
Le prix des Dix 2009 est remis cette année à Madame Sylvie Vincent.
Sylvie Vincent a consacré toute sa carrière, à la «question» amérindienne, depuis l'histoire, la tradition orale, l'art, les conditions socio-économiques contemporaines, les revendications, etc., et par delà à la lutte contre le racisme et l'ethnocentrisme, pour une reconnaissance de l'altérité autochtone et pour une définition inclusive du nous québécois et du nous canadien. Elle fut l'une des fondatrices de la revue Recherches Amérindiennes au Québec, à laquelle elle a offert son soutien indéfectible durant quatre décennies. Elle a voulu que cette revue ne se caractérise pas seulement par la rigueur scientifique, mais également par son engagement pour la promotion des autochtones dans une perspective de responsabilité citoyenne, d'attention aux enjeux contemporains et de diffusion pour changer les perceptions et les mentalités.
Ses recherches s'inscrivent toutes dans ces mêmes paradigmes. Remarquable travail d'enquête pour recueillir, documenter, reconstituer, analyser, diffuser la tradition orale, les histoires de vie, les mythes, les rituels, les œuvres rupestres, les visions du monde, l'occupation du territoire, la toponymie. Cela a toujours conduit à une remise en question radicale du narratif historique colonial dominant de même que des méthodes de travail habituelles. Remarquable travail d'enquête également sur les conflits contemporains: les rivières à saumon et la pêche industrielle ou sportive, les grands barrages, la pollution par le mercure, les zones d'exclusion pour l'aviation militaire de la défense nationale canadienne, bref, pour tout ce qui concerne, à l'époque contemporaine, la poursuite des dépossessions territoriale et identitaire autochtones sous toutes leurs formes.
Sylvie Vincent est la co-auteure avec Bernard Arcand du livre: L'image des Amérindiens dans les manuels scolaires, qui leur a valu le prix Eaford (Organisation for Elimination of All Forms of Racial Discrimination). Sylvie Vincent n'a pas que dénoncé le racisme de nos manuels scolaires et l'héritage colonial de notre historiographie; elle a été très active pour proposer la transformation des programmes de sciences humaines au primaire et au secondaire, pour produire des guides à l'usage des professeurs du primaire et du secondaire, pour parler des Amérindiens et des Inuits, pour concevoir des manuels d'histoire à l'usage des étudiants autochtones de même qu'à celui des étudiants adultes de retour aux études.
Afin de servir et de faciliter l'enseignement et la recherche, elle a produit un bilan des recherches historiographiques relatives aux autochtones. Son engagement pour la diffusion pédagogique s'est élargi en même temps à la préparation d'expositions muséales, à la mise en valeur de sites historiques, etc.
Enfin, c'est plus généralement aux relations historiques et contemporaines entre allochtones et autochtones que Sylvie Vincent a élargi ses préoccupations: analyses des perspectives historiques du rapport Dussault-Erasmus de la Commission Royale d'Enquête sur les Peuples Autochtones, suivi du Traité de la Baie de James, de la Paix des Braves, etc.
Sylvie Vincent a travaillé principalement avec les Innus avec lesquels elle a lié une étroite amitié. Les entrevues et les enquêtes de terrain y sont d'une valeur inestimable. Elle a également collaboré avec les Cris, les Algonquins, les Attikamekws, les Hurons, les Iroquois, tout cela sans attache institutionnelle, ce qui est aussi exceptionnel qu'admirable de courage, de passion et de détermination. Ses travaux ont contribué au rapprochement des peuples, et plus spécifiquement à ouvrir la voie vers la décolonisation de notre mémoire collective, la découverte des cultures et de la condition autochtones, la promotion de la dignité et de l'autonomie des premiers Premières Nations.