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Élections américaines : Bulletin de campagne n°8
9 Octobre, 2008
Jeudi 09 octobre 2008
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CETTE SEMAINE :
• Barack Obama creuse son avance dans les États traditionnellement démocrates et est même en tête dans des États traditionnellement républicains, comme le Colorado, la Floride ou encore la Virginie.
• Le second débat présidentiel fut décevant, les deux candidats n’apparaissant guère à la hauteur des enjeux historiques de cette élection.
• Une mauvaise compréhension de la crise risque de se traduire par de mauvais remèdes.
• L’État-clé de la semaine : le Michigan.
SI LES AMÉRICAINS VOTAIENT AUJOURD’HUI[1] …
Projection des voix au Collège électoral, au 9 octobre 2008 :
BARACK OBAMA : 277 - John MCCAIN : 158 – INDÉCIS : 103
(270 voix sont nécessaires pour remporter la victoire)
L’ANALYSE DE LA SEMAINE
Alors que la crise financière connaît de nouvelles convulsions malgré l’adoption par le Congrès américain vendredi 3 octobre du plan de sauvetage proposé par l’administration Bush[2], le second débat entre les candidats à l’élection présidentielle fut décevant. Ni Barack Obama, ni John McCain n’ont semblé en mesure de proposer des solutions pour sortir d’une crise dont les mécanismes apparaissent compliqués et sont sujets à discussions. Quoiqu’il en soit, la période actuelle se traduira très probablement par une redéfinition de la place des Etats-Unis sur la scène internationale.
Mardi 7 octobre, lors du second débat de l’élection présidentielle, les promesses des candidats de rénover la pratique politique apparurent fort lointaines. En effet, John McCain et Barack Obama ont opté pour un plan de match peu ambitieux. Ils ont soigneusement évité les erreurs grossières et les attaques frontales, tout en s’accrochant aux mêmes arguments généraux utilisés depuis des semaines. Au-delà de la seule fatigue engendrée par une campagne très longue, trois facteurs expliquent le caractère décevant de ce débat[3]. Premièrement, les règles qui le régissent sont trop strictes. L’organisation des débats est le résultat d’une longue et pointilleuse négociation entre les deux équipes de campagne. L’accord conclut pour les débats de cette année comportait ainsi une trentaine de pages. Or, l’objectif de ces négociations n’est pas tant de permettre une discussion approfondie des enjeux entre prétendants à la présidence que d’assurer qu’aucun des candidats ne se trouve dans une situation hasardeuse. Sachant qu’aucun candidat sérieux ne peut refuser de participer à ces débats, la commission qui les organise devrait cependant conserver toute la latitude nécessaire pour que ces rendez-vous soient bénéfiques pour les citoyens. Par exemple, le modérateur devrait être en mesure de renoncer aux étroites contraintes de temps pour discuter sérieusement d’un enjeu important. À ce titre, dans le second débat les deux candidats ont passé moins de 10 minutes à discuter du plan qu’ils mettraient en œuvre pour sortir de la crise actuelle…
Deuxièmement, les candidats ne répondent pas aux questions posées et préfèrent s’en tenir à leurs thèmes et slogans de campagne au détriment de propos plus spécifiques et parfois moins complaisants vis-à-vis de la population[4]. Ce comportement peut apparaître moins évident chez John McCain et Barack Obama que chez Sarah Palin. Les deux premiers ont en effet une grande expérience de la scène politique et des talents oratoires dont ne dispose pas la seconde. Pour autant, le vide de leurs réponses est frappant pour peu que l’on relise les comptes-rendus écrits des débats. Les réponses à la première question du débat de mardi (quelles sont les mesures concrètes, immédiates que vous prendriez pour aider les personnes âgées qui sont les plus touchées par la chute des marchés et de la valeur de leurs maisons ?) furent à cet égard révélatrices. Barack Obama se lança dans une habituelle dénonciation des effets pervers de la dérégulation, du comportement indécent de certains grands patrons (ceux d’AIG avaient pris des vacances luxueuses quelques jours après le sauvetage de l’entreprise par le gouvernement fédéral) et affirma la nécessité d’un système de santé public. McCain ne répondit pas à la question dans un premier temps, appelant à baisser les impôts et à l’indépendance énergétique des Etats-Unis. Il fut par après plus spécifique affirmant qu’il demanderait à son secrétaire au Trésor de racheter les hypothèques les plus à risque pour stabiliser le marché immobilier et permettre aux personnes de conserver leur maison. Malgré les implications, notamment financières, de cette proposition, aucune précision ni discussion plus approfondie ne suivit.
Troisièmement, le cœur de la stratégie de campagne des deux candidats a atteint ses limites[5]. Barack Obama et John McCain sont certes des candidats exceptionnels qui ont habilement joué de leurs parcours personnels pour obtenir l’investiture de leurs partis. Tous deux ont une histoire singulière et incarnent un vent de réforme, si ce n’est de changement, de la pratique politique. Or, depuis le début de l’automne et de la véritable campagne électorale, aucun n’a délivré de discours inspirant, aucun n’a présenté de vision pour sortir les Etats-Unis d’une des périodes les plus délicates de leur histoire contemporaine, aucun n’a produit de performance remarquable dans les deux premiers des trois débats. Dès lors, la décision que doivent prendre les Américains le 4 novembre prochain pourrait se limiter à un choix par défaut, voire par dépit. La « lune de miel » risque alors d’être brève pour le nouveau président. S’il manque de capital politique, il ne pourra pas mettre en œuvre les mesures nécessaires, parfois douloureuses, pour sortir les Etats-Unis de leur actuelle ornière.
Saviez-vous que …
Depuis la fin des années 1940, les Etats-Unis ont connu pas moins de 10 récessions qui n’ont pas conduit à des catastrophes nationales. Elles ont en moyenne duré 10 mois et le taux de chômage a atteint en moyenne 7,6 % (il était en septembre 2008 à 6,1 %). Les deux pires récessions, celles de 1973-75 et 1981-82, ont duré 16 mois avec des taux de chômage maximum de 9 et 10,8 % respectivement[6].
Dans un tel contexte, alors que la population va subir les conséquences économiques de la crise financière, que la déception à l’encontre du libre marché peut susciter des tendances protectionnistes et que les candidats à l’élection présidentielle ne sont guère inspirés, le risque est grand que les prochains décideurs à Washington prennent les mauvaises décisions. Par exemple, la dérégulation est plus souvent qu’autrement présentée comme la cause de la débâcle de Wall Street. Or, des voix essayent de se faire entendre, notamment des économistes, pour nuancer cet argument[7]. Ceux-ci avancent, de façon convaincante, que la cause fondamentale de la crise actuelle réside dans une trop grande facilité d’obtention du crédit, même par des acteurs manifestement non-solvables. Ainsi, Freddie Mac et Fannie Mae se seraient lancés dans l’octroi d’hypothèques à haut risque avec les encouragements du gouvernement fédéral qui agissait comme garantie en dernier recours d’une part, et grâce à une politique d’accès facile aux liquidités promue par la Réserve Fédérale d’autre part. Une évaluation précipitée et erronée d’un problème ne peut guère déboucher sur des solutions efficaces[8].
La crise financière actuelle nécessite certes une intervention des pouvoirs publics et une redéfinition des règles du jeu des marchés financiers, tant aux Etats-Unis qu’à l’échelle internationale. Un « Bretton Woods » apparaît alors nécessaire. Cependant, cette crise n’est qu’un symptôme d’un problème beaucoup plus profond qui fragilise la prospérité américaine et par conséquent la place des Etats-Unis sur la scène internationale[9]. Les Etats-Unis sont une grande puissance qui vit à crédit, tant au niveau du gouvernement fédéral qu’à celui des particuliers. Fragilisés par la crise actuelle, les Etats-Unis verront donc à moyen terme leur marge de manœuvre, leur souveraineté contrainte par les demandes et par les intérêts qu’ils doivent à leurs bailleurs de fonds, tels que la Chine ou les pétro-monarchies du Golfe Persique[10]. Une profonde remise en cause de ce « mode de vie » à crédit, aussi douloureuse soit-elle est donc urgente. D’autant plus qu’un des plus gros défis pointe à l’horizon : avec le vieillissement de la population, les coûts de l’assurance-maladie (Medicare) et de la sécurité sociale (Social Security) vont croître de manière exponentielle pour atteindre 10 % du PIB (contre 4 actuellement)[11]. La crise actuelle n’apparaîtra alors que comme un prélude ou, mieux, comme une piqûre salutaire. Dans cette perspective, les décisions du prochain président et du prochain Congrès seront donc décisives pour l’avenir des Etats-Unis[12].
L’État-clé de la semaine : le Michigan[13].
Population : 10 millions
Nombre de voies au Collège électoral : 17
Aucun candidat républicain à la Maison-Blanche n’a remporté le Michigan depuis 1988. Cette situation va perdurer cette année. En effet, John McCain avait de forts espoirs d’être compétitif dans cet État durement touché par la crise de l’industrie automobile et délaissé par Barack Obama pendant les primaires démocrates. Il espérait bénéficier du manque d’attractivité d’Obama vis-à-vis de l’électorat des classes moyenne et ouvrière. Or, la crise financière et les incertitudes économiques ont rendu le terrain plus favorable au candidat démocrate. Début octobre, John McCain a donc décidé d’abandonner les efforts dans cet État, illustrant les difficultés croissantes que rencontre le candidat républicain à être compétitif dans les États-clés et même à préserver des États traditionnellement républicains, comme la Floride. À surveiller le 4 novembre : la victoire de Barack Obama dans le Michigan ne fait guère de doutes, mais le taux de participation sera un indicateur de la confiance accordée par les électeurs au prochain président pour sortir de la crise actuelle.
Pour aller plus loin :
- Fancis Fukuyama, « The Fall of America, Inc. », Newsweek, 13 octobre 2008.
- Steven Malanga, « The Bailout and the Vanishing Taxpayer », RealClearMarkets.com, 8 octobre 2008.
- Alvaro Vargas Llosa, « Myth Busters », The New Republic, 8 octobre 2008.
- Sebastian Mallaby, « Blaming Deregulation », Washington Post, 6 octobre 2008
Ce bulletin est réalisé par Julien Tourreille, Chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de la
Chaire Raoul-Dandurand (tourreille.julien@uqam.ca)
Pour tout savoir sur les élections américaines, consultez le
http://www.dandurand.uqam.ca/electionsusa2008
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Source : [1]RealClearPolitics.com, http://www.realclearpolitics.com/epolls/maps/obama_vs_mccain/ [2]Alexander Bolton, « Doubts grow over rescue », CBS.com, 6 octobre 2008.
[3]John Harris et Jim VandeHei, « The worst debate ever », Politco.com, 8 octobre 2008 ; Byron York, « McCain vs. Obama : The Snoozer in Nashville », National Review, 8 octobre 2008.
[4]Steven Pearlstein, « For the New Contagion, the Same Old Prescriptions », Washington Post, 8 octobre 2008.
[5] « The Crisis Agenda », The New York Times, 7 octobre 2008.
[6]Robert Samuelson, « Is This a Replay of 1929 ? », Washington Post, 6 octobre 2008.
[7]Sebastian Mallaby, « Blaming Deregulation », Washington Post, 6 octobre 2008.
[8]Alvaro Vargas Llosa, « Myth Busters : Over-regulation is not the answer to America’s financial woes », The New Republic, 8 octobre 2008.
[9]Jay Solomon, « McCain, Obama Say Financial Crisis Threatens U.S. Power Overseas », The Wall Street Journal, 8 octobre 2008 ; Fancis Fukuyama, « The Fall of America, Inc. », Newsweek, 13 octobre 2008.
[10]Niall Ferguson, « The End of Prosperity ? », Time Magazine, 2 octobre 2008 ; Zachary Karabell, « America and the New Financial World », The Wall Street Journal, 6 octobre 2008.
[11] David Leonhardt, « Ignoring Reality Has a Price », The New York Times, 8 octobre 2008.
[12]Jonah Lehrer, « The Next Decider », Boston Globe, 5 octobre 2008.
[13] Sources : Washington Post, http://projects.washingtonpost.com/2008/elections/co/president/ ; The New York Times, http://elections.nytimes.com/2008/president/whos-ahead/key-states/map.html ; CBS News, http://www.cbsnews.com/stories/2008/07/24/politics/main4290416.shtml ; Politico.com http://www.politico.com/convention/swingstate.html

Le 2ème débat présidentiel
8 Octobre, 2008
Donald Cuccioletta, Chercheur associé à l’Observatoire sur les États-unis de la Chaire Raoul-Dandurand, commente le 2ème débat entre Obama et McCain pour Le Café Show sur les ondes de Radio-Canada Alberta

La religion est-elle aussi importante qu’on le croit?
8 Octobre, 2008
La religion est une des composantes fondamentales de la nation américaine; la devise même des États-Unis en traduit d’ailleurs l’importance : In god we trust.
Phénomène complexe, la foi chrétienne a eu une influence dans des mouvements parfois contradictoires, de la lutte pour les droits civiques à la «révolution conservatrice» entamée sous Ronald Reagan dans les années 1980.
Plus récemment, plusieurs ont vu dans la réélection de George W. Bush en 2004 la démonstration de l’importance des électeurs religieux, qui auraient donné la victoire au camp républicain.
D’autres, comme le politologue au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) à Paris, Denis Lacorne, relativisent toutefois le rôle de la religion en Amérique et croient que les candidats font fausse route en faisant étalage de leur foi. Entretien avec l’auteur de l’ouvrage De la religion en Amérique et chercheur associé à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.
Propos recueillis par Emiliano Arpin-Simonetti
La religion des candidats a occupé énormément d’espace dans cette campagne, mais quelle en est l’importance réelle?
- Pour enregistrer l’entrevue -
Un candidat à la présidence doit-il se présenter comme religieux s’il espère l’emporter?
- Pour enregistrer l’entrevue -
Les partis accordent-ils trop d’importance au vote religieux ?
- Pour enregistrer l’entrevue -
En courtisant les électeurs les plus fondamentalistes, les républicains sont-ils prisonniers de cette frange de l’électorat, qui a des positions plus extrémistes sur de nombreux enjeux -tels que l’avortement ou les mariages gays?

Analyse
7 Octobre, 2008
Frédérick Gagnon, Professeur au Département de science politique de l’UQAM et Directeur adjoint de l’Observatoire sur les États-Unis, vient de publier le texte « De ‘l’Obamanie’ à ‘l’Obamarasme’ » dans le numéro d’octobre de la revue Policy Options.

Rendez-vous dans l’isoloir
4 Octobre, 2008
Élisabeth Vallet, Chercheure post-doctorale à l’Observatoire sur les États-unis de la Chaire Raoul-Dandurand, évalue les chances des deux candidats pour Le Devoir

Revue de presse du 26 septembre au 03 octobre 2008
3 Octobre, 2008
“Le cauchemar de la gauche”, Charles Nobles, Le Devoir, vendredi le 26 septembre 2008
« Pari risqué », Guy Taillefer, éditorialiste pour Le Devoir, vendredi le 26 septembre 2008
« Le bagarreur contre le professeur », Guy Taillefer, éditorialiste pour Le Devoir, samedi le 27 septembre 2008
« Sarah Palin évite le pire »,Claude Lévesque, Alexandre Shield, Le Devoir, vendredi le 03 octobre 2008
« Un débat poids lourd », Richard Hétu, correspondant aux États-Unis du journal La Presse, vendredi le 26 septembre 2008
« Des sondages en dents de scie », Nicolas Bérubé, La Presse, vendredi le 26 septembre 2008
« McCain perd des plumes », Nicolas Bérubé, La Presse, samedi le 27 septembre 2008
« Un duel aigre-doux », Nicolas Bérubé, La Presse, samedi le 27 septembre 2008
« Palin et le syndrome Forest Gump », Alain Dubuc, La Presse, dimanche le 28 septembre 2008
« Le renard et le louveteau », Mario Roy, éditorialiste pour La Presse, dimanche le 28 septembre 2008
« Un verdict a retardement », Richard Hétu, correspondant aux États-Unis du journal La Presse, dimanche le 28 septembre 2008
« Un débat instructif », Lysiane Gagnon, La Presse, mardi le 30 septembre 2008
« Lutte féroce autour des indécis », André Duschesnes, La Presse, mardi le 30 septembre 2008
« Joe le gaffeur », Richard Hétu, correspondant aux États-Unis du journal La Presse, jeudi le 02 octobre 2008
« Débat des colistiers : confiance contre expérience », Hétu, correspondant aux États-Unis du journal La Presse, jeudi le 02 octobre 2008
« Palin, le pitbull populiste », Alexandre Sirois, La Presse, jeudi le 02 octobre 2008
« Deux candidats, deux débats », Nicolas Bérubé, La Presse, vendredi le 03 octobre 2008
Presse Canadienne anglaise
“Palin talks straight but still stumbles; Biden fights back – and sheds a tear”, John Ibbitson, The Globe and Mail, vendredi le 03 octobre 2008
“McCain a runaway favourite… among Israelis”, Oakland Ross, The Toronto Star, mercredi le 01 octobre 2008
Presse étrangère
“John McCain et Barack Obama emporté par la crise”, Patrick Sabatier, correspondant au Capitole pour Le Point, mardi le 30 septembre 2008
« Pour Sarah Palin, le débat de la dernière chance », Patrick Sabatier, correspondant au Capitole pour Le Point, jeudi le 02 octobre 2008
« Joe Biden prend l’avantage sur Sarah Palin », Philippe Gélie, Le Figaro, vendredi le 03 octobre 2008
“The vices of their virtues”, Jon Meacham et Evan Thomas, Newsweek, samedi le 27 septembre 2008





