapports au texte -les codes techniques : cadrages, angles de prise de vue, couleurs, éclairages, mouvements. -les codes socioculturels et topologiques: espaces privés ou publics, décors montrés ou suggérés, objets, costumes... -la mise en page ou montage où deux axes se distinguent : l’axe temporel qui favorise le montage séquentiel (images et texte liés physiquement entre eux) et implique une progression dans les événements selon un point de vue; l’axe spatial qui favorise le montage descriptif ou mosaïque (images liées sémantiquement entre elles) et c’est le texte qui détient tout le sens et oriente le lecteur . |