La Societe des Psychosociologues Apparus

Défis et rôles de facilitateur du psychosociologue


par Benoît LÉVESQUE

Notre rôle de psychosociologue (expert de la connaissance des relations de l'individu avec le groupe) est nécessairement en rapport avec les attentes de la société à notre égard. Actuellement, le manque de prescriptions sociales (1) à l'égard du psychosociologue tient au fait que la discipline est encore trop peu connue. Aussi, on remarque une émergence du rôle de psychosociologue à travers la pratique de certains précurseurs et professionnels déjà actifs. Ces derniers sont certainement les mieux placés pour entrevoir le rôle du psychosociologue tel qu'il se précisera dans l'avenir. C'est donc auprès de quatre de ces intervenants que nous avons cherché à déterminer ce qui est attendu du psychosociologue, par le psychosociologue.

Les quatre professionnels interviewés oeuvrent dans quatre des principaux champs de pratique de l'expertise psychosociale. Il s'agit d'abord de Marc Delmelle, étudiant sortant du baccalauréat et complètant actuellement un diplôme d'étude supérieure en management à l'Université du Québec à Montréal ; Mme Diane Desharnais est formatrice pour le programme " Mieux gérer un changement vers l'emploi " et directrice de P.I.B.A.C., un organisme financé par les services sociaux du Québec ; Michel Goulet est publiciste et directeur de la maison ICONO, qui est spécialisée dans la médiatisation d'image d'entreprise aux travers ses produits ou services ; enfin, Samir Kodsi est intervenant des systèmes humains  comme il se plaît lui-même à s'appeler  et directeur de Kodsi et ass. du groupe Brain. M. Kodsi agit auprès des entreprises comme consultant. Il était, jusqu'à tout dernièrement, professeur à l'Université du Québec à Montréal pour la gestion de projets et pour le stage des finissants au baccalauréat en psychosociologie de la communication.

Les thèmes abordés avec les quatre intervenants concernaient le rôle de psychosociologue à titre de facilitateur social, les handicaps ou défis associés à ce rôle, les outils dont ils auront besoin pour relever ces défis, le type de recherches qui pourraient éventuellement être entreprises, et enfin, l'impact de l'environnement et du contexte sur l'évolution de ce rôle.

 

Le psychosociologue, << facilitateur >> social

En tant que généralistes aptes à faciliter l'intégration des changements humains, nous sommes appelés à gérer l'incertitude et le risque de façon méthodique, scientifique et imaginative, afin de maximiser l'efficacité des ressources. C'est de rendre congruent avec des objectifs qui permettent le développement et la réalisation. C'est amener les acteurs sociaux et organisationnels à avoir une vision globale et faire prendre conscience de la globalité de l'être humain. C'est être le généraliste qui facilite l'intégration des changements humains.

 

Handicaps au travail de facilitateur

L'humain est monnayable et sa valeur est moindre que le << hardware >>. L'iniquité, le manque d'étique et de responsabilité sociale rend difficile de trouver des bailleurs de fonds ou des clients.

La résistance au changement de nos décideurs se manifeste par des idées préconçues et la compartimentation (la catégorisation des clientèles et les jugements de valeur véhiculés) des aspects de la personne. Avec la courte vue des décideurs, l'entreprise oublie l'humain, ce qui la maintient dans la << pensée magique >>.

 

Pour relever ces défis

D'abord, il nous apparaît utile de : former la population pour qu'elle puisse comprendre et gérer l'information; utiliser les croyances et l'imagination pour entretenir l'espoir ou trouver une issue et développer << l'empowerment >>; chercher des solutions, cas par cas, pour s'adapter et développer des ouvertures; créer des structures indépendantes des institutions gouvernementales et privées. Ainsi, nous réussirons à faire une place à nos valeurs en nous ajustant à nos besoins et ceux de nos clients, si nous savons rompre le lien avec ceux qui exercent une influence dénigrante sur l'humain. En tant qu'experts, gardons un esprit de collaboration et un sens critique qui tient compte du contexte.

 

Les objets d'une recherche future

Chaque intervention est une recherche. Par exemple, on se demande << Quel est le meilleur outil pour répondre à telle ou telle demande ? >> Avec le << focus-groupe >> et l'adaptation des connaissances, on peut contribuer à y répondre, mais il nous faut être constamment en mouvement. Pour ce faire, il est primordial de connaître les comportements, les attitudes et les motivations du client. Les valeurs évoluent tellement rapidement qu'il faut maintenir une recherche de façon constante et permanente.

Par ailleurs, trois questions préoccupent davantage les répondants : << Quelle est la vision de l'avenir des futurs meneurs de 25 ans ? Les meneurs se positionnent comment face à une vision globalisante qui tient compte de l'humain ? Comment amener les organisations à créer un développement économique durable ? >>.

 

L'influence de la politique, de l'économie, du système social et de la culture sur l'action du futur psychosociologue

Le matérialisme fait place au globalisme. Avec l'évolution de nos perceptions, on trouvera sûrement une solution. Les technologies sont vues comme des opportunités pour agir sur les résistances. Le leadership est la solution pour redéfinir le travail humain.

La dichotomie entre l'économie et le social (communautaire) va s'accentuer. Ces deux secteurs d'activité n'ont pas les mêmes visions. L'entreprise offre plus de sécurité, mais manque de marges de manoeuvre. On devra être créatif et indépendant pour survivre dans le social. Par la mobilisation sur des enjeux environnementaux, nous ferons de l'écologie humaine. Nous aurons un leadership au niveau culturel quant aux valeurs et à la pensée sociale.

Bien que les quatre professionnels rencontrés semblent oeuvrer aux antipodes les uns des autres, nous constatons qu'ils partagent un point commun : ils sont tous résolument engagés vers le changement. Le seul différend qui pourrait les diviser en deux groupes porte sur les moyens privilégiés pour solutionner la résistance au changement des décideurs : choisir ses mandats plutôt que s'adapter; éduquer plutôt qu'influencer. Toutefois, loin d'être évidente, cette dichotomie au niveau des actions envisagées, pourrait être interprétée comme suit : opérer une influence dans l'éducation et la formation de même que se détacher des institutions et des groupes qui ne valorisent pas l'adaptation à ce qui est humain.

Par ailleurs, la résistance au changement des décideurs et la volonté d'influencer pourraient faire l'objet d'une recherche. Si nous voulons définir l'expertise psychosociologique de demain, nous croyons que nous devrons déterminer quels seront les prochains acteurs sociaux capables d'influence. Enfin, il faudra se poser un certain nombre de questions : << Comment exerceront-ils cette influence ? À travers quels rôles et avec quels outils seront-ils en mesure d'agir pour une valorisation de l'être humain par rapport au matériel ? >>.



Notes:

(1) NEWCOMB, Theodore Mead, Manuel de psychologie sociale: l'interaction des individus, Presses universitaires de France, Paris, 1970, 639 pages.

retour au texte

Création des pages web et webmestre: Serge Arbour