par Patrice GASCON
Un portrait de l'environnement actuel
La société actuelle est en
crise. Le modèle de développement que nous avons adopté
depuis plusieurs décennies nous a permis d'atteindre une croissance
économique ainsi qu'une augmentation de notre qualité de vie.
Cependant, malgré ces augmentations, nous pouvons affirmer que le
modèle de développement préconisé est inefficace
à cause de la persistance de certains problèmes à l'intérieur
de nos sociétés. Malgré nos outils conceptuels, nous
n'avons pu résoudre les grandes questions sociales. Une réflexion
s'impose afin de d'évaluer l'efficacité de notre modèle
de développement puisqu'il détermine ce à quoi notre
environnement du XXI i ème siècle ressemblera.
Le chômage atteint des niveaux records dans la majorité des pays industrialisés. La crise de la valeur-travail influence l'économie-monde en abaissant son efficacité. En effet, le progrès technologique a permis de réduire les coûts de production par le remplacement du travail manuel au profit des machines. Cette réduction de l'utilisation de la main-d'oeuvre entraîne la baisse des revenus de la classe ouvrière tandis qu'on observe une l'augmentation des revenus des grandes compagnies. Incidemment, le développement contribue a accentuer l'écart entre les pauvres et les riches. Sans grand succès, les États tentent de réduire ces inégalités en mettant de l'avant divers programmes sociaux. Cet accroissement de l'écart a pour effet d'intensifier le processus d'exclusion sociale d'une plus grande partie de la population.
Ce phénomène d'exclusion sociale influence directement le climat social des grandes sociétés. Les affrontements ethniques, la monté des mouvements intégristes, l'effritement social, la progression de l'irrationnel, la pauvreté, l'émergence de nouvelles maladies sociales, etc., ne sont que quelques phénomènes qui caractérisent le climat social de nos sociétés dites développées. Certains mouvements de contestation ont émergés depuis les dernières années afin de dénoncer l'inefficacité des politiques gouvernementales dans le domaine social. Cependant, la lourdeur de l'appareil étatique rend difficile le changement ou la transformation de ces politiques.
Elle doit composer avec une crise qui affecte ses composantes fondamentale. La majorité des États fait face à une situation financière délicate où le niveau d'endettement devient critique et même catastrophique ( Le Canada en est un bon exemple ) . De plus, l'expression de la démocratie devient de plus en plus réduite. La prise de décision se fait par un groupe de personnes de plus en plus restreint et l'ampleur de la machine étatique ne procure que des pouvoirs très limités aux personnes élues par le peuple, une fois tous les quatre ou cinq ans. Les grandes entreprises prennent de plus en plus de place sur la scène politique afin d'influencer les enjeux en leur faveur. La structure devient de moins en moins reliée à son centre de commande. Une scission significative s'accentue entre le peuple et ses dirigeants.
La société de consommation nous a permis de garder notre liberté. Mais cette liberté se limite presqu' à une liberté de choix de consommation au détriment de choix idéologiques, politiques, sociaux et économiques. Étant donné la scission entre le politique et la population, ces enjeux fondamentaux ne sont plus à la portée du simple citoyen consommateur de produits. Cette utopie d'une nation démocratique donnant les pouvoirs de sa destinée à la base, au peuple, cache l'influence gargantuesque des multinationales sur le pouvoir étatique afin d'orienter les besoins énergétiques, matériels et idéologiques de la masse.
Cette facon d'orienter ces besoins est axée sur le principe de la pensée unique. Selon Ignacio Ramonet , la pensée unique s'articule autour du principe que l'économique l'emporte sur l'État. L'économique représente l'ensemble des organisations, des entreprises et des multinationales. L'État, quant à lui, représente un territoire, une ou des cultures, une histoire et, surtout, un peuple qui permet l'existence de tous ces autres éléments.Affirmer que l'économique l'emporte sur le politique, c'est soutenir que le peuple est subordonné aux ambitions économiques de grandes banques et de compagnies. Nous sommes aux prises avec une crise idéologique importante où la pensée unique, capitaliste et économique, axée sur l'économie et le profit, est devenue la norme au détriment de la diversité des idées, des modes de pensée et des cultures.
Le Sud:
Il est évident qu'un regard sur notre propre environnement social ne peut rendre compte de l'environnement mondial. Or, nombre de politiciens des pays plus développés se permettent de poser un jugement et même de définir les conditions de développement d'autres régions.
Par exemple,lors de son grand discours
en 1949, Harry Truman considérait le sous-développement des
pays d'Afrique comme étant un handicap et une menace au développement
de la société américaine. Suite à ce discours,
le développement international entre des États africains du
nord, riches, et des États africains du Sud, pauvres, s'est articulé
selon le modèle de développement américain. Cependant,
le développement effectué dans ces pays n'a pas su répondre
aux véritables besoins de ces populations. L'inadaptabilité
des projets et la motivation de vouloir rentabiliser au plus haut point
les investissements ont mené à un mal-développement.
L'importance démographique des populations se retrouvant dans ces
pays devrait nous inciter à concevoir un modèle de développement
durable.
Quelques statistiques:
La situation actuelle dans ces pays nous
démontre l'inefficacité de notre modèle de développement,
car leur situation économique et leurs problèmes sociaux se
sont accentués depuis 1960, soit depuis le début de nos programmes
de coopération internationale. L'importance d'un développement
durable se justifie dans le désir de préserver les richesses
actuelles et de pouvoir récolter des bénéfices humains,
et non économiques, sur une très grande période. La
situation de ces pays, n'ayant aucun moyen d'influencer les politiques internationales
des grands, se détériore au fil des ans.
Il est difficile de prévoir les caractéristiques de l'environnement du siècle prochain. Cependant, en analysant le modèle de développement actuel, on peut envisager une période de marasme social. L'incapacité des États de remédier à des problèmes sociaux et structuraux nous amène directement vers un gouffre. L'éclatement social, l'accroissement des inégalités ne peuvent s'accentuer sans qu'une crise majeure n'ébranle le système mondial.
Une réflexion profonde et sérieuse
sur nos modes de vie ainsi que sur notre modèle de développement
pourrait peut-être nous aider à redresser la situation lors
du prochain siècle. Le développement durable d'une société
qui tient compte de ses caractéristiques et des besoins de sa population
doit devenir la norme. Cette norme doit être au service de la population,
et non, l'inverse.
La formation au baccalauréat permet à certains futurs psychosociologues d'acquérir une formation à caractère international. En effet, la possibilité d'effectuer un stage international est offerte aux étudiants. Leur impact, à titre de <<consultant-expert>>, se fait donc dans des milieux peu développés, où dans le passé nous avons tenté sans trop de succès, de transférer notre modèle de développement. Il sera donc important que ces nouveaux intervenants sociaux analysent leur modèle de développement et d'intervention afin de juger de la pertinence et de l'efficacité de leur impact sur le milieu, en vue d'arriver à un développement durable de ces sociétés distinctes de la nôtre.
RAMONET, Ignacio, Nouveaux pouvoirs, Nouveaux maîtres du monde, Éditions Fides, Montréal, 1996, 28 p.
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