L'acquisition de la langue maternelle

La question fondamentale ici a été posée par Chomsky dans les années cinquante:
Comment se fait-il que dans toutes les sociétés humaines, des moins développées aux plus développées, les enfants (à moins de problèmes neurologiques très graves) apprennent leur langue avec une facilité déconcertante, plus ou moins à la même vitesse quelle que soit leur intelligence et sans enseignement explicite?
Cette réussite semble extraordinaire si l'on pense que, malgré leurs capacités intellectuelles plus importantes que celles des bébés, peu d'adultes réussissent à maîtriser parfaitement une langue seconde.

Quelles sont les capacités présentes à la naissance chez le bébé homme qui lui donne la capacité d'apprendre ce type de langage? La faculté de langage est une caractéristique de l'être humain. Bien que l'on parle du "langage des animaux", on n'a jusqu' à présent trouvé aucune espèce animale qui soit capable d'un langage articulé comportant plusieurs milliers de mots pouvant être regroupés à l'infini pour exprimer une infinité d'idées, concrètes ou abstraites, terre à terre ou farfelues, sérieuses ou ironiques. Le bébé humain naît-il avec une "grammaire universelle", c'est-à-dire un ensemble de compétences innées qui déterminent les types de langues humaines possibles et les types d'opérations qu'on peut retrouver dans ces langues? Si oui, cela faciliterait grandement sa tâche et pourrait expliquer pourquoi il semble apprendre sa langue sans difficulté: il serait en quelque sorte préprogrammé pour apprendre une langue.

L'hypothèse d'une grammaire universelle n'explique pas tout. On peut par exemple se demander comment l'enfant fait pour identifier les mots dans le flot de la parole. L'étude de la parole montre qu'il n'y a pas de 'blancs' ou de pauses entre les mots qui permettraient à l'apprenant de déterminer où commencent et où se terminent les mots. (Si vous écoutez une langue que vous ne connaissez pas, vous comprendrez que la première difficulté de l'apprenant est d'identifier les mots.)

Une autre question importante est celle de l'apprentissage du sens des mots. Comment les enfants font-ils pour découvrir le sens des mots? Cela peut sembler simple pour des mots concrets comme "chien": l'adulte montre un chien et dit "chien". Mais quand on y pense, le problème est plus grand qu'il n'y semble. Les chiens sont très différents les uns des autres: il y en a de très grands et de très petits, certains ont des oreilles tombantes, d'autres des oreilles droites, une longue queue ou une toute petite queue, du poil ras, du poil frisé, les chiens peuvent être noirs, blancs, bruns, etc. Comment l'enfant sait-il que tous ces animaux très différents sont des "chiens"? En plus, tous les mots ne sont pas des noms concrets. Le mot "temps" est très abstrait. Le verbe "penser", le verbe "voir" décrivent des actions qu'on ne peut pas démontrer aux enfants.  Comment les enfants font-ils pour découvrir le sens de ces mots?

Si on demande à un enfant comment on appelle un outil qui sert à couper les pommes, il dira "un coupeur de pommes". Comment a-t-il fait pour découvrir le sens du suffixe -eur? Pourquoi un enfant dit-il de le dans une phrase comme "J'ai peur de le crapeau", alors que ses parents ne disent pas de le, mais du? Pourquoi un enfant dit-il tiendre au lieu de tenir? Comment les enfants apprennent-ils à construire des phrases? à respecter l'ordre des mots de la langue qu'ils apprennent? à produire des phrases relatives? à utiliser correctement les conjonctions? Ce sont toutes ces questions et bien d'autres que se posent les chercheurs qui s'intéressent à l'explication de l'acquisition de la langue maternelle.

Ce domaine d'études touche à la psychologie cognitive et est une branche de la psycholinguistique. Ces recherches théoriques permettent de mieux comprendre le fonctionnement du cerveau humain. Elles trouvent des applications pratiques dans l'orthophonie et l'enseignement.
 

L'apprentissage de la langue écrite

Dans nos sociétés, où l'écrit occupe une place importante, un courant de recherches en croissance se penche sur l'apprentissage de l'écrit. Quelles sont les opérations cognitives sous-jacentes à l'apprentissage de la langue écrite? Les systèmes d'écriture sont très différents les uns des autres: certains systèmes sont alphabétiques, d'autres syllabiques (les symboles représentent des syllabes), d'autres idéographiques (les symboles représentent des concepts). Quelles sont les difficultés spécifiques à chaque système?

Pour en savoir plus:

Language acquisition  : brochure préparée par l'association linguistique des États-Unis.
Cours sur l'acquisition de la langue maternelle à l'UQAM: LIN3430, LIN8213, LIN9550