COLLOQUE

LE PLAISIR DES SENS. EUPHORIES ET DYSPHORIES DES SIGNES


ORGANISÉ PAR LA SOCIÉTÉ DE SÉMIOTIQUE DU QUÉBEC
AVEC COMME INVITÉ D’HONNEUR MONSIEUR JACQUES FONTANILLE

RIMOUSKI (QUÉBEC), LES 21 ET 22 MAI 2003

PROBLÉMATIQUE

L’homme, entre autres sentences, est condamné au plaisir/déplaisir (ou, en termes techniques, à la catégorie thymique ou axiologique de l’euphorie/dysphorie). Pulsions irrépressibles, passions ardentes, spleen existentiel, froides idéologies, jubilations esthétiques, extases spirituelles, nirvana: rien ne semble à l’abri de cette catégorie anthropologique. Prépondérante, omniprésente, protéiforme, telles apparaissent ses caractéristiques générales. En raison de la perspective transdisciplinaire qui est souvent la sienne, la sémiotique, peut, d’un point de vue théorique ou appliqué, à la fois décrire, expliquer et interpréter les diverses euphories/dysphories et ce tant dans une approche statique que dynamique. Elle le peut sans doute, elle le doit peut-être; Hjelmslev écrira: le «niveau d'appréciation collective (...) peut être considéré comme la substance par excellence, la seule substance (...) qui du point de vue sémiotique soit immédiatement pertinente». De fait, certaines sémiotiques contemporaines placent la catégorie thymique au centre de leurs préoccupations, par exemple, la sémiotique passionnelle (Greimas et Fontanille) et la sémiotique tensive (Fontanille et Zilberberg). La dimension thymique de la première saute aux yeux, mais celle de la seconde n’en est pas moins fondamentale: elle repose sur la valeur, constituée de deux valences: l’intensité et l’extensité, et la catégorie thymique entretient des relations affines avec la valence intense. Malgré les travaux novateurs de ces sémiotiques et d’autres (par exemple, en sémiotique visuelle, l’approche gestalto-psychanalytique de Saint-Martin), il faut reconnaître que l’étude systématique de l’euphorie/dysphorie, la collective comme les autres, reste encore lacunaire.

PROPOSITIONS THÉMATIQUES
Le colloque Le plaisir des sens. Euphories et dysphories des signes, organisé par la Société de Sémiotique du Québec, entend apporter sa contribution aux savoirs sur cet objet. La communication, qu’elle soit théorique ou appliquée (phénomène, production, corpus, etc.) peut relever, sans exclusive ni hiérarchie, des études littéraires, de la linguistique, de l’histoire de l’art, de la philosophie, de l’anthropologie, de la sociologie, des sciences de la nature, etc. L’approche sera entièrement sémiotique ou convoquera certains concepts de cette discipline.
Suggérons quelques thèmes disciplinaires possibles (quelques thèmes relatifs aux études littéraires et à la sémiotique figurent dans le développement théorique plus bas): psychanalyse: principe de plaisir / principe de réalité, plaisirs des diverses instances de la personnalité; éthique: éthique / non éthique, bien / mal, bénéfique / nuisible, échelles de valeur entre zones culturelles différentes (par exemple, monde arabe, monde occidental, monde asiatique); études peirciennes: le plaisir et l’esthétique comme priméité; études des arts: topoï de la représentation picturale du plaisir, plaisirs de la matière, du médium; études cinématographiques: érotisme visuel et érotisme verbal; sociologie: le plaisir comme capital symbolique et le capital comme plaisir abstrait, l’idéologie comme structure hiérarchique de valeurs thymiques; anthropologie: universalité et variations culturelles du plaisir; philosophie du langage: l’euphorie/dysphorie comme modalités; sciences cognitives: l’incidence de l’attraction / répulsion sur la catégorisation; etc.

PROPOSITIONS THÉORIQUES
Afin d’amorcer et la réflexion et le débat, suggérons quelques pistes théoriques.
COMPOSITION DES ÉVALUATIONS D’EUPHORIE/DYSPHORIE
Pour l’essentiel, les évaluations d’euphorie/dysphorie sont composées de trois éléments: (1) les modalités thymiques impliquées (euphorie, dysphorie, euphorie et dysphorie, ni euphorie ni dysphorie (indifférence), etc.) et leur intensité (faible, moyenne, forte, etc.); (2) les unités évaluées (chose, personnage, concept, etc.) représentées par des unités sémiotiques (pour ce qui est du linguistique: morphèmes, mots, expressions, lexies, molécules sémiques, etc.); (3) les instances évaluatrices (par exemple, pour un texte, l’auteur, le narrateur, tel personnage, etc.) et les systèmes dont ces évaluations ressortissent: les évaluations peuvent être inscrites dans la langue (la péjoration et la mélioration), dans un sociolecte (système propre à tel genre sémiotique ou, dans un sens plus large, à telle idéologie) dans un idiolecte (système propre à tel producteur sémiotique).
DYNAMIQUES DES ÉVALUATIONS D’EUPHORIE/DYSPHORIE
Les évaluations thymiques peuvent être abordées en fonction d’une perspective statique (et non relationnelle) ou dynamique (et relationnelle). La dynamique thymique, qu’elle implique une seule ou plusieurs positions dans la temporalité, se manifeste notamment dans l’interaction (1) des évaluations thymiques et onto-véridictoires (vrai/faux, être/paraître, etc., qui rendent compte, par exemple, du plaisir feint); dans celui (2) des changements de modalités évaluatives pour un même évaluateur (ou un évaluateur transformé) et une même unité évaluée (ou une unité transformée); dans celui (3) des conflits et consensus évaluatifs (apparition, maintien, résorption des conflits et consensus) et dans celui (4) des relations entre éléments-types et éléments-occurrences (évaluations types et occurrences, évaluations de types et d’occurrences). Prenons un exemple baudelairien. Ainsi, dans«L’albatros» et «Bénédiction», c’est à tort, nous dit le texte, que des personnages dévalorisent le poète; de plus, cette dévalorisation est stéréotypée dans la littérature du XIXe siècle, les poèmes de Baudelaire contiennent donc des occurrences, des manifestations de cette évaluation-type sociolectale ou topique.
NATURE DES ÉVALUATIONS D’EUPHORIE/DYSPHORIE
Il est possible de prêter plusieurs natures à l’euphorie/dysphorie. Nous en évoquerons ici une seule: comme modalité. Quelles sont les relations possibles entre les différents types de modalités? Effleurons la question par le biais des modalités classiques. Lorsqu’il s’agit d’énumérer les grandes valeurs ou modalités classiques, on retrouve généralement un système triadique ou tétradique formé des modalités (1) morales (bien/mal), (2) véridictoires (vrai/faux), (3) esthétiques (beau/laid) et, dans le cas du modèle tétradique (voir, par exemple, Fontanille), (4) hédoniques (bon/mauvais). Greimas et Courtés distingue deux acceptions pour «axiologie»: au sens classique, c’est «la théorie et/ou la description des systèmes de valeurs (morales, logiques, esthétiques)»; au sens sémiotique, c’est le micro-système résultant de l’homologation entre une catégorie, une opposition quelconque et la catégorie thymique (par exemple, vie/mort et euphorique/dysphorique). La catégorie thymique apparaît comme une généralisation de la catégorie morale (ainsi, le bien serait une forme spécifique de l’euphorique). Mais subsume-t-elle également, par exemple, la catégorie esthétique? Dans la philosophie classique, les trois premières modalités apparaissent fortement homologuées, le bien étant au mal ce que le vrai est au faux, etc. (même si le beau vulgaire et le bon en général peuvent se révéler des pièges du mal). Les systèmes modernistes (Nietzsche, Baudelaire, etc.) ont critiqué ces homologations aprioriques ou, avec les mêmes oppositions, ont proposé d’autres homologations, aprioriques ou non. Par exemple, Baudelaire dans Les fleurs du mal, dont le titre entremêle les sens moral et hédonique de «mal», inverse les termes homologués et fait du mal la source d’un beau sans doute supérieur à celui émanant du bien.
Le «plaisir des sens» que nous inscrivons dans l’intitulé du colloque est évidemment sensuel, mais aussi sémantique et enfin, prenant le sens de «sens» au plus large, sémiotique (le «sens» n’est plus alors limité au sémantique mais recouvre, par exemple, les signifiants, les formes signifiantes). Ce titre se veut représentatif de la nature fondamentalement polytypologique de l’euphorie/dysphorie. Nous ne pourrons ici qu’évoquer quelques grandes classes de critères typologiques. Prenons d’abord le critère des grandes classes ontologiques. Par exemple, la bipartition entre le monde naturel et les représentations, où si l’on veut entre le perceptible et l’intelligible, oppose le plaisir réel, physique, au plaisir représenté, par exemple celui thématisé dans un roman ou encore, pour reprendre une catégorie greimassienne, le plaisir pragmatique (lié par exemple à une rétribution matérielle) et celui cognitif (lié par exemple à des félicitations). Une tripartition en sphères physique, sémiotique et cognitive (ou représentationnelle, au sens restreint) permettra de dégager le plaisir thématisé du plaisir associé aux images mentales. Par ailleurs, distinguant entre le lieu de manifestation du plaisir et l’objet de ce plaisir, on pourra parler, par exemple, du plaisir de manipuler, transformer, apparier, etc., des objets physiques, des signifiants, des signifiés, des images mentales. Enfin, la quadripartition en plaisirs spirituel (âme), intellectuel (tête), sentimental (cœur) et physique (corps) constitue une autre illustration de la fécondité des typologies prenant pour critères des partitions ontologiques. Si l’on prend maintenant comme foyer de critères typologiques le schéma de la communication, on distinguera entre les plaisirs des instances suivantes (nous prenons comme exemple le texte): auteur empirique, auteur construit (l’image que l’on se fait de l’auteur à la lecture de son texte), narrateur, narrataire, lecteur construit (l’image que l’auteur et/ou le texte se fait de son lecteur modèle ou moyen), lecteur empirique. Par exemple, lorsque Roquentin dans La nausée de Sartre s’écrit: «Je vais lire Eugénie Grandet. Ce n’est pas que j’y trouve grand plaisir mais il faut bien faire quelque chose», le plaisir, ou plutôt non-plaisir, directement évoqué est un plaisir thématisé, celui de Roquentin, mais on rapportera également ce jugement thymique à l’auteur construit et, de là, au Sartre empirique, qui recherche dans Balzac un repoussoir pour le roman moderne.

ORGANISATION DU COLLOQUE
Il s'agira du neuvième colloque annuel de la Société de sémiotique du Québec (S.S.Q.). Ces colloques se déroulent toujours dans le cadre du congrès de l’ACFAS (Association francophone pour le savoir), qui réunit plusieurs milliers de chercheurs du Québec et d’ailleurs. Les actes du colloque seront publiés en livre aux Presses de l’Université Laval.
Faites parvenir un court projet de communication, par courriel de préférence, le plus tôt possible et avant le 31 janvier à: M. LOUIS HÉBERT, Département de lettres, Université du Québec à Rimouski, 300, allée des Ursulines, Rimouski, Québec (G5L 3A1), tél.: (418) 723-1986 poste 1503, téléc.: (418) 724-1848, courriel: louis_hebert@uqar.qc.ca IMPORTANT: Indiquez votre statut (professeur, chargé de cours, maître de conférence, étudiant, etc.), votre institution de rattachement, votre adresse électronique et vos besoins en matériel audiovisuel (projecteur pour ordinateur, rétroprojecteur, projecteur à diapositives, magnétoscope (standard nord-américain), etc.). La S.S.Q. encourage la participation des étudiants aux cycles supérieurs: la meilleure communication est récompensée (si les conditions pour la tenue du concours sont remplies).
Toute personne dont la proposition de communication est retenue doit être membre en règle de la S.S.Q. et de l’ACFAS ou le devenir lors du colloque. La S.S.Q. ne rembourse ni les frais de déplacement ni les frais de séjour mais assume les frais d’adhésion à la Société des colloquants de l’étranger (les frais d’adhésion à l’ACFAS restent toutefois à leur charge). Une réponse sera donnée au plus tard au début de février. Les résumés de communication parvenus sous forme électronique avant la date limite seront publiés en avril sur le site Web de l’ACFAS (www.acfas.ca). Il est possible de réserver les lieux d’hébergement et de s’inscrire à l’ACFAS par le biais de ce site.
Le générique masculin est employé uniquement pour alléger le texte.
Prière de diffuser cet appel de communication.
Louis Hébert
Professeur
Département de lettres
Université du Québec à Rimouski
300, allée des Ursulines
Rimouski (Québec)
G5L 3A1
Tél: (418) 723-1986 poste 1503
Téléc: (418) 724-1848
Courriel: louis_hebert@uqar.qc.ca
Page personnelle sur le site du département: http://www3.uqar.uquebec.ca/lettres/profs/l-hebert.htm
Site de la revue Tangence: http://wer.uqar.qc.ca/tangence/