La Societe des Psychosociologues Apparus

 

Éthique et valeurs dans l'intervention


Souffrance, valeurs, changement, intervention

 

Dans cette section où nous présentons des visions nouvelles ou différentes en intervention psychosociale, j'aimerais présenter ici une réflexion sur la souffrance. Ce n'est pas ma réflexion mais plutôt celle de FrontieresGustave-Nicolas Fischer, professeur de psychologie sociale à l'Université de Metz (1).

Les réflexions et les découvertes intéressantes sont souvent liées à l'étude des extrêmes (que l'on pense au rôle important de l'extrêmement petit et de l'extrêmement grand en physique).

Gustave-Nicolas Fischer s'intéresse aux malades atteints du Sida, aux cancéreux, aux rescapés de la Seconde Guerre, notamment les rescapés des camps. Son approche est phénoménologique: regarder la vie, écouter ce que ces gens disent de leur expérience.

Sa principale observation: c'est précisément au moment où l'individu s'engage à redéfinir ses valeurs intérieures qu'il apprend à survivre.

C'est confronté à l'extrême que l'on se rend compte que les savoirs sont complètement défaillants et que nous vivons fondamentalement avec des valeurs.

Ce n'est pas le traumatisme comme événement extérieur qui est déterminant pour l'être humain, mais la résonnance à l'intérieur, l'écho, la manière de voir les choses qui est importante.

Alors le rôle fondamental d'un intervenant, d'un agent de changement, c'est d'être un accoucheur (ce qu'on appelle la maïeutique): il accouche l'autre ou les autres de leurs valeurs; il leur apprend à identifier les éléments de ressources qui n'étaient pas les leurs dans la situation antérieure, à identifier quels nouveaux éléments dans leur vie vont servir de support.

Le lien est ici évident avec le modèle non linéaire de changement:

situation antérieure ----> traumatisme (déstructuration) ----> nouvelle situation

L'intervenant a peut-être intérêt à passer moins de temps à définir, analyser, causaliser les événements extérieurs traumatisants; et à passer plus de temps à se pencher sur les valeurs, à travailler avec les valeurs en changement. Le travail sur les structures extérieures est une chose. Le travail sur les processus et les personnes en est une autre. L'intervenant doit savoir identifier correctement la dimension dans laquelle s'exerce son ministère ( ! )

Le travail sur les valeurs en est un d'invention, de création, de véritable création comme l'accouchement. C'est ce qui fait que la vie naît, change, s'adapte.

Je rajoute ici une autre glanure du numéro thématique de la revue Frontières sur la souffrance. Une citation de Bruno Bettelheim, célèbre psychanalyste, rescapé des camps de la Seconde Guerre (2); une citation qui parle aussi du caractère défaillant des connaissances, et du rôle de l'art:

<< L'enseignement de l'art est la seule discipline enseignée où les membres de la prochaine génération peuvent avoir l'occasion de se trouver vraiment eux-mêmes en tant que personnes uniques; parce que c'est là et seulement là qu'il n'existe pas de réponses toutes faites qui leur disent ce qu'ils doivent voir, sentir, penser, ou comment ils doivent s'y prendre pour réussir à s'accomplir eux-mêmes. >>

 

note rédigée par Pierre Cardin, novembre 1996

 

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(1) Deux sources:

-Paul Frappier, "vivre l'extrême creuset de la redéfinition de nos valeurs; entretien avec Gustave-Nicolas Fischer", Frontières, vol.8, no 2, automne 1995, pp.42-44.

-Gustave-Nicolas Fischer, Le ressort invisible: vivre l'extrême, Paris, Éditions du Seuil, Collection psychologie, 1994.

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(2) Bruno Bettelheim, Survivre, Paris, Éditions Robert Laffont, 1952, 1979.

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Le 10 décembre 1996.

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