Catégorie: La course des primaires

Quelles différences entre les propositions des deux candidats, en matière d'économie ?
14 Octobre, 2008
Julien Tourreille, chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand, décrypte chaque semaine la campagne pour Ouest France.

Élections américaines : Bulletin de campagne n°8
9 Octobre, 2008
Jeudi 09 octobre 2008
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CETTE SEMAINE :
• Barack Obama creuse son avance dans les États traditionnellement démocrates et est même en tête dans des États traditionnellement républicains, comme le Colorado, la Floride ou encore la Virginie.
• Le second débat présidentiel fut décevant, les deux candidats n’apparaissant guère à la hauteur des enjeux historiques de cette élection.
• Une mauvaise compréhension de la crise risque de se traduire par de mauvais remèdes.
• L’État-clé de la semaine : le Michigan.
SI LES AMÉRICAINS VOTAIENT AUJOURD’HUI[1] …
Projection des voix au Collège électoral, au 9 octobre 2008 :
BARACK OBAMA : 277 - John MCCAIN : 158 – INDÉCIS : 103
(270 voix sont nécessaires pour remporter la victoire)
L’ANALYSE DE LA SEMAINE
Alors que la crise financière connaît de nouvelles convulsions malgré l’adoption par le Congrès américain vendredi 3 octobre du plan de sauvetage proposé par l’administration Bush[2], le second débat entre les candidats à l’élection présidentielle fut décevant. Ni Barack Obama, ni John McCain n’ont semblé en mesure de proposer des solutions pour sortir d’une crise dont les mécanismes apparaissent compliqués et sont sujets à discussions. Quoiqu’il en soit, la période actuelle se traduira très probablement par une redéfinition de la place des Etats-Unis sur la scène internationale.
Mardi 7 octobre, lors du second débat de l’élection présidentielle, les promesses des candidats de rénover la pratique politique apparurent fort lointaines. En effet, John McCain et Barack Obama ont opté pour un plan de match peu ambitieux. Ils ont soigneusement évité les erreurs grossières et les attaques frontales, tout en s’accrochant aux mêmes arguments généraux utilisés depuis des semaines. Au-delà de la seule fatigue engendrée par une campagne très longue, trois facteurs expliquent le caractère décevant de ce débat[3]. Premièrement, les règles qui le régissent sont trop strictes. L’organisation des débats est le résultat d’une longue et pointilleuse négociation entre les deux équipes de campagne. L’accord conclut pour les débats de cette année comportait ainsi une trentaine de pages. Or, l’objectif de ces négociations n’est pas tant de permettre une discussion approfondie des enjeux entre prétendants à la présidence que d’assurer qu’aucun des candidats ne se trouve dans une situation hasardeuse. Sachant qu’aucun candidat sérieux ne peut refuser de participer à ces débats, la commission qui les organise devrait cependant conserver toute la latitude nécessaire pour que ces rendez-vous soient bénéfiques pour les citoyens. Par exemple, le modérateur devrait être en mesure de renoncer aux étroites contraintes de temps pour discuter sérieusement d’un enjeu important. À ce titre, dans le second débat les deux candidats ont passé moins de 10 minutes à discuter du plan qu’ils mettraient en œuvre pour sortir de la crise actuelle…
Deuxièmement, les candidats ne répondent pas aux questions posées et préfèrent s’en tenir à leurs thèmes et slogans de campagne au détriment de propos plus spécifiques et parfois moins complaisants vis-à-vis de la population[4]. Ce comportement peut apparaître moins évident chez John McCain et Barack Obama que chez Sarah Palin. Les deux premiers ont en effet une grande expérience de la scène politique et des talents oratoires dont ne dispose pas la seconde. Pour autant, le vide de leurs réponses est frappant pour peu que l’on relise les comptes-rendus écrits des débats. Les réponses à la première question du débat de mardi (quelles sont les mesures concrètes, immédiates que vous prendriez pour aider les personnes âgées qui sont les plus touchées par la chute des marchés et de la valeur de leurs maisons ?) furent à cet égard révélatrices. Barack Obama se lança dans une habituelle dénonciation des effets pervers de la dérégulation, du comportement indécent de certains grands patrons (ceux d’AIG avaient pris des vacances luxueuses quelques jours après le sauvetage de l’entreprise par le gouvernement fédéral) et affirma la nécessité d’un système de santé public. McCain ne répondit pas à la question dans un premier temps, appelant à baisser les impôts et à l’indépendance énergétique des Etats-Unis. Il fut par après plus spécifique affirmant qu’il demanderait à son secrétaire au Trésor de racheter les hypothèques les plus à risque pour stabiliser le marché immobilier et permettre aux personnes de conserver leur maison. Malgré les implications, notamment financières, de cette proposition, aucune précision ni discussion plus approfondie ne suivit.
Troisièmement, le cœur de la stratégie de campagne des deux candidats a atteint ses limites[5]. Barack Obama et John McCain sont certes des candidats exceptionnels qui ont habilement joué de leurs parcours personnels pour obtenir l’investiture de leurs partis. Tous deux ont une histoire singulière et incarnent un vent de réforme, si ce n’est de changement, de la pratique politique. Or, depuis le début de l’automne et de la véritable campagne électorale, aucun n’a délivré de discours inspirant, aucun n’a présenté de vision pour sortir les Etats-Unis d’une des périodes les plus délicates de leur histoire contemporaine, aucun n’a produit de performance remarquable dans les deux premiers des trois débats. Dès lors, la décision que doivent prendre les Américains le 4 novembre prochain pourrait se limiter à un choix par défaut, voire par dépit. La « lune de miel » risque alors d’être brève pour le nouveau président. S’il manque de capital politique, il ne pourra pas mettre en œuvre les mesures nécessaires, parfois douloureuses, pour sortir les Etats-Unis de leur actuelle ornière.
Saviez-vous que …
Depuis la fin des années 1940, les Etats-Unis ont connu pas moins de 10 récessions qui n’ont pas conduit à des catastrophes nationales. Elles ont en moyenne duré 10 mois et le taux de chômage a atteint en moyenne 7,6 % (il était en septembre 2008 à 6,1 %). Les deux pires récessions, celles de 1973-75 et 1981-82, ont duré 16 mois avec des taux de chômage maximum de 9 et 10,8 % respectivement[6].
Dans un tel contexte, alors que la population va subir les conséquences économiques de la crise financière, que la déception à l’encontre du libre marché peut susciter des tendances protectionnistes et que les candidats à l’élection présidentielle ne sont guère inspirés, le risque est grand que les prochains décideurs à Washington prennent les mauvaises décisions. Par exemple, la dérégulation est plus souvent qu’autrement présentée comme la cause de la débâcle de Wall Street. Or, des voix essayent de se faire entendre, notamment des économistes, pour nuancer cet argument[7]. Ceux-ci avancent, de façon convaincante, que la cause fondamentale de la crise actuelle réside dans une trop grande facilité d’obtention du crédit, même par des acteurs manifestement non-solvables. Ainsi, Freddie Mac et Fannie Mae se seraient lancés dans l’octroi d’hypothèques à haut risque avec les encouragements du gouvernement fédéral qui agissait comme garantie en dernier recours d’une part, et grâce à une politique d’accès facile aux liquidités promue par la Réserve Fédérale d’autre part. Une évaluation précipitée et erronée d’un problème ne peut guère déboucher sur des solutions efficaces[8].
La crise financière actuelle nécessite certes une intervention des pouvoirs publics et une redéfinition des règles du jeu des marchés financiers, tant aux Etats-Unis qu’à l’échelle internationale. Un « Bretton Woods » apparaît alors nécessaire. Cependant, cette crise n’est qu’un symptôme d’un problème beaucoup plus profond qui fragilise la prospérité américaine et par conséquent la place des Etats-Unis sur la scène internationale[9]. Les Etats-Unis sont une grande puissance qui vit à crédit, tant au niveau du gouvernement fédéral qu’à celui des particuliers. Fragilisés par la crise actuelle, les Etats-Unis verront donc à moyen terme leur marge de manœuvre, leur souveraineté contrainte par les demandes et par les intérêts qu’ils doivent à leurs bailleurs de fonds, tels que la Chine ou les pétro-monarchies du Golfe Persique[10]. Une profonde remise en cause de ce « mode de vie » à crédit, aussi douloureuse soit-elle est donc urgente. D’autant plus qu’un des plus gros défis pointe à l’horizon : avec le vieillissement de la population, les coûts de l’assurance-maladie (Medicare) et de la sécurité sociale (Social Security) vont croître de manière exponentielle pour atteindre 10 % du PIB (contre 4 actuellement)[11]. La crise actuelle n’apparaîtra alors que comme un prélude ou, mieux, comme une piqûre salutaire. Dans cette perspective, les décisions du prochain président et du prochain Congrès seront donc décisives pour l’avenir des Etats-Unis[12].
L’État-clé de la semaine : le Michigan[13].
Population : 10 millions
Nombre de voies au Collège électoral : 17
Aucun candidat républicain à la Maison-Blanche n’a remporté le Michigan depuis 1988. Cette situation va perdurer cette année. En effet, John McCain avait de forts espoirs d’être compétitif dans cet État durement touché par la crise de l’industrie automobile et délaissé par Barack Obama pendant les primaires démocrates. Il espérait bénéficier du manque d’attractivité d’Obama vis-à-vis de l’électorat des classes moyenne et ouvrière. Or, la crise financière et les incertitudes économiques ont rendu le terrain plus favorable au candidat démocrate. Début octobre, John McCain a donc décidé d’abandonner les efforts dans cet État, illustrant les difficultés croissantes que rencontre le candidat républicain à être compétitif dans les États-clés et même à préserver des États traditionnellement républicains, comme la Floride. À surveiller le 4 novembre : la victoire de Barack Obama dans le Michigan ne fait guère de doutes, mais le taux de participation sera un indicateur de la confiance accordée par les électeurs au prochain président pour sortir de la crise actuelle.
Pour aller plus loin :
- Fancis Fukuyama, « The Fall of America, Inc. », Newsweek, 13 octobre 2008.
- Steven Malanga, « The Bailout and the Vanishing Taxpayer », RealClearMarkets.com, 8 octobre 2008.
- Alvaro Vargas Llosa, « Myth Busters », The New Republic, 8 octobre 2008.
- Sebastian Mallaby, « Blaming Deregulation », Washington Post, 6 octobre 2008
Ce bulletin est réalisé par Julien Tourreille, Chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de la
Chaire Raoul-Dandurand (tourreille.julien@uqam.ca)
Pour tout savoir sur les élections américaines, consultez le
http://www.dandurand.uqam.ca/electionsusa2008
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Source : [1]RealClearPolitics.com, http://www.realclearpolitics.com/epolls/maps/obama_vs_mccain/ [2]Alexander Bolton, « Doubts grow over rescue », CBS.com, 6 octobre 2008.
[3]John Harris et Jim VandeHei, « The worst debate ever », Politco.com, 8 octobre 2008 ; Byron York, « McCain vs. Obama : The Snoozer in Nashville », National Review, 8 octobre 2008.
[4]Steven Pearlstein, « For the New Contagion, the Same Old Prescriptions », Washington Post, 8 octobre 2008.
[5] « The Crisis Agenda », The New York Times, 7 octobre 2008.
[6]Robert Samuelson, « Is This a Replay of 1929 ? », Washington Post, 6 octobre 2008.
[7]Sebastian Mallaby, « Blaming Deregulation », Washington Post, 6 octobre 2008.
[8]Alvaro Vargas Llosa, « Myth Busters : Over-regulation is not the answer to America’s financial woes », The New Republic, 8 octobre 2008.
[9]Jay Solomon, « McCain, Obama Say Financial Crisis Threatens U.S. Power Overseas », The Wall Street Journal, 8 octobre 2008 ; Fancis Fukuyama, « The Fall of America, Inc. », Newsweek, 13 octobre 2008.
[10]Niall Ferguson, « The End of Prosperity ? », Time Magazine, 2 octobre 2008 ; Zachary Karabell, « America and the New Financial World », The Wall Street Journal, 6 octobre 2008.
[11] David Leonhardt, « Ignoring Reality Has a Price », The New York Times, 8 octobre 2008.
[12]Jonah Lehrer, « The Next Decider », Boston Globe, 5 octobre 2008.
[13] Sources : Washington Post, http://projects.washingtonpost.com/2008/elections/co/president/ ; The New York Times, http://elections.nytimes.com/2008/president/whos-ahead/key-states/map.html ; CBS News, http://www.cbsnews.com/stories/2008/07/24/politics/main4290416.shtml ; Politico.com http://www.politico.com/convention/swingstate.html

Le 2ème débat présidentiel
8 Octobre, 2008
Donald Cuccioletta, Chercheur associé à l’Observatoire sur les États-unis de la Chaire Raoul-Dandurand, commente le 2ème débat entre Obama et McCain pour Le Café Show sur les ondes de Radio-Canada Alberta

Analyse
7 Octobre, 2008
Frédérick Gagnon, Professeur au Département de science politique de l’UQAM et Directeur adjoint de l’Observatoire sur les États-Unis, vient de publier le texte « De ‘l’Obamanie’ à ‘l’Obamarasme’ » dans le numéro d’octobre de la revue Policy Options.

Rendez-vous dans l’isoloir
4 Octobre, 2008
Élisabeth Vallet, Chercheure post-doctorale à l’Observatoire sur les États-unis de la Chaire Raoul-Dandurand, évalue les chances des deux candidats pour Le Devoir

Élections américaines : Bulletin de campagne n°7
2 Octobre, 2008

Jeudi 2 octobre 2008
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CETTE SEMAINE :
• Barack Obama accentue son avance dans les sondages et s’installe pour la première fois dans la zone des 50 % d’intentions de vote.
• La difficile adoption par le Congrès du plan de sauvetage du secteur financier ne constitue pas vraiment une surprise.
• Le débat entre les candidats à la vice-présidence pourrait n’avoir qu’un impact limité, sauf si Joe Biden, ou Sarah Palin, commet une erreur colossale.
• L’État-clé de la semaine : la Floride.
SI LES AMÉRICAINS VOTAIENT AUJOURD’HUI[1]…
Projection des voix au Collège électoral, au 2 octobre 2008 :
BARACK OBAMA : 259 - John MCCAIN : 163 – INDÉCIS : 116
(270 voix sont nécessaires pour remporter la victoire)
L’ANALYSE DE LA SEMAINE
Trois facteurs expliquent les difficultés qu’éprouve le Congrès à adopter un plan d’aide d’urgence au secteur financier : le déficit de leadership à Washington, en particulier au sein du parti républicain ; des oppositions idéologiques ; ainsi que des craintes électorales. Bien que la crise actuelle favorise les Démocrates et Barack Obama dans la perspective des élections du 4 novembre, elle est le symptôme d’un malaise américain plus profond et annonciatrice de lendemains difficiles pour les Etats-Unis.
Malgré un large consensus sur la nécessité d’une intervention massive et rapide du gouvernement fédéral pour éviter la propagation de la crise financière à l’ensemble de l’économie, la difficile adoption par le Congrès d’un plan de sauvetage n’est guère surprenante. Tout d’abord, il apparaît qu’en cette veille d’élections, le déficit de leadership politique à Washington est patent. La situation du président Bush est à cet égard spectaculaire. Handicapé par un taux de popularité qui a atteint un nouveau plancher avec simplement 26 % d’opinions favorables[2], il a été incapable de convaincre une majorité de la population et de ses « alliés » républicains au Congrès de l’urgence d’agir. Le pire pour George W. Bush est cependant que son incapacité à convaincre ne se limite pas aux dernières semaines de sa présidence. Cette situation prévaut en fait depuis le début de son second mandat en janvier 2005. Au soir de sa réélection en novembre 2004, il clamait en effet disposer d’un capital politique dont il comptait user pour transformer profondément les Etats-Unis. Or, dès 2005, il n’a été en mesure de faire passer aucun de ses ambitieux projets, que ce soit la réforme de la sécurité sociale, la refonte du code fiscal, la révision de la politique d’immigration ou même la vente de ports à une société de Dubaï.
Ce vide politique laissé par une administration impopulaire et sur le départ n’a pas été comblé, que ce soit par les différents chefs politiques au Congrès ou par les deux candidats à l’élection présidentielle. Les premiers ont affirmé au cours de la semaine vouloir transcender les clivages partisans pour proposer une solution. Ils se sont cependant avérés incapables de surmonter les querelles politiques. Nancy Pelosi et Harry Reid, les chefs démocrates respectivement à la Chambre et au Sénat, n’ont pu s’empêcher de dénoncer la responsabilité de l’administration Bush et des Républicains dans la crise actuelle. De leur côté, les Républicains se sont montré incapables d’ignorer cette querelle et surtout de s’entendre sur une proposition dont l’un des leurs, le président Bush, fut un architecte principal. Les candidats à l’élection présidentielle souffrent également, certes à des degrés divers, de cette situation précaire. John McCain a sans conteste le plus perdu, pour l’instant. Son pari de suspendre sa campagne pour faire avancer la recherche d’une solution à Washington a échoué. Pire, la crise ramène au devant de la scène politique George W. Bush dont l’impopularité est indéniablement un obstacle majeur pour tout républicain se présentant aux élections de novembre. Barack Obama semble avoir opté pour la posture la plus habile pour le moment : en retrait et mesuré dans ses propos sur la crise financière, il bénéficie d’une conjoncture d’incertitude économique traditionnellement favorable aux Démocrates. Or, comme l’a démontré le débat tenu le 26 septembre, aucun des deux candidats n’est en mesure de proposer de solution précise et concrète pour sortir l’économie américaine de la tourmente.
L’existence de divergences idéologiques profondes est le second obstacle à l’adoption du plan de sauvetage gouvernemental du secteur financier. Certains démocrates (40 % d’entre eux ont voté contre ce plan lundi dernier) expriment des réserves vis-à-vis d’une solution qui ne protégerait pas assez les contribuables et qui ne tiendrait pas suffisamment compte des difficultés concrètes, par exemple la perte de logement, que certains Américains vivent. L’opposition idéologique la plus forte vient cependant des conservateurs au sein du parti républicain. Les deux tiers des représentants républicains ont en effet rejeté le plan lundi, entraînant une chute historique des marchés financiers. Il n’est pas acquis que vendredi 3 octobre ils votent en faveur du plan amendé et adopté par le Sénat le 1er octobre[3]. En effet, ces conservateurs s’opposent par principe à une intervention massive de l’État dans l’économie, attachés qu’ils sont à la conception reaganienne de la dérégulation[4]. Or, ces conservateurs constituent la génération montante du parti républicain auquel ils reprochent, et en particulier à George W. Bush, la rupture au cours des derniers années d’avec les préceptes conservateurs, tels la rigueur budgétaire (le déficit de l’État fédéral avoisine pour cette année les 500 milliard de dollars) ou la limitation de l’interventionnisme étatique. Dénonçant un manque de conservatisme et non ses excès, ces républicains se heurtent toutefois à un problème majeur : l’actuelle remise en question des préceptes reaganiens et l’émergence d’un consensus plus favorable à un rôle actif de l’État dans l’économie pour pallier les carences du marché.
Saviez-vous que …
Malgré la défaite lors des élections de mi-mandat en 2006 et le contexte difficile des élections de 2008, il existe une génération montante de conservateurs au sein du parti républicain. Ceux-ci considèrent que les difficultés actuelles des Républicains résultent d’un oubli des préceptes conservateurs. On trouve dans cette génération des personnes telles qu’Eric Cantor de la Virginie (45 ans), Paul Ryan du Wisconsin (38 ans), Jeb Hensarling du Texas (51 ans), ou encore Mike Pence de l’Indiana (49 ans)[5].
Le troisième et dernier obstacle est électoral. À la différence des sénateurs, l’ensemble des représentants voient leur siège remis en jeu lors des élections du 4 novembre[6]. Dès lors, ceux-ci sont particulièrement attentifs aux réactions de l’opinion publique. Jusqu’à présent, une majorité de la population américaine s’est montrée nettement opposée au plan de sauvetage du secteur financier, envoyant des milliers de courriers et d’appels téléphoniques à ses représentants. Le déficit de pédagogie de la part de l’ensemble des promoteurs de ce sauvetage, autant les décideurs politiques qu’économiques, explique en bonne partie le scepticisme de la population[7]. L’usage du terme « bailout » et non de « rescue » par exemple est ainsi mis de l’avant comme ayant ancré la perception que ce plan visait à aider des institutions financières déraisonnables et non l’ensemble de la population américaine[8]. Or, même si la crise affecte aujourd’hui essentiellement les marchés financiers, ces mécanismes laissent entrevoir qu’elle se traduira à plus ou moins long terme sur l’ensemble de l’économie américaine. Préoccupés par des élections qui s’annoncent particulièrement difficiles pour eux, les représentants républicains dont les perspectives de réélection sont les plus fragilisées ont donc préféré rejeter massivement (les deux tiers ont voté contre) ce plan au lieu d’en expliquer les objectifs ou même d’exposer clairement leurs objections de principe.
La crise financière est la toile de fond dominante de la vie politique américaine depuis plus d’un an. Elle influence le déroulement de la campagne électorale. Barack Obama en bénéficie nettement. Dans le même temps, elle éclipse l’importance du débat entre candidats à la vice-présidence qui a lieu ce soir 2 octobre. Du fait de la personnalité des deux aspirants, en particulier de leur potentiel gaffeur, ce débat est très attendu. Son impact sur la campagne pourrait cependant n’être que très limité dans la mesure où l’économie n’est le point fort ni de Joseph Biden, ni de Sarah Palin. À moins que l’un des deux commette une erreur monumentale qui viendrait miner la crédibilité de l’ensemble du ticket candidat à la Maison-Blanche. Au-delà des élections, cette crise apparaît comme le vecteur d’une réévaluation potentiellement majeure de la pensée économique et du mode de vie américains. Elle apparaît même comme le « talon d’Achille » par lequel le colosse Etats-Unis pourrait voir sa prédominance sur la scène internationale s’effriter. Le mandat du 44e président des Etats-Unis s’annonce donc d’ores et déjà périlleux.
L’État-clé de la semaine : la Floride[9].
Population : 18 millions
Nombre de voies au Collège électoral : 27
Avec 27 voix, la Floride est l’État-clé le plus important dans la course au Collège électoral. John McCain bénéficiait jusqu’à tout récemment d’un – léger – avantage dans un État dont la composition démographique (beaucoup de retraités et des hispaniques d’origine cubaine plutôt conservateurs) est traditionnellement favorable aux Républicains. Il peut également compter sur le soutien actif du gouverneur de l’État, Charlie Crist. Or, avec des sondages début octobre le donnant en avance, Barack Obama voit ses nombreux investissements en ressources et en temps être récompensés. Il peut aussi compter sur une forte hausse de l’inscription des électeurs démocrates sur les listes électorales pour espérer être très compétitif en Floride. À surveiller le 4 novembre : la participation des électeurs démocrates ; l’écart entre les deux candidats dans un État qui fut au cœur de la controverse sur le recompte des voix lors de l’élection de 2000.
Pour aller plus loin :
- Alexander Burns, « On small stage, Palin scored big debate wins », Politico.com, 1er octobre 2008.
- David Leonhardt, « Lesson From a Crisis : When Trust Vanishes, Worry », The New York Times, 1er octobre 2008.
- Mike Allen et Jonathan Martin, « Nervous GOP urges McCain to attack », Politico.com, 1er octobre 2008.
- Harold Meyerson, « Slow Rise for a New Era », Washington Post, 1er octobre 2008.
- Charles-Philippe David et Julien Tourreille, dir. Le conservatisme, un mouvement qui a transformé les États-Unis, Ste-Foy, PUQ, 2007.
Ce bulletin est réalisé par Julien Tourreille, Chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de la
Chaire Raoul-Dandurand (tourreille.julien@uqam.ca)
Pour tout savoir sur les élections américaines, consultez le
http://www.dandurand.uqam.ca/electionsusa2008
Pour vous abonner à la lettre d’information hebdomadaire de la Chaire Raoul-Dandurand, cliquez ici.
Source : [1]RealClearPolitics.com, http://www.realclearpolitics.com/epolls/maps/obama_vs_mccain/
[2]Dan Balz, « Rescue Package Not Only Loser In House’s Vote », Washington Post, 1er octobre 2008.
[3]Jeanne Sahadi, « Bailout bill redux », Cnn.com, 1er octobre 2008.
[4]Harold Meyerson, « Slow Rise for a New Era », Washington Post, 1er octobre 2008.
[5]George Will, « A Vote Against Rashness », Washington Post », 1er octobre 2008.
[6]Jay Cost, « The Politics of the Bailout Bill », RealClearPolitics.com, 30 septembre 2008.
[7]David Leonhardt, « Lesson From a Crisis : When Trust Vanishes, Worry », The New York Times, 1er octobre 2008.
[8] Peter Baker, « Labeled as a Bailout, Plan Was Hard to Sell to a Skeptical Public », The New York Times, 1er octobre 2008.
[9]Sources : Washington Post, http://projects.washingtonpost.com/2008/elections/co/president/ ; The New York Times, http://elections.nytimes.com/2008/president/whos-ahead/key-states/map.html ; CBS News, http://www.cbsnews.com/stories/2008/07/24/politics/main4290416.shtml ; Politico.com http://www.politico.com/convention/swingstate.html





